Les Forces nouvelles de retour

Après trois mois de boycott, les Forces nouvelles ont annoncé, lundi, à Bouaké, leur retour au sein du conseil des ministres ivoirien. Dans la division. Le Président Laurent Gbabgo, qu’ils rendaient responsable de blocages dans l’application des accords de Marcoussis, a multiplié les gestes d’apaisement ces dernières semaines.

Les Forces nouvelles seront de retour au sein du conseil des ministres de Côte d’Ivoire dès janvier 2004. Les ex-rebelles l’ont annoncé lundi après-midi, à Bouaké, où ils tenaient une réunion. Ils avaient pris prétexte de la désignation arbitraire – selon eux – des ministres de la Défense et de l’Intérieur par le Président Laurent Gbagbo, pour quitter l’instance gouvernementale le 23 septembre dernier. La plupart des ministres avaient néanmoins continué à diriger leur département à Abidjan. Plus largement, ils rendaient le chef de l’Etat ivoirien responsable de blocages dans l’application des accords de Marcoussis. Mais ces dernières semaines, Laurent Gbagbo a multiplié les gestes de bonne volonté, ainsi que les discours, en direction des ex-rebelles et en faveur de la réunification nationale.

« Un environnement favorable »

Quels changements ont permis le retour au conseil des ministres des Forces nouvelles ? « C’est l’engagement pris pour la première fois par le Président Gbagbo d’appliquer intégralement les accords de Marcoussis. C’est la délégation de pouvoir qu’il a effectué en faveur du Premier ministre Seydou Diarra (le 12 décembre, ndlr). C’est un regain d’intérêt de la communauté internationale pour la crise ivoirienne (…) », répond pêle-mêle le directeur de cabinet de Guillaume Soro, ministre de la Communication et secrétaire général du Mouvement Patriotique de Côte d’Ivoire (MPCI). « Nous n’avions pas tout cet environnement favorable il y a trois mois. »

A cela s’ajoute le « retrait d’armes » enclenché le samedi 13 décembre par les forces gouvernementales et rebelles. L’adoption par le conseil des ministres, la semaine dernière, de deux projets de loi modifiant les conditions d’éligibilité à la présidence de la République, ainsi que les dispositions du code foncier rural. Des textes pointés, lors des discussions de Marcoussis, comme étant parmi les principales causes de la crise déclenchée le 19 septembre 2002. Mais les choses sérieuses, c’est à dire l’application des accords, n’a pas encore commencé. Le Président Gbagbo a ainsi prévenu, en ce qui concerne les deux textes précités, que ce sont les Ivoiriens qui auront le dernier mot. Par le biais d’un référendum et non par le biais des institutions politiques, comme l’auraient souhaité les ex-rebelles.

Menaces de scission

Lundi après-midi, les Forces nouvelles ont interrompu leur réunion pour annoncer leur retour, avant de poursuivre leurs discussions sur la venue du Président Gbagbo, selon Fraternité Matin. C’est que dès la fin de la matinée, la direction officielle de l’ex-rébellion avait été doublée par le sergent-chef Ibrahim Coulibaly, dit « IB ». « Tous les ministres vont rejoindre le gouvernement (…) Je viens d’ordonner à chacun [d’entre eux] de rejoindre dès ce lundi leur poste », a-t-il déclaré à l’AFP depuis Paris, s’exprimant « en qualité de président des Forces nouvelles » ! L’ex-putschiste de 1999, mis en cause dans le soulèvement de septembre 2002, arrêté en septembre dernier en France pour « recrutement de mercenaires » (notamment) et toujours en liberté sous caution, avait jusque-là nié tout lien avec les Forces nouvelles, ne leur accordant que sa sympathie.

« N’ayant pas de réponses à nos interrogations, j’ai pris mes responsabilités pour dire haut et fort qui est le responsable des Forces nouvelles : c’est le major Ibrahim Coulibaly », déclarait Bamba Kassoum, un chef militaire de Bouaké, dans une interview publiée le 20 décembre sur L’Inter. « Si la fin du conclave du lundi 22 décembre décide que les ministres retournent, nous osons penser que ce sera avec l’accord du sergent IB », avait-il expliqué. Soumaïla Doumbia, responsable du MPCI en France, avait même affirmé que « IB » avait été désigné « président du mouvement, il y a deux semaines, lors d’un conclave à Korhogo ». Mais ce poste n’existe pas dans la hiérarchie des Forces nouvelles, et « il n’y a pas eu de conclave à Korhogo », a répondu à l’AFP, sous couvert d’anonymat, un responsable du MPCI. Pour sa part, Guillaume Soro a expliqué à Afrik lors d’une précédente interview qu’« il n’y a pas de problèmes de leadership » entre Ibrahim Coulibaly et lui. « Je suis un civil, il est un militaire ».