Algeria Bid Round 2026 : Alger profite de la crise pour s’imposer au centre du jeu énergétique


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Algérie hydrocarbures
Algérie hydrocarbures

En lançant dimanche 19 avril son nouvel appel d’offres international sur sept périmètres pétroliers et gaziers, l’Algérie a ouvert de nouveaux blocs à l’exploration. Mais elle a  aussi choisi un moment de forte tension régionale pour rappeler aux majors et à l’Europe qu’elle reste l’un des fournisseurs les plus proches, les plus stables et les plus crédibles du bassin méditerranéen.

En choisissant le dimanche 19 avril 2026 pour lancer l’« Algeria Bid Round 2026 » à Alger, le pouvoir algérien a clairement voulu inscrire son appel d’offres dans une séquence internationale tendue. Sept périmètres d’exploration ont été proposés aux compagnies étrangères dans des zones couvrant notamment Ouargla, Illizi, Touggourt et El Bayadh, avec des ressources présentées comme prometteuses, à la fois en pétrole et en gaz. La phase technique doit débuter le 1er juin, les offres sont attendues pour le 26 novembre et les contrats avec Sonatrach pourraient être signés fin janvier 2027.

Le calendrier n’a rien d’anodin. Depuis plusieurs semaines, la crise au Moyen-Orient ravive les inquiétudes sur la sécurité des approvisionnements énergétiques. Reuters notait fin mars qu’un Golfe plus risqué pourrait pousser les grandes compagnies à regarder davantage vers d’autres frontières pétrolières et gazières, moins exposées que la zone irano-golfienne. Dans ce contexte, l’Algérie se positionne comme une puissance de repli plus que crédible avec de nombreux atouts. Proximité de l’Europe, politiquement lisible pour les investisseurs, et déjà branchée au marché européen par des infrastructures existantes.

Un lancement pensé pour parler à l’Europe comme aux majors

Mohamed Arkab, ministre des hydrocarbures, ne s’en est d’ailleurs pas caché. Au lancement du cycle 2026, le ministre a présenté ce bid round comme un levier pour renforcer la sécurité énergétique mondiale et consolider le rôle de l’Algérie comme hub régional. La formule vise évidemment les investisseurs, mais elle parle aussi aux capitales européennes, qui cherchent depuis la guerre en Ukraine à réduire leur exposition aux fournisseurs les plus instables ou les plus éloignés.

L’atout algérien est connu : le pays dispose d’une proximité géographique rare et de deux gazoducs opérationnels vers l’Europe, Medgaz vers l’Espagne et TransMed vers l’Italie via la Tunisie, en plus de ses capacités d’exportation de GNL. Cela ne fait pas d’Alger un substitut miracle à toutes les tensions du Golfe, mais cela lui donne un argument commercial et stratégique que peu de producteurs africains peuvent avancer avec autant de force. Le discours sur la “fiabilité algérienne” retrouve ainsi une nouvelle actualité.

Cet activisme s’inscrit aussi dans une séquence de retour des grandes compagnies. Le 14 avril, soit quelques jours avant le lancement officiel, l’Algérie a accordé à BP une autorisation de prospection dans le bassin oriental. Chevron et ExxonMobil, de leur côté, restent dans le paysage. Les discussions entre Sonatrach et Chevron autour des bassins d’Ahnet et de Berkine remontent à un accord-cadre signé en 2024, toujours mis en avant par les autorités algériennes. Sonatrach a aussi multiplié les signaux d’ouverture à l’égard de partenaires étrangers dans l’exploration et le développement de nouveaux actifs. À cela s’ajoute un programme d’investissement énergétique de 60 milliards de dollars entre 2025 et 2029, annoncé par Arkab en octobre 2025, dont l’essentiel doit aller à l’amont pétrolier et gazier.

Une séquence que TotalEnergie regarde de près. La société pétrolière française, a été lauréate en juin 2025, avec QatarEnergy du permis d’exploration d’Ahara, vaste périmètre de 14 900 km² à la jonction des bassins de Berkine et d’Illizi. TotalEnergies opère avec 24,5 % de participation, au même niveau que QatarEnergy, Sonatrach conservant 51 %. Mais le pétrolier espère ne pas faire les frais de la politique française aggresive envers l’Algérie de ces derniers mois. Interrogé sur LCI en novembre 2025 malgré les tensions franco-algériennes, le PDG Patrick Pouyanné avait alorsdéclaré : « Malgré la volatilité des relations politiques entre les deux pays, on a maintenu le contrat, on a maintenu les relations de façon constante. » Et d’ajouter : « Le gaz algérien, on le paie au même prix que le gaz américain ! La seule différence c’est qu’il est tout près. »

Un cadre plus souple, et une dépendance qui se réduit

Algerie big round 2026
Algerie big round 2026

Le pouvoir algérien peut faire valoir qu’il a travaillé son cadre juridique pour rassurer les investisseurs. Le bid round 2026 s’inscrit dans la logique de la loi 19-13 sur les hydrocarbures, pensée pour rendre les projets plus attractifs et mieux partager le risque avec Sonatrach. Le mécanisme proposé pour les nouveaux blocs prévoit des contrats de partage de production ou de participation selon les cas. En clair, Alger tente de montrer qu’elle n’est plus seulement un producteur jaloux de sa souveraineté, mais un partenaire qui veut redevenir compétitif face aux autres provinces pétrolières.

Des perspectives particulièrement attractives dans cette période où le prix des hydrocarbures semble parti pour rester longtemps sur des sommets avec les dégats causés aux infrastructures dans le Golfe Arabo-persique. Pour autant, la Banque mondiale,  souligne que la part des exportations d’hydrocarbures baissent régulièrement. Ainsi, les ventes hors hydrocarbures ont triplé depuis 2017 pour atteindre 5,1 milliards de dollars en 2023. Ce progrès encore modeste dans ses retombées est en phase d’accélération avec la stratégie de diversification de Tebboune.

Alger peut déjà revendiquer des premiers résultats solide en matière de diversification, avec des exportations accrues d’engrais, d’acier ou de ciment, et il faut poursuivre ce cap dans les domaines majeurs que sont l’agriculture et le toursime.

Au fond, l’« Algeria Bid Round 2026 » montre une Algérie qui lit la crise régionale comme une fenêtre d’opportunité, une Algérie qui veut séduire à nouveau les majors, et une Algérie qui cherche à monétiser au mieux sa réputation de fournisseur proche et relativement stable. Mais il rappelle aussi que le pays transforme son économie, au lieu de seulement prolonger sa dépendance aux hydrocarbures.

Idriss K.Sow
Journaliste-essayiste mauritano-guinéen, il parcourt depuis une décennie les capitales et les villages d’Afrique pour chroniquer, en français, les réalités politiques, culturelles et sociales de l'Afrique
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