
Attendu à Alger lundi 18 mai pour évoquer le sort du journaliste Christophe Gleizes et la coopération judiciaire entre la France et l’Algérie, Gérald Darmanin participe au réchauffement des relations entre les deux pays. Mais le garde des Sceaux revient aussi sur la terre de son grand-père maternel, Moussa Ouakid, dont il avait évoqué la mémoire en quittant le ministère de l’Intérieur.
Gérald Darmanin se rend à Alger ce lundi 18 mai avec un agenda de ministre de la Justice. Le déplacement prend place dans Ce voyage s’inscrit dans le dégel prudent engagé entre Paris et Alger et s’effectue à la demande d’Emmanuel Macron et sur invitation des autorités algériennes. Il s’agit de relancer la coopération judiciaire entre Paris et Alger, après près de deux ans de tensions diplomatiques liées à la période Retailleau. La délégation française est étoffée et comprend la directrice des affaires criminelles et des grâces Laureline Peyrefitte, la procureure nationale anti-criminalité organisée Vanessa Perrée et le procureur national financier Pascal Prache qui accompagnent le ministre. Côté algérien, c’est le garde des Sceaux Lotfi Boudjemaa qui les recevra.
Au programme : criminalité organisée, narcotrafic, coopération entre parquets, mais aussi dossiers individuels sensibles. Le plus emblématique reste celui de Christophe Gleizes, journaliste sportif français de 37 ans détenu depuis près d’un an, pour apologie du terrorisme.
L’affaire Gleizes au cœur du déplacement
Arrêté en mai 2024 et condamné en première instance en juin 2025, puis en appel début décembre à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme » Christophe Gleizes espère beaucoup de ce déplacement. Le 16 mars 2026, il a retiré son pourvoi en cassation, conformément à la stratégie défendue par sa famille et Reporters sans frontières. L’objectif est de lever tout obstacle juridique pour rendre possible une grâce présidentielle d’Abdelmadjid Tebboune.
Le précédent est connu. Le 12 novembre 2025, le président algérien avait gracié l’écrivain Boualem Sansal, à la demande de l’Allemagne, dans un geste qui a entamé le dégel des relations bilatérales. La famille Gleizes et ses soutiens espèrent que la même mécanique puisse jouer pour le journaliste. Le cabinet du ministère a confirmé samedi que le cas du journaliste sera évoqué à Alger, parmi les « affaires individuelles sensibles » à l’agenda. Mais en retour, les ministres aborderont sans doute aussi le cas de d’Abdeslam Bouchouareb, ancien ministre algérien condamné pour corruption et réfugié en France, dont Alger réclame l’extraditionprotégé par Paris.
Sur les pas de Moussa Ouakid
Le voyage a aussi une résonance personnelle. En septembre 2024, lors de son départ du ministère de l’Intérieur, Gérald Darmanin avait surpris en rappelant son prénom complet : Gérald Moussa Jean Darmanin. Moussa, en hommage à son grand-père maternel, Moussa Ouakid, né en 1907 dans l’Ouarsenis et tirailleur algérien dans l’armée française. Arrivé en France à l’âge de quinze ans, fait prisonnier en 1940 sur l’Escaut, résistant dans les Forces françaises de l’intérieur, il avait participé à la libération de Saint-Amand-les-Eaux en septembre 1944, avant de s’installer dans le Nord et d’y fonder une famille.
Ce jour-là, Gérald Darmanin avait livré une phrase qui résonne aujourd’hui. Le ministre avait alors expliqué que s »il s’était appelé Moussa Darmanin, il n’aurait sans doute pas été élu maire, ni député, ni nommé ministre de l’Intérieur. Une parole prononcée devant son successeur Bruno Retailleau dont on se rappelle les positions anti-algériennes qui ont suivi. Le discours de Gérald Darmanin pointait une discrimination par le prénom rarement reconnue en France.
Le déplacement de lundi n’est d’ailleurs pas le premier retour de Gérald Darmanin sur la terre de son aïeul. En 2022, alors ministre de l’Intérieur, il s’était déjà rendu en Algérie à titre privé, à la faveur d’une visite organisée par les autorités algériennes, pour découvrir la ville natale de son grand-père dans la région de Chlef, l’ancienne Orléansville. Cette fois, le retour est officiel.
Un déplacement dans un climat de réchauffement
La visite intervient après une séquence de décrispation entre Paris et Alger. Les deux capitales ont traversé près de deux années de crise diplomatique, marquée par le retrait des ambassadeurs et l’expulsion réciproque de diplomates, à la suite du basculement français sur le dossier du Sahara occidental à l’été 2024. Le mouvement de réchauffement a commencé avec la grâce de Boualem Sansal en novembre 2025, s’est poursuivi avec la visite du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez auprès de Tebboune mi-février 2026, puis avec celle, plus récente à l’occasion des cérémonies du 8 mai sur le massacre de Sétif, de la ministre déléguée aux Armées Alice Rufo qui accompagnait le retour à Alger de l’ambassadeur de France Stéphane Romatet. Le déplacement de Gérald Darmanin en constitue une nouvelle étape de ce rapprochement.
Le garde des Sceaux n’avait pas toujours incarné la nuance sur le dossier algérien à l’époque où il dirigeait l’Intérieur. En effet, qu’il s’agisse des visas, des expulsions ou des accords de 1968il avait affiché des positions de fermeté. Mais son retour à Alger en ministre de la Justice s’inscrit dans un autre registre, celui d’une coopération judiciaire à reconstruire.
Pour Gérald Darmanin, ce déplacement n’est donc pas seulement une mission ministérielle. En revenant à Alger en garde des Sceaux, sur la terre de Moussa Ouakid, il donne à la reprise du dialogue franco-algérien une dimension plus intime et plus proche de celles de millions de français : celle d’un héritage familial longtemps resté en arrière-plan de son parcours politique.



