RDC : Félix Tshisekedi ordonne un audit de la masse salariale après l’alerte du FMI


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Le Président de la RDC, Félix Tshisekedi
Le Président congolais, Félix Tshisekedi

Sous la pression des partenaires financiers internationaux et face à des marges budgétaires de plus en plus étroites, le gouvernement de la République Démocratique du Congo engage une opération de vérification inédite de sa fonction publique. À l’initiative du Président Félix Tshisekedi, un audit du fichier de paie doit faire la lumière sur les effectifs réellement rémunérés par l’État.

En République Démocratique du Congo, la question de la masse salariale de l’État est devenue un enjeu budgétaire. Après les mises en garde du Fonds monétaire international (FMI) sur la dérive des dépenses publiques, le Président Félix Tshisekedi a ordonné un audit approfondi du fichier de paie des agents et fonctionnaires. Objectif : restaurer la discipline budgétaire et éviter une crise de trésorerie susceptible d’affecter la stabilité sociale.

Masse salariale en RDC : pourquoi le FMI tire la sonnette d’alarme

Depuis plusieurs années, la RDC bénéficie de programmes d’appui du FMI, notamment à travers la Facilité élargie de crédit (FEC) et la Facilité pour la résilience et la durabilité. Ces mécanismes visent à soutenir les réformes économiques, renforcer la gouvernance financière et stabiliser le cadre macroéconomique.

Dans ses dernières évaluations, l’institution de Bretton Woods a alerté sur la progression rapide de la masse salariale. Celle-ci représenterait plus de la moitié des dépenses publiques courantes. Une situation préoccupante dans un pays où les besoins en infrastructures, en santé et en éducation restent considérables. Selon les autorités, l’augmentation du nombre de fonctionnaires, les recrutements non budgétisés et les ajustements salariaux décidés sans mécanismes de contrôle stricts ont contribué à alourdir la charge salariale.

Audit du fichier de paie : traquer les « agents fictifs » et les doublons

Cette dynamique met sous pression les finances publiques, dans un contexte marqué par des défis sécuritaires persistants dans l’est du pays et une forte dépendance aux recettes minières. Lors du dernier Conseil des ministres, le chef de l’État a exigé un audit de l’état liquidatif de la paie. Il s’agit d’examiner en détail la correspondance entre les effectifs officiellement inscrits au budget et ceux effectivement rémunérés.

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L’enjeu est double : identifier d’éventuels agents fictifs, un phénomène régulièrement dénoncé par la société civile, et détecter les irrégularités telles que les doublons ou les recrutements effectués en dehors des procédures réglementaires. La coordination de l’opération a été confiée à la Première ministre, avec l’appui de l’Inspection générale des finances (IGF), institution qui s’est illustrée ces dernières années par plusieurs enquêtes sur la gestion des fonds publics.

Les précédents en RDC : une problématique ancienne

Kinshasa insiste sur le fait que cette démarche ne vise pas à pénaliser les fonctionnaires régulièrement engagés. Mais à garantir que chaque salaire corresponde à un emploi réel et à un service effectivement rendu. La question des « agents fictifs » n’est pas nouvelle en RDC. Dès les années 2000, plusieurs audits administratifs avaient révélé l’existence de milliers de noms inscrits sur les listes de paie sans présence effective sur le terrain.

En 2020, l’Inspection générale des finances avait déjà signalé des irrégularités dans certaines administrations publiques. Elle avait appelé à la numérisation du système de gestion des ressources humaines pour limiter les fraudes. La modernisation de la paie publique passe notamment par la bancarisation des salaires et l’identification biométrique des agents. Des réformes progressivement mises en œuvre mais encore incomplètes.

Afrique : des réformes similaires au Nigeria et en Guinée

Plusieurs pays africains ont engagé, ces dernières années, des audits massifs de leurs fichiers de paie. Au Nigeria, le gouvernement fédéral a lancé, dès 2016, un vaste programme de vérification biométrique des fonctionnaires via le système IPPIS (Integrated Payroll and Personnel Information System). Cette réforme a permis, selon les autorités nigérianes, de supprimer des dizaines de milliers de « travailleurs fantômes » et d’économiser plusieurs milliards de nairas.

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En Guinée, un recensement biométrique des agents de l’État a également été mené pour assainir le fichier de la fonction publique. Ce, avec l’appui de partenaires techniques et financiers internationaux. Même au Kenya, des audits réguliers sont effectués afin de maîtriser la progression de la masse salariale, souvent critiquée pour son poids excessif dans le budget national. Ces expériences montrent que la rationalisation des dépenses de personnel constitue un défi structurel pour de nombreux États africains confrontés à des marges budgétaires limitées.

Vers une réforme structurelle des finances publiques ?

En RDC, l’audit intervient dans un contexte économique contrasté. Le pays dirigé par Félix Tshisekedi affiche une croissance soutenue tirée par le secteur minier. Notamment le cuivre et le cobalt. Mais le pays reste vulnérable aux fluctuations des prix internationaux. Une masse salariale incontrôlée pourrait réduire la capacité d’investissement public et fragiliser les équilibres macroéconomiques. À l’inverse, des retards de paiement ou des coupes mal calibrées pourraient provoquer des tensions sociales. Ce, dans un pays où la fonction publique constitue une importante source d’emploi.

Pour la société civile congolaise, l’audit devra s’accompagner de sanctions en cas d’irrégularités avérées, y compris lorsque celles-ci impliquent des responsables politiques ou administratifs. Au-delà de l’opération ponctuelle annoncée, la question centrale demeure celle de la réforme structurelle de la gestion des finances publiques. La digitalisation complète du système de paie, la transparence budgétaire et le contrôle parlementaire renforcé sont régulièrement cités comme des leviers prioritaires.

Etienne Dione
Très attaché à l’Afrique Centrale que je suis avec une grande attention. L’Afrique Australe ne me laisse pas indifférent et j’y fais d’ailleurs quelques incursions
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