Exportations africaines : menaces et opportunités des nouveaux tarifs US (Rapport février 2026)


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Global trade février 2026
Global trade février 2026

La dernière livraison du « Global Trade Update » de la CNUCED (février 2026) révèle un séisme tarifaire. Si la nouvelle politique commerciale des États-Unis pénalise lourdement l’Afrique, elle dessine également une nouvelle carte d’opportunités stratégiques pour certains exportateurs du continent.

Un basculement historique de la politique commerciale américaineDepuis 2024, les États-Unis ont radicalement transformé leur accès au marché. Selon le rapport de la CNUCED, les droits de douane moyens ont bondi de 15 points de pourcentage.

Le changement le plus spectaculaire concerne le traitement de la Nation la plus favorisée (NPF) : Avant 2024, près de 66 % des importations entraient en franchise ou sous régime NPF. En 2026 : Ce chiffre s’est effondré à seulement 20 %. Ce nouveau régime ultra-différencié crée une fragmentation du système commercial mondial où chaque origine géographique est traitée différemment.

Les PMA africains entre résilience de l’AGOA et perte de compétitivité

Les Pays les Moins Avancés (PMA), dont font partie de nombreuses économies d’Afrique subsaharienne, sont les plus exposés. Ils subissent une hausse tarifaire moyenne de 18 points, soit plus que les économies avancées (+10 points). Le renouvellement de l’AGOA  (African Growth and Opportunity Act) pour une année limite la casse, mais ne peut empêcher la dégradation des « marges préférentielles relatives ». Dans plusieurs secteurs clés, la compétitivité africaine recule. Instruments de précision : -18 points, Machines et équipements : -8 points, Plastiques : -7 points. Aujourd’hui, les PMA africains accusent un désavantage global d’environ 2 points sur le marché américain.

Le piège de la valeur ajoutée : Le cas du cacao

L’analyse de la filière cacao-chocolat illustre parfaitement le risque de désindustrialisation pour l’Afrique de l’Ouest. Le cacao brut continue d’entrer aux USA sans droits de douane (maintien de la spécialisation primaire). par contre, pour le chocolat transformé, les tarifs ont explosé. Ainsi, la Côte d’Ivoire et le Ghana voient leur compétitivité chuter de 7 à 9 points face à des concurrents comme le Canada ou la Belgique, mieux protégés par des accords bilatéraux.

Opportunités des pays qui tirent profit de la fragmentation

Contre-intuitivement, certains pays africains captent des parts de marché. Pourquoi ? Parce que leurs concurrents directs (Chine, Brésil, Afrique du Sud) ont été frappés par des hausses tarifaires encore plus lourdes.

Pour le Maroc et la Tunisie, le défi est différent. Classés parmi les « pays en développement », ils font face à une hausse tarifaire moyenne de 16 points. Si l’Union européenne reste leur premier partenaire, le Maroc peut s’appuyer sur son Accord de Libre-Échange (ALE) préexistant avec les États-Unis pour amortir ce choc, contrairement à ses voisins qui pourraient voir leurs chaînes de valeur intégrées vers les USA perturbées. L’Algérie, seul pays à prospérité intermédiaire d’Afrique est un cas à part car son économie est plus solide.

Vers une veille tarifaire stratégique

Le rapport de la CNUCED est un avertissement : les exportateurs africains ne peuvent plus se contenter de produire. Ils doivent devenir des experts en géopolitique tarifaire. Les axes de réponse prioritaires sont la diversification des marchés pour réduire la dépendance au marché américain, mais aussi l’accélération de la ZLECAf pour créer un marché intérieur robuste. Enfin une veille active sur les niches de compétitivité créées par l’éviction des géants émergents.

Kofi Ndale
Kofi Ndale, un nom qui évoque la richesse des traditions africaines. Spécialiste de l'histoire et l'économie de l'Afrique sub-saharienne
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