L’Afrique sur un trésor de 8,6 billions de dollars : Le plan de l’AFC pour une révolution minérale souveraine


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Africa Finance Corporation Strategic mineral
Africa Finance Corporation Strategic mineral

Publié ce jour, le « Compendium of Africa’s Strategic Minerals 2026 » de l’Africa Finance Corporation (AFC) bouscule les paradigmes. L’étude révèle que le continent héberge 8,6 billions (8 600 milliards) de dollars de richesses minérales non encore exploitées, soit plus de 2,5 fois le PIB annuel du continent. Mais le message est clair : l’Afrique doit cesser d’être le simple réservoir de matières premières du monde pour devenir son propre moteur industriel.

Un changement de regard : Redéfinir ce qui est « stratégique »

Alors que les puissances occidentales et asiatiques se focalisent sur les métaux de la transition énergétique (lithium, cobalt, terres rares), l’AFC propose une vision centrée sur les besoins du continent. Pour l’Afrique, les minéraux stratégiques ne sont pas seulement ceux qui alimentent les batteries de voitures électriques à l’autre bout du monde, mais ceux qui bâtissent ses propres infrastructures.

L’étude place ainsi le fer, l’acier et les engrais (phosphates et potasse) au sommet des priorités. Ces ressources sont les piliers de la sécurité alimentaire, de l’urbanisation et de la modernisation des transports africains.

Le paradoxe de la valeur : « L’Afrique paie deux fois »

Le rapport souligne une anomalie économique majeure : l’Afrique exporte ses minerais bruts et importe des produits finis, absorbant les coûts de transport et de logistique dans les deux sens.

L’exemple de l’acier est frappant : la valeur du minerai de fer africain, estimée à 2,8 billions de dollars au site de la mine, bondit à 25,4 billions de dollars une fois transformé en acier. De même, la bauxite (874 milliards de dollars) atteint plus de 15 billions de dollars sous forme d’aluminium. En ne transformant pas ses ressources sur place, le continent laisse échapper une manne colossale. Et il pait le prix fort lorsqu’il a besoin des produits transformés.

L’infrastructure, clé de voûte de la transformation

Selon l’AFC, le frein n’est pas la géologie, mais la « conversion ». L’étude identifie plusieurs piliers pour débloquer ce potentiel :

  • Données géologiques : L’Afrique est sous-explorée. Bien qu’elle attire seulement 10% du budget mondial d’exploration, elle génère 20% des découvertes majeures (« Tier-1 »). L’AFC appelle à traiter les données géosantifiques comme une infrastructure publique stratégique.
  • Énergie et Transport : Le coût de l’électricité et la logistique défaillante restent des plafonds de verre pour la transformation locale. L’étude préconise des corridors ferroviaires partagés (comme le corridor de Lobito) et des interconnexions électriques transfrontalières.
  • Clusters régionaux : Aucun marché national africain n’est assez grand pour soutenir seul des usines de transformation à l’échelle mondiale. La solution réside dans l’agrégation régionale de la demande.

Vers une agence africaine affirmée

Le Compendium 2026 n’est pas seulement un recueil de données ; c’est un appel à la « souveraineté minérale ». Samaila Zubairu, PDG de l’AFC, insiste dans son avant-propos sur la nécessité pour l’Afrique de définir ses propres termes de développement.

En reliant explicitement la richesse minérale aux besoins intérieurs, c’est à dire rails, ports, réseaux électriques et logements, l’Afrique peut enfin capturer la pleine valeur de son sous-sol et devenir un acteur souverain de la nouvelle géopolitique mondiale.

En bref : Les chiffres à retenir

  • 29,5 billions $ : Valeur totale estimée des ressources minérales en Afrique (20% du total mondial).
  • 8,6 billions $ : Valeur des actifs minéraux encore non développés sur le continent.
  • 20% : Part de l’Afrique dans les découvertes mondiales de rang 1 sur la dernière décennie.
  • 10x : Le multiplicateur de valeur moyen entre le minerai brut et le produit transformé (acier, aluminium).

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Hélène Bailly
Spécialiste de l'actualité d'Afrique Centrale, mais pas uniquement ! Et ne dédaigne pas travailler sur la culture et l'histoire de temps en temps.
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