
Condamné vendredi 15 mai à cinq ans de prison par la cour d’assises du Var pour le viol d’une jeune femme en 2018, Saad Lamjarred replonge le Maroc dans un dossier à la fois judiciaire, médiatique et politique. En 2016, Mohammed VI avait soutenu la défense du chanteur. Dix ans plus tard, une telle implication paraît plus délicate.
Jugé à huis clos à Draguignan dans le Var, le chanteur marocain Saad Lamjarred a été reconnu coupable pour des faits de viol à Saint-Tropez. La cour n’a pas ordonné de mandat de dépôt, mais Saad Lamjarred a été condamné à verser 30 000 euros de dommages et intérêts, ainsi que 5 000 euros de frais d’avocat à la partie civile. Il conteste les faits et peut encore faire appel.
Cette condamnation intervient dans un contexte déjà chargé pour la star marocaine. En 2023, la cour d’assises de Paris l’avait condamné à six ans de prison pour un autre viol, également contestée en appel. L’accumulation de ces décisions fragilise sa position, y compris auprès de ses soutiens au Maroc, où certains continuaient à dénoncer un acharnement judiciaire.
Un précédent royal devenu difficile à assumer
Pour sauver le chanteur, la question d’un éventuel soutien du palais refait surface. En 2016, Mohammed VI avait piloté le recours à son propre avocat, Éric Dupond-Moretti, alors figure majeure du barreau pénal. Le Souverain chérifien avait pris en charge les frais de défense selon des informations relayées à l’époque par l’agence MAP. Officiellement, il s’agissait de garantir le respect de la présomption d’innocence. Mais cette intervention avait aussi contribué à politiser un dossier pénal.
Aujourd’hui, les paramètres ont changé. Éric Dupond-Moretti, devenu entre-temps ministre de la justice d’Emmanuel Macron avant de reprendre sa tenue d’avocat, ne défend plus le chanteur depuis 2018, et son retour dans ce dossier paraît peu probable. En outre, le contexte a évolué car les violences sexuelles occupent une place centrale dans le débat public, en France comme au Maroc. Désormais toute prise de position de Mohammed VI est plus exposée.
Quelle marge de manœuvre pour Rabat ?
Plusieurs options se dessinent. Le palais peut choisir de ne pas intervenir et laisser la procédure suivre son cours, une position discrète qui limiterait les risques politiques. Un soutien indirect, strictement juridique, reste également envisageable, sans communication officielle. À l’inverse, un engagement plus visible, comme en 2016, apparaîtrait aujourd’hui plus coûteux en termes d’image.
En effet, le dossier Lamjarred, avec deux condamnations, même encore susceptibles de recours, pose désormais la question du coût politique d’un soutien officiel face à des accusations de violences sexuelles. Pour les autorités marocaines, l’équilibre entre protection d’une figure populaire et gestion de l’image du pays est complexe.



