
Du 1er au 3 juin 2026, Marseille accueille la 77e édition du World News Media Congress de la WAN-IFRA. Si les organisateurs martèlent l’ancrage méditerranéen et l’ouverture vers le Sud de la cité phocéenne pour justifier ce choix géographique, le programme officiel révèle une réalité tout autre : les médias africains sont totalement absents des débats stratégiques.
Marseille, la ville monde comme elle est souvent appelée, s’apprête à devenir la capitale éphémère de l’industrie mondiale de la presse. Pour ce grand retour du congrès en France, la WAN-IFRA (Association mondiale des éditeurs de presse) et son partenaire CMA Media s’attendent à recevoir un millier de délégués au Palais du Pharo.
Pour séduire l’écosystème, le récit promotionnel de l’événement s’est construit sur la promesse de faire de Marseille le principal carrefour entre l’Europe, l’Afrique et l’Orient. Un nouveau pôle loin des centres de pouvoir traditionnels de l’industrie médiatique. Pourtant, à quelques jours de l’ouverture, l’examen de l’agenda officiel montre que cette ouverture sur le continent africain reste un simple argument marketing.
WAN-IFRA 2026 : Plus de trente intervenants et aucun média africain
La liste des têtes d’affiche publiée en amont de l’événement confirme l’hégémonie des médias d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord. Les grands enjeux de l’industrie seront décryptés par les dirigeants des groupes les plus puissants de l’axe Nord-Atlantique :
- AG Sulzberger (The New York Times)
- Katharine Viner (The Guardian)
- Almar Latour (Dow Jones / Wall Street Journal)
- Goli Sheikholeslami (Politico)
- Louis Dreyfus (Le Monde)
Face à ce casting, aucun éditeur, directeur de rédaction ou expert issu d’un média africain n’a été invité à s’exprimer lors des sessions plénières. Les trois grands axes du congrès, l’intégration de l’intelligence artificielle (AI in Media), l’avenir du journalisme (Future of Journalism) et les modèles économiques (Revenue & Growth), feront l’impasse sur les réalités du Sud.
Les problématiques liées à la souveraineté éditoriale face aux GAFAM, à la monétisation ou à la transformation numérique seront analysées sous le seul prisme occidental. Pourtant, elles secouent avec la même violence les rédactions de Dakar, Lagos, Nairobi ou Johannesburg.
L’Afrique reléguée à la remise des prix du journalisme digital
La seule présence africaine visible au Palais du Pharo se limitera à la Digital Media Awards Night le 2 juin. Les lauréats des African Digital Media Awards viendront y défendre leurs chances pour le titre mondial.
Parmi les finalistes figurent principalement des acteurs sud-africains, à l’image du groupe Media24 (Netwerk24, News24, Daily Sun), ainsi que les initiatives de Nigeria Health Watch et BBC Media Action en Libye. Cette reconnaissance technique et graphique s’opère toutefois en coulisses. Elle ne donne pas un droit d’accès aux tables rondes éditoriales et économiques du congrès principal.
Écosystème des médias africains : le choix de la ségrégation géographique ?
Ce manque de représentativité est d’autant plus paradoxal que la WAN-IFRA gère une division spécifique sur le continent. Chaque année, la conférence Digital Media Africa réunie à Nairobi (Kenya) aborde précisément la transition numérique, la sécurité des journalistes et les modèles d’abonnement propres aux marchés africains.
En externalisant ces thématiques dans un événement régional distinct, le World News Media Congress de Marseille reproduit la fracture économique d’une industrie qui peine à intégrer les pays en développement dans ses cercles décisionnels.
À moins d’un ajustement de dernière minute dans la programmation, l’argument de la « Marseille cosmopolite et africaine » ne servira que de décor à un débat feutré entre décideurs du Nord. Pourtant, par sa population, Marseille est la deuxième ville des Comores et la 59e wilayas d’Algérie. Il eut été pertinent pour CMA CGM, parrain de l’évènement, d’y penser lors de l’organisation.



