
À Kavimvira, la frontière entre la RDC et le Burundi a rouvert après des semaines de paralysie, suscitant un afflux immédiat de plus de 10 000 passages en une seule journée.
L’espoir renaît sur les rives du lac Tanganyika. Depuis le lundi 23 février 2026, le poste frontalier de Kavimvira, véritable poumon entre la République démocratique du Congo et le Burundi, a officiellement rouvert ses barrières. Cette décision, fruit d’intenses évaluations sécuritaires entre Kinshasa et Gitega, met fin à plusieurs semaines d’une paralysie étouffante. Sous l’impulsion du gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi Sadiki, les échanges reprennent désormais de 5 heures à 17 heures.
Un moteur économique de nouveau en marche
La fermeture de cet axe stratégique avait plongé le Sud-Kivu dans une forme d’asphyxie. Pour les autorités provinciales, ces frontières terrestres et lacustres représentent près de la moitié de l’économie locale. Uvira ne se contente pas de commercer avec sa voisine Bujumbura ; elle sert de porte d’entrée majeure pour les marchandises transitant depuis les grands ports de l’océan Indien comme Dar es Salaam et Mombasa.
Le retour des camions et des navires de commerce est accueilli avec soulagement par les entrepreneurs locaux, qui se sentaient jusqu’alors isolés du reste du monde. La reprise du trafic promet de revitaliser les marchés d’Uvira et d’alléger le coût de la vie pour des milliers de foyers.
L’urgence humanitaire au centre des priorités
Au-delà des chiffres du commerce, la réouverture de la frontière est une bouée de sauvetage pour les populations civiles. La plaine de la Ruzizi et ses environs comptent aujourd’hui plus d’un million de personnes, dont 400 000 déplacés ayant fui les combats. Cette fluidité retrouvée va permettre l’acheminement de 4 000 tonnes de vivres par le Programme alimentaire mondial et renforcer les capacités d’action de la Croix-Rouge.
Sur le terrain, ce changement se mesure aussi par le retour des cadres médicaux. Le retour de spécialistes ayant trouvé refuge au Burundi permet déjà de reprendre des interventions vitales, illustrant par des naissances symboliques le retour progressif à une forme de normalité sociale.
Un équilibre sécuritaire encore sous surveillance
Si la cérémonie officielle prévue ce mardi en présence du vice-Premier ministre Jacquemain Shabani scelle ces retrouvailles diplomatiques, la vigilance reste de mise. Bien que le M23 se soit retiré d’Uvira en janvier 2026, la menace n’a pas totalement disparu de la plaine de la Ruzizi, où d’autres points de passage demeurent clos.
La réouverture de Kavimvira est donc un test de confiance grandeur nature entre les deux États. Elle vise à prouver que la coopération régionale peut l’emporter sur la stratégie de l’asphyxie tentée par les groupes armés. Pour Kinshasa et Bujumbura, l’enjeu est désormais de sécuriser durablement ce corridor pour éviter que les verrous ne se referment au moindre soubresaut sécuritaire.





