
L’ancien gouverneur de l’État de Kaduna, Nasir El-Rufai, est actuellement détenu par la Commission indépendante de lutte contre la corruption (ICPC). L’agence fédérale enquête sur des soupçons de détournement de fonds publics remontant à la période où il dirigeait cet État du nord du Nigeria, entre 2015 et 2023. Les enquêteurs soupçonnent notamment l’ancien dirigeant d’avoir détourné environ 260 millions de dollars. Par ailleurs, d’autres accusations portent sur de possibles écoutes téléphoniques illégales visant des responsables de l’appareil sécuritaire nigérian.
Arrêté en février après avoir répondu à une convocation des autorités, Nasir El-Rufai est resté en détention pendant que l’enquête se poursuit.
L’ancien gouverneur invoque son droit au silence
Face aux accusations, Nasir El-Rufai a choisi de ne pas coopérer avec les enquêteurs. Dans deux déclarations manuscrites rédigées les 19 et 20 février en présence de son avocat, il indique clairement qu’il ne répondra pas aux questions de l’ICPC. Selon lui, cette décision repose sur un principe juridique. L’ancien gouverneur affirme exercer son droit constitutionnel au silence et précise qu’il ne répondra aux accusations que devant un tribunal. Dans l’une de ses déclarations, il écrit notamment que l’agence anticorruption devrait présenter ses conclusions devant une juridiction compétente après près de deux années d’enquête.
Une affaire à forte dimension politique
Nasir El-Rufai affirme que les investigations engagées contre lui sont liées à son engagement politique. Ancien membre influent du parti au pouvoir, le Congrès des progressistes (APC), il a rejoint l’an dernier le parti d’opposition African Democratic Congress (ADC). Selon lui, cette affiliation serait la véritable raison de la procédure engagée à son encontre. Il estime ainsi être victime d’une « persécution politique » et affirme que seul un tribunal indépendant pourra trancher. L’ancien gouverneur entretient également des relations tendues avec le pouvoir actuel depuis l’échec de sa nomination à un poste ministériel dans le gouvernement du président Bola Tinubu.
Perquisition et nouvelles poursuites
Dans le cadre de l’enquête, les autorités ont également procédé à la perquisition de la résidence de Nasir El-Rufai à Abuja. Les enquêteurs affirment avoir saisi du matériel électronique et des équipements d’enregistrement. Les proches de l’ancien gouverneur contestent toutefois cette version et démentent toute découverte compromettante. Par ailleurs, cinq agents de l’aéroport de Kaduna font eux aussi l’objet de poursuites. Ils sont accusés d’avoir reçu de l’argent afin d’aider l’ancien gouverneur à éviter une arrestation lors de son retour de l’étranger.
Une issue judiciaire attendue
La détention de Nasir El-Rufai repose sur un mandat de quatorze jours délivré par un tribunal de première instance. Si l’agence anticorruption ne dépose pas d’accusation formelle avant l’expiration de ce délai, l’ancien gouverneur pourrait être libéré. Dans l’immédiat, l’affaire continue d’alimenter le débat politique au Nigeria. Entre accusations de corruption et dénonciation d’un règlement de comptes politique, la suite de la procédure judiciaire sera suivie de près.




