T-MED : Algérie, Tunisie, Maroc, le Maghreb face au pari de l’énergie verte


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T-MED-Algerie-Tunisie-Maroc

Lancée le 9 juin 2026, l’initiative T-MED de l’Union européenne veut faire du sud de la Méditerranée un espace majeur pour les énergies renouvelables, l’hydrogène vert et les technologies propres. Pour l’Algérie, la Tunisie et le Maroc, le programme ouvre une séquence importante. Mais tous n’arrivent pas avec les mêmes atouts. À ce jeu, Alger dispose d’une carte singulière avzc un immense potentiel solaire, des infrastructures gazières déjà tournées vers l’Europe et une longue expérience industrielle dans l’énergie.

Vingt-cinq milliards d’euros d’investissements à mobiliser d’ici 2035, 15 GW de capacités renouvelables supplémentaires espérés, une plateforme d’investissement attendue à l’automne 2026. Avec ce programme ambitieux T-MED se veut l’un des bras énergétiques du Pacte pour la Méditerranée adopté à Barcelone en 2025. L’ambition européenne est de sécuriser de nouveaux approvisionnements en énergie propre tout en rapprochant les réseaux des deux rives.

Mais Bruxelles sait que la méthode ne peut plus être celle de Desertec. Il y a quinze ans, ce projet avait imaginé une Afrique du Nord transformée en centrale solaire pour l’Europe. L’idée avait séduit sur le papier avant de s’enliser, faute d’adhésion locale et de modèle vraiment partagé. T-MED tente donc de changer de ton. Desormais, il s’agit de financer des réseaux, de former des compétences, d’attirer des industriels et de laisser une part plus importante de la valeur au sud de la Méditerranée.

L’Algérie, un avantage énergétique difficile à ignorer

Dans cette nouvelle équation, l’Algérie occupe une place à part. Le pays dispose d’un potentiel solaire considérable, notamment dans le Sahara. Pour autant, son principal avantage est ailleurs car Alger possède déjà des gazoducs vers l’Europe et d’une place reconnue dans la sécurité énergétique du continent.

Les liaisons Medgaz vers l’Espagne et Transmed vers l’Italie donnent à l’Algérie une longueur d’avance dans les futures discussions sur l’hydrogène vert. Même si l’exportation massive d’hydrogène reste encore un chantier de long terme, l’existence de ces corridors est un atout stratégique. Là où d’autres pays doivent bâtir leurs routes énergétiques, l’Algérie peut s’appuyer sur des décennies d’échanges avec l’Europe.

T-MED peut aussi servir les intérêts algériens à un moment où le pays cherche à diversifier progressivement son économie. L’Algérie tient à la maîtrise souveraine de son secteur énergétique, incarnée par Sonatrach et Sonelgaz. Les investisseurs européens demanderont, eux, des règles lisibles, des garanties et des procédures fluides. Si Alger parvient à concilier ces deux exigences, T-MED sera un vrai levier industriel.

Le Maroc, un dossier déjà bien préparé

Le Maroc arrive de son côté avec une stratégie renouvelable déjà bien identifiée. Le royaume a, en effet,  investi depuis plusieurs années dans le solaire, l’éolien et l’hydroélectricité, avec l’objectif d’atteindre 52 % de capacité électrique installée d’origine renouvelable en 2030. Rabat sait présenter ses projets, mobiliser des partenaires et inscrire l’énergie verte dans une diplomatie économique très active.

Le pays mise aussi sur l’hydrogène vert, les ports, les zones industrielles et sa proximité avec l’Europe. Cette capacité à structurer rapidement des dossiers peut l’aider à capter une partie des financements européens. Le Maroc dispose donc d’un avantage de méthode, même si son système électrique reste encore dépendant d’énergies fossiles, notamment du charbon, et que les besoins en réseaux, stockage et production locale demeurent importants.

T-MED peut accélérer cette stratégie, mais il ne supprimera pas les contraintes. Les grands projets verts demandent du foncier, de l’eau, des infrastructures et des débouchés industriels.

La Tunisie, le rôle de pont vers l’Europe

La Tunisie n’a pas les mêmes moyens financiers que ses voisins, mais elle possède une position géographique précieuse. Face à l’Italie, elle peut devenir un point de passage entre les réseaux électriques nord-africains et européens. Le projet ELMED, qui prévoit une interconnexion électrique sous-marine entre la Tunisie et l’Italie, illustre cette ambition.

Pour Tunis, T-MED peut offrir des financements utiles à la modernisation du réseau, au développement du solaire dans le sud du pays et à la formation de compétences spécialisées. Le programme arrive toutefois dans un contexte économique tendu. Les lenteurs administratives, la fragilité financière de l’État et les incertitudes réglementaires peuvent freiner les investissements.

La Tunisie a donc une carte à jouer, mais elle devra rassurer.

Ne pas devenir de simples fournisseurs d’énergie verte

Pour les pays du Maghreb, le risque serait de rester de simples réservoirs de soleil, exportant une énergie verte sans capter les emplois, les technologies et les usines qui vont avec. Le véritable enjeu de T-MED est donc de faire de la transition énergétique un outil de souveraineté, d’industrialisation et de développement partagé.

Kofi Ndale
Kofi Ndale, un nom qui évoque la richesse des traditions africaines. Spécialiste de l'histoire et l'économie de l'Afrique sub-saharienne
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