Guinée : le gouvernement Doré n’a pas droit à l’erreur

Après plus de trois semaines d’attente, le gouvernement Doré est enfin connu. Le décret portant nomination des membres du gouvernement de transition est tombé lundi soir. Il comprend 34 membres au lieu des 32 initialement prévus dans le décret de restructuration rendu public le 3 février dernier. Il est composé de dirigeants civils et militaires chargés de conduire le pays à des élections libres et démocratiques en juin, comme le prévoit l’accord de sortie de crise signé le 15 janvier dernier.

Notre correspondant en Guinée

Parmi les 34 ministres et secrétaires d’Etat du gouvernement de transition, seuls deux membres du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD, junte) ont été confirmés dans leurs anciennes fonctions. Il s’agit du ministre de la Sécurité et de la protection civile, le général Mamadouba Toto Camara, premier vice-président de la junte, et du ministre de la Justice, Siba Lohalamou. Quatre autres membres de la junte qui étaient dans le gouvernement Komara se sont vus confier d’autres portefeuilles. C’est le cas de l’ancien ministre des Finances, le lieutenant colonel Mamadou Sandé, qui prend désormais la tête du ministère de l’Energie et de l’Hydraulique, du colonel Mamadou Korka précédemment ministre du Commerce, qui va au ministère de la pêche et de l’aquaculture. Le ministre secrétaire général à la présidence Kèlèti Faro est dorénavant à l’agriculture, et le colonel Siba Lohalamou à la Justice. Donc, dans la nouvelle équipe gouvernementale, l’on compte six ministres militaires de la junte. Et au total dix membres de l’équipe Komara restent au gouvernement, tel le ministre des Mines Mahmoud Thiam qui conserve son poste.

De nouveaux visages font aussi leur apparition, issus pour la plupart du mouvement social et des diverses forces politiques en présence, conformément aux accords de Ouagadougou signés le 15 janvier dernier. Les équilibres régionaux, devenus très sensibles ces derniers temps en Guinée, ont également été pris en compte. L’ancien gouverneur de la Banque centrale, Kerfalla Yanfasane, se voit confier le ministère de l’Economie et des finances. Néva Damet, se retrouve à l’Administration du territoire chargé des élections. L’opposant architecte Mansour Kaba hérite du portefeuille de l’Urbanisme et de l’Habitat. Et Gandi Tounkara, professeur et promoteur de grandes écoles, devient ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique.

Les membres de la junte considérés comme extrémistes sont pour l’heure mis à la touche en attendant la formation du cabinet du président de la transition, le général Sékouba Konaté, prévue ce mardi soir.

« Aucune erreur ne sera permise »

Peu avant la lecture du décret de nomination des membres du gouvernement à la télévision nationale, le Premier ministre, Jean-Marie Doré, a livré une déclaration dans laquelle il rend hommage aux victimes des tragiques événements du 28 septembre 2009, et de janvier février 2007. « Ce sont des martyrs de la liberté et de la démocratie pour lesquels nous continuons encore à nous battre pour honorer leur mémoire », a-t-il affirmé.

Le Premier ministre a précisé que « s’il est établi à un moment ou à un autre que l’un des acteurs de cette transition est mêlé à un scandale financier, ou s’il se trouvait dans le collimateur de la justice nationale et internationale, notamment dans les tragiques événements du 28 septembre 2009, il est clair que nous allons tirer toutes les conséquences… » Dans la même logique, il a ajouté que si un ministre ne se montrait pas efficace dans la mission qui lui était confiée, il serait immédiatement remplacé, et qu’aucune erreur ne serait permise.

Nombre d’observateurs civils sont plutôt favorables à la nouvelle équipe gouvernementale, mais par mesure de prudence, ils demeurent attentistes car nombre de nouveaux ministres se trouvent pour la première fois aux affaires. En ce qui concerne la junte; par voix du directeur de bureau de la présidence, elle laisse l’entière responsabilité du gouvernement au Premier ministre. Il reste cependant à vérifier si cette position sera respectée dans les jours et semaines à venir. Toutefois, dans sa déclaration, avant la lecture du décret de nomination du gouvernement, le Premier ministre a « remercié le Général Sékouba Konaté qui [lui] a facilité énormément la tâche en [lui] témoignant de confiance utile et en [lui] accordant une liberté et une responsabilité totale dans le choix des hommes et femmes. »

Le Premier ministre a assigné deux priorités au gouvernement : l’organisation d’élections démocratiques d’ici le mois de juin et la réforme de l’armée.

 La liste des 34 ministres