La Guinée dirigée par un gouvernement à trois têtes

Le général Sékouba Konaté, président intérimaire de la Guinée, a choisi, lundi 18 janvier, Jean-Marie Doré, en tant que Premier ministre du gouvernement de transition en Guinée. La syndicaliste Rabiatou Serah Diallo et le général Mamadouba « Toto » Camara, vice-président du Conseil national pour le développement et la démocratie (CNDD, junte), devraient également êtres nommés vice-Premiers ministres. Une primature à trois têtes qui fait débat.

Le général Sékouba Konaté, président intérimaire de la Guinée, a choisi, lundi 18 janvier, Jean-Marie Doré, l’un des doyens de l’opposition, comme premier ministre de la Guinée. Le général Konaté, le capitaine Moussa Dadis Camara et le médiateur dans la crise de Guinée, le président burkinabè Blaise Compaoré, se sont mis d’accord sur ce choix lors des discussions qu’ils ont eu dans la journée de lundi à Ouagadougou. Porte-parole des Forces vives et leader de l’Union pour le Progrès de la Guinée (UPG), Jean-Marie Doré, 70 ans, ne devrait toutefois pas conduire seul le gouvernement de transition, chargé d’organiser des élections dans six mois. Deux vice-Premiers ministres, Mme Rabiatou Serah Diallo, secrétaire générale de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG), et le général Mamadouba Toto Camara, actuel ministre de la Sécurité et de la Protection civile et vice-président du Conseil national pour le développement et la démocratie (CNDD, junte), sont censés l’épauler dans cette délicate mission.

Les ministères de souveraineté pour la junte

Le nouveau gouvernement de transition sera composé de 30 portefeuilles ministériels. Dix ministres seront désignés par le CNDD, dix par l’opposition et dix autres seront issus des quatre régions de Guinée, rapporte africaguinee.com, citant le porte-parole du président intérimaire, Idrissa Chérif. Les postes de souveraineté, en l’occurrence la défense, les Affaires étrangères, l’Economie et les Finances, devraient en outre revenir au CNDD, rapporte le même journal.

D’ethnie peulh, natif de la région forestière, la même que celle d’où le capitaine Dadis Camara est originaire, la désignation de Jean-Marie Doré comme Premier ministre devrait calmer les esprits, confie un opposant à RFI. Si le choix de Jean-Marie Doré est présenté comme celui de l’équilibre ethnique et régional dans la formation du nouveau gouvernement de transition, l’opposition n’est pas pour autant à la fête. Le forum des Forces vives ont tenu mardi une réunion au domicile de l’opposant François Loncény Fall à Conakry, à l’issue de laquelle il a réitéré son souhait que la décision sur la primature soit prise à Conakry. «Nous souhaitons que les décisions concernant la nomination du premier ministre et la formation du gouvernement soient examinées et prises à Conakry. Nous attendons que le Général Sekouba Konaté rentre de Ouagadougou pour nous rendre compte du travail qui a été effectué à Ouagadougou, auquel nous n’avons pas été associés», a déclaré Jean-Marie Doré, selon africaguinee.com. En réalité, la formule de primature à trois têtes n’est pas du goût du Premier ministre annoncé -dont la nomination par décret devrait intervenir dès le retour du général Konaté à Conakry.

« Doré pourrait favoriser son parti »

D’autres opposants, dont certains sont issus du mouvement social guinéen et qui avaient soutenu la candidature de la syndicaliste Hadja Rabiatou Sérah Diallo, ont protesté contre la désignation de Jean-Marie Doré. Selon Fodé Mohamed Soumah, président du parti Génération citoyenne (Gé-Ci), joint par Afrik.com, « Doré pourrait favoriser son parti politique (UPG) aux prochaines élections. Or, on ne peut pas être juge et partie. » Il aurait préféré voir Hadja Diallo à ce poste, car « la femme a toujours été hors du jeu politique en Guinée, alors que Jean-Marie Doré n’a rien fait ni réussi depuis 50 ans ». Fodé Mohamed Soumah compte toutefois participer aux consultations, dès la nomination officielle du Premier ministre. Son parti vise les ministères des Affaires étrangères, l’Agriculture et l’Education. « Nous allons nous battre pour participer à ce gouvernement», assure-t-il.

A l’approche de la mise en place du gouvernement de transition, les appétits s’aiguisent et les tractations s’intensifient entre junte et opposition (et au sein même de celle-ci). Seul un gouvernement réellement consensuel, capable de fonctionner, sera à même de mener à terme la transition démocratique tant espérée en Guinée.

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