Déclaration d’Alger : le corridor hydrogène SoutH2 se structure


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Déclaration d’Alger : le corridor hydrogène SoutH2
Déclaration d’Alger : le corridor hydrogène SoutH2

Les ministres de l’Énergie d’Algérie, de Tunisie, d’Italie, d’Allemagne et d’Autriche ont signé ce jeudi la Déclaration ministérielle d’Alger sur le SoutH2 Corridor. Le texte crée un secrétariat technique appuyé par l’ONUDI et organise un dialogue régulier entre les cinq pays. Il ne contient en revanche pas encore les engagements chiffrés sur le financement ou les volumes, et ne dit pas quelle part de la filière sera implantée au Maghreb.

Une gouvernance avant les engagements financiers

Réunis au Centre international de conférences d’Alger, en présence du ministre d’État chargé des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, les cinq pays prolongent la déclaration d’intentions signée à Rome le 21 janvier 2025. Le secrétariat prévu par la Déclaration d’Alger doit apporter un soutien technique au projet avec l’appui de l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel.

Le ministre algérien de l’Énergie, Mourad Adjal, a annoncé que les premiers résultats de l’étude de faisabilité ALTEH2A, menée par Sonatrach, Sonelgaz et leurs partenaires européens, seront publiés en 2027. Il a aussi plaidé pour un cadre réglementaire harmonisé et des normes communes entre les deux rives.

Le corridor doit relier l’Algérie et la Tunisie à la Bavière, via l’Italie et l’Autriche, sur quelque 3 300 kilomètres, en reconvertissant pour l’essentiel des gazoducs existants. Ses promoteurs évoquent une capacité d’importation de 4 millions de tonnes d’hydrogène par an et une mise en service au début des années 2030.

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Le volet européen est porté par quatre gestionnaires de réseaux

L’italien Snam, les autrichiens TAG et Gas Connect Austria, et l’allemand Bayernets sont les gestionnaires su futur réseau. Leurs tronçons ont été reconduits en décembre 2025 sur la liste des projets d’intérêt commun de l’Union européenne. La section sous-marine entre le Cap Bon en Tunisie et Mazara del Vallo, en Sicile, a obtenu le statut de projet d’intérêt mutuel. Elle est développée par SeaCorridor, coentreprise d’Eni et de Snam. En amont, Sonatrach et Sonelgaz avaient signé dès octobre 2024 un protocole d’accord avec l’allemand VNG, Snam, SeaCorridor et l’autrichien Verbund pour étudier une chaîne intégrée de production et d’exportation.

Sur sa page consacrée au corridor, la Commission européenne indique que les études de faisabilité ont commencé et que les premiers projets sont en développement en Tunisie et en Algérie. Cependant elle ne donne pas encore de  calendrier détaillé ni de plan de financement consolidé, et la répartition des coûts entre les pays traversés n’est pas arrêtée. Les délégations réunies à Alger devront donc dire qui finance les centrales solaires et éoliennes et l’adaptation des réseaux, et quels acheteurs européens s’engagent sur des volumes et des prix.

Reste la certification. Les règles européennes sur les carburants renouvelables d’origine non biologique (RFNBO) s’appliquent aussi à l’hydrogène importé. Elles exigent que l’électricité alimentant les électrolyseurs provienne de capacités renouvelables nouvelles, produites au même moment et dans la même zone que l’hydrogène. Pour un producteur algérien ou tunisien, ces critères pèseront directement sur le coût final.

Hydrogène vert et eau : l’angle mort des annonces

L’électrolyse consomme au minimum neuf litres d’eau pure environ par kilogramme d’hydrogène, davantage une fois comptées les pertes de traitement. Au niveau d’importation visé, l’ordre de grandeur dépasse 36 millions de mètres cubes par an, dans deux pays durement éprouvés par la sécheresse. Une partie de cette eau devra venir du dessalement, lui-même gourmand en électricité et en investissements, ce qui viendra compliquer l’équation.

Ces questions figuraient au programme de la mission de onze entreprises allemandes conduite en Algérie puis en Tunisie du 21 au 25 septembre. Organisée par l’agence energiewaechter avec le soutien du ministère fédéral allemand de l’Économie et des chambres de commerce bilatérales, elle portait sur les électrolyseurs, le dessalement, le stockage et l’ingénierie des futures canalisations. L’étape tunisienne s’est achevée par un atelier consacré à la constitution de consortiums.

Algérie, Tunisie : ce que le corridor laissera sur place

Le précédent Desertec, lancé en 2009 et réorienté quelques années plus tard, a laissé au Maghreb le souvenir d’un projet conçu d’abord pour l’exportation. L’intérêt du SoutH2 pour l’Algérie et la Tunisie se jouera donc sur ce qui sera fabriqué, entretenu et consommé localement.

En Algérie, Sonatrach a signé, lors de la visite d’Abdelmadjid Tebboune en Allemagne en juillet,deux protocoles avec des industriels allemands. Celui conclu avec Bosch porte sur l’étude d’une filière nationale incluant la fabrication d’électrolyseurs et celui avec Siemens Energy concerne la maintenance et la digitalisation. Leur traduction en usines et en emplois sera essentielle dans la réussite du projet.

La Tunisie, de son côté, refuse d’être réduite au rôle de pays de passage. Le Tunisian Hydrogen Backbone doit relier ses zones de production au corridor, et des projets comme H2 Notos, porté par TotalEnergies et Verbund dans le sud du pays, visent l’export. Un débouché local existe aussi car l’industrie chimique et les engrais de Gabès pourraient devenir les premiers clients d’un hydrogène ou d’un ammoniac verts produits sur place.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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