
Selon l’Unité de recherche de la plateforme Attaqa, l’Algérie figure désormais parmi les grandes puissances arabes de l’acier, avec une capacité opérationnelle estimée à 8,7 millions de tonnes par an. Au-delà du classement, c’est une nouvelle ambition industrielle qui se dessine, celle de transformer le gaz, le minerai de fer et, demain, le potentiel solaire du pays en une filière sidérurgique capable de peser sur les marchés européens. A l’heure où le carbone devient un critère commercial décisif c’est un tournant nécessaire.
3e puissance arabe de l’acier : l’Algérie change d’échelle
L’économie algérienne reste largement associée aux hydrocarbures mais le président Tebboune a lancé ou mouvement de diversification notable. Ainsi, l’annonce mise en avant par l’Unité de recherche de la plateforme Attaqa invite à regarder un autre mouvement avec la montée en puissance d’une industrie lourde de transformation, capable de donner davantage de valeur aux ressources nationales.
D’après Attaqa, qui s’appuie sur les données de Global Energy Monitor, l’Algérie occupe en 2026 la troisième place arabe en capacités opérationnelles de production d’acier, avec 8,7 millions de tonnes par an. Elle se situe derrière l’Égypte et l’Arabie saoudite. Cette progression repose notamment sur des complexes industriels modernes, comme Tosyali à Oran ou Algerian Qatari Steel à Bellara.
Un élément distingue toutefois le modèle algérien. La progression algérienne repose sur des fours à arc électrique, et non sur les hauts fourneaux classiques alimentés au charbon. Dans un monde où la sidérurgie est de plus en plus observée à travers son empreinte carbone, l’Algérie veut présenter un profil différent de celui des producteurs les plus dépendants du charbon.
Gara Djebilet, la pièce minière du puzzle
La transformation de la sidérurgie algérienne commence aussi dans le sous-sol. Avec le développement de la mine de Gara Djebilet, à Tindouf, Alger veut réduire sa dépendance aux importations de minerai et bâtir une chaîne plus intégrée, du gisement jusqu’au produit fini.
L’APS a rapporté que la première unité de traitement primaire du minerai de fer de Gara Djebilet, d’une capacité de 4 millions de tonnes par an, devait entrer en service fin avril 2026. Le projet reste toutefois confronté à un défi technique important lié à la déphosphoration du minerai, indispensable pour répondre aux standards internationaux de qualité.
En parallèle, Tosyali Algérie a engagé, avec Sonarem, la construction d’une usine de traitement primaire du minerai. Le site, lui aussi dimensionné pour 4 millions de tonnes par an, devrait être finalisé en décembre 2028.
Si ces infrastructures tiennent leurs promesses, l’Algérie pourrait changer de statut. Elle pourrait connecter ses gisements de l’Ouest algérien à ses complexes industriels et à ses débouchés d’exportation, notamment vers l’Europe et le bassin méditerranéen.
Le fer réduit direct, passerelle vers un acier moins carboné
L’autre levier stratégique concerne le fer réduit direct, ou DRI. Dans un rapport publié le 18 mai 2026, Attaqa indique que l’Algérie occupe le deuxième rang de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord pour les projets de fer réduit en développement, avec environ 5 millions de tonnes par an, derrière la Libye et devant l’Égypte.
Le procédé permet de produire du fer spongieux à partir d’un gaz réducteur, avant son passage dans des fours électriques. Il intéresse particulièrement l’industrie mondiale, car il peut servir de transition vers une sidérurgie moins émettrice, notamment si l’hydrogène vert remplace progressivement le gaz naturel dans certaines étapes de production.
L’Algérie dispose ici d’un avantage de départ. Son gaz peut accompagner une première phase industrielle, tandis que son potentiel solaire pourrait, à terme, soutenir des projets d’hydrogène vert. Mais l’équation reste exigeante. Pour convaincre les marchés européens, l’acier algérien devra prouver son contenu carbone réel, et non seulement afficher une ambition de décarbonation.
Face au MACF européen, une contrainte et une opportunité
Ce repositionnement intervient au moment où l’Union européenne durcit les règles du commerce industriel. Le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, entré dans son régime définitif en 2026, vise notamment le fer, l’acier, le ciment, l’aluminium et les engrais. Son principe est d’imposer aux produits importés un coût carbone comparable à celui supporté par les industriels européens.
Pour Alger, le MACF est à la fois une contrainte et une opportunité. Une contrainte, car les exportateurs devront documenter précisément les émissions liées à leur production. Une opportunité, car les producteurs capables de s’appuyer sur des fours électriques, du fer réduit et une énergie progressivement moins carbonée pourraient gagner en compétitivité face aux sidérurgies encore très dépendantes du charbon.
L’Algérie a longtemps été regardée par Bruxelles comme un fournisseur de gaz. Elle pourrait désormais chercher à s’imposer aussi comme un fournisseur d’intrants industriels compatibles avec les nouvelles exigences carbone européennes : acier, fer réduit, produits semi-finis. Non plus seulement l’énergie qui alimente les usines européennes, mais une partie de la production industrielle elle-même.
Une souveraineté industrielle encore à construire
La montée en puissance de la sidérurgie ne signifie pas la fin du modèle énergétique algérien. Elle en propose plutôt une transformation. Le gaz, le minerai de fer, le rail, les ports et les futurs projets solaires peuvent devenir les composantes d’une même stratégie : produire davantage localement, réduire les importations, puis exporter des biens industriels à plus forte valeur ajoutée.
Les obstacles restent nombreux. Il faudra maîtriser les coûts logistiques, sécuriser l’approvisionnement électrique, résoudre les contraintes techniques liées au minerai de Gara Djebilet et garantir une traçabilité carbone crédible. Mais la trajectoire est désormais plus lisible : avec le fer et l’acier, l’Algérie cherche à remplacer progressivement la simple rente extractive par une souveraineté industrielle plus intégrée.




