
Plus d’un an après son rappel à Paris en avril 2025, l’ambassadeur de France en Algérie Stéphane Romatet a regagné son poste ce vendredi 8 mai 2026. Le retour du diplomate coïncide avec la commémoration des massacres de Sétif et accompagne une visite ministérielle à forte charge mémorielle. Premier signal concret d’un dégel amorcé en début d’année, que Paris comme Alger abordent encore avec prudence.
Une date choisie pour son poids mémoriel
Stéphane Romatet a retrouvé la résidence des Oliviers à Alger ce 8 mai 2026, jour anniversaire des massacres de Sétif, Guelma et Kherrata. Il accompagne Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées et des Anciens combattants, dépêchée par Emmanuel Macron pour commémorer ces événements à Sétif même.
Ilfaut rappeler que le 8 mai 1945, alors que la France et le monde célébraient la capitulation nazie, des manifestations nationalistes algériennes dégénéraient dans le département de Constantine. La répression française qui s’ensuivit fit des milliers de victimes : entre 15 000 et 20 000 selon les estimations historiques retenues en France, jusqu’à 45 000 selon les autorités algériennes. L’Élysée affirme vouloir traiter cette mémoire avec « honnêteté », dans la continuité de la démarche mémorielle entamée par Emmanuel Macron depuis 2017.
Une crise née de l’affaire saharienne
Stéphane Romatet avait quitté Alger le 17 avril 2025, rappelé par Paris en représailles à l’expulsion de douze fonctionnaires français du ministère de l’Intérieur, mesure inédite depuis l’indépendance algérienne de 1962. Le point de départ de la rupture remonte à juillet 2024. Dans une lettre adressée au roi Mohammed VI, Emmanuel Macron officialisait alors son ralliement au plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental. Une source diplomatique française citée par Euronews évoquera quelques mois plus tard la « plus grande crise diplomatique » depuis l’indépendance.
Les signes d’un dégel
La grâce présidentielle accordée à Boualem Sansal fin 2025 a constitué le premier signe d’apaisement. La visite du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez à Alger en février 2026 a relancé le canal sécuritaire et migratoire. Sur CNews-Europe 1 ce jeudi 7 mai, le ministre s’est félicité d’un déblocage des laissez-passer consulaires : « On a eu 120 laissez-passer délivrés », a-t-il indiqué, évoquant un chiffre désormais supérieur à 140 depuis le début de l’année.
Côté présidentiel, Emmanuel Macron a publiquement assumé sa ligne de dialogue. En visite à l’hôpital de Lavelanet (Ariège) le 27 avril, il a défendu les médecins algériens diplômés hors UE, qualifiés d’indispensables au système de santé français, et tancé « tous les mabouls qui disent qu’il faut se fâcher avec l’Algérie ». Une charge directe contre Bruno Retailleau, candidat LR à la présidentielle 2027 et tenant d’une ligne ferme
Le dossier Christophe Gleizes
La feuille de route confiée à Stéphane Romatet est explicite : travailler sur l’ensemble des dossiers de coopération bilatérale, avec une priorité au cas du journaliste français Christophe Gleizes. Détenu en Algérie depuis mai 2024, le journaliste sportif a été condamné à sept ans de prison pour apologie du terrorisme. Sa famille a annoncé le 5 mai 2026 qu’il avait renoncé à son pourvoi en cassation, ouvrant la voie à une éventuelle grâce d’Abdelmadjid Tebboune. Sa libération constituerait, après celle de Sansal, le second geste algérien attendu.
Un dégel sous conditions
Les obstacles au retour de relations apaisées n’ont pas disparu. Alger continue d’attendre des avancées sur le sort de son agent consulaire arrêté à Paris. La position française sur le Sahara occidental n’a pas varié. La pression de la droite et de l’extrême droite françaises, hostiles à toute conciliation avec un pouvoir algérien jugé peu coopératif, continue de peser sur la marge de manœuvre présidentielle.
Mais le choix du 8 mai pour le retour de Stéphane Romatet dit la volonté de l’Élysée d’inscrire le rapprochement dans la démarche mémorielle voulue par Emmanuel Macron depuis 2017. Les deux capitales ont rouvert un canal, c’est un premier pas important.




