Guinée : Jean-Marie Doré, premier ministre et plus si affinités…

Jean-Marie Doré a été nommé officiellement Premier ministre de la Guinée. Le président intérimaire, le général Sékouba Konaté, a signé le décret de sa nomination ce jeudi. A 70 ans, le porte-parole des Forces vives est chargé d’une mission délicate : organiser des élections libres dans six mois. A peine nommé, ce vieux loup de la politique commence à montrer les dents. L’homme rejette l’accord de Ouagadougou, et n’exclut pas de présenter sa candidature à la présidentielle de juin, malgré le fait qu’elle soit interdite aux membres du gouvernement de transition.

Un opposant historique à la tête d’un gouvernement de transition. Jean-Marie Doré est officiellement Premier ministre de la Guinée. Le président intérimaire de la Guinée, Sékouba Konaté, a signé le décret de sa nomination ce jeudi. Président de l’Union des forces pour le progrès de la Guinée (UPG), et porte-parole des Forces vives, il avait été désigné mardi à Ouagadougou pour mener la transition qui devrait aboutir à des élections dans six mois.

Né en 1938 en Guinée-Forestière, à l’est du pays, Jean-Marie-Doré est un vieux routier de la politique. Dès l’âge de 15 ans, il participe, aux côtés de son père, chef du canton de Manna, à la vie politique locale. Docteur en sciences politiques, il a étudié en France puis en Suisse et occupé un poste de haut fonctionnaire au Bureau international du Travail (BIT), à Genève. En 1988, il revient en Guinée, crée une entreprise de transport et son propre parti, l’UPG. Candidat aux élections présidentielles de 1993 et 1998, contre Lansana Conté, il est devenu une figure de l’opposition en Guinée. Député de sa région depuis 1995, Il n’a jamais participé à aucun gouvernement en Guinée.

Un homme d’expérience

Sa nomination au poste de Premier ministre est intervenue après l’accord conclu mardi à Ouagadougou entre le général Sébouka Konaté, président du pays par intérim, et le chef de la junte au pouvoir, Moussa Dadis Camara, sous l’égide du médiateur de la crise, le président burkinabè Blaise Compaoré. Pour Idrissa Chérif, chargé de communication du président de transition, l’opposant a été choisi «non seulement pour son expérience, mais aussi pour sa connaissance de la politique guinéenne. » Une expérience qui sera mise à rude épreuve d’ici le 28 janvier, date-butoir que Jean-Marie Doré s’est fixée pour former son équipe (date de la réunion du groupe de contact à Addis Abeba). Le Premier ministre fraîchement nommé a en effet fort à faire pour assurer l’équilibre ethnique et régional dans son nouveau gouvernement. Il devra en outre faire la synthèse entre les ambitions des Forces vives et les attentes du mouvement social (l’un de ses leader, la syndicaliste Rabiatou Serah Diallo, est pressentie au poste de vice-Premier ministre), et les appétits de du CNDD (junte), qui veut garder le contrôle sur les ministères de souveraineté (la Défense, les Affaires étrangères, le Economie et les Finances).

Le vieil opposant, à peine la nouvelle de sa nomination tombée, a toutefois fait savoir qu’il n’était pas là pour faire de la figuration. Dans une interview à RFI, il a remis en cause la formule de répartition des portefeuilles ministériels retenue par la junte : à savoir 10 ministères pour l’opposition, 10 au CNDD et 10 postes à des personnalités issues des quatre régions. « Je ne suis pas au courant de cette répartition. Il n’y a aucun document émanant du CNDD et des Forces vives acceptant cette répartition. Donc je ne peux pas me prononcer là-dessus », a-t-il déclaré.

Plus étonnant, l’homme n’exclut pas de présenter sa candidature aux élections présidentielles dans six mois, malgré qu’elle soit interdite aux membres de la transition selon l’accord de Ouagadougou. Celui « n’existe pas, puisque les Forces vives n’y étaient pas représentées », a-t-il tranché. Le vieux loup de l’opposition guinéenne montre déjà les dents.