
En convoquant des élections anticipées pour le 29 novembre, Pedro Sánchez remet en jeu le rapprochement engagé avec Rabat en 2022. Le Parti populaire refuse de s’engager à reconduire le soutien espagnol au plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental, et la crise de Ceuta s’invite dans la campagne. Si les intérêts économiques partagés rendent une rupture brutale peu probable, les relations pourraient se compliquer.
Annoncée lundi 5 octobre à l’issue d’un Conseil des ministres extraordinaire, la dissolution du Congrès des députés et du Sénat a été publiée ce mardi au Bulletin officiel de l’État. Les Espagnols voteront le 29 novembre. Pour Rabat, la question est de savoir si le rapprochement noué avec Sánchez, dont le volet saharien reste contesté par une partie de la classe politique espagnole, survivra à un éventuel départ de celui-ci.
Le Sahara occidental, premier acquis exposé
En mars 2022, dans une lettre adressée à Mohammed VI, Sánchez avait présenté le plan marocain d’autonomie comme « la base la plus sérieuse, réaliste et crédible » pour résoudre le différend. Le texte renvoyait néanmoins au cadre des Nations unies et à une solution mutuellement acceptable. Il ne tranchait donc ni le statut du territoire ni la question de l’autodétermination des Sahraouis. Venant de l’ancienne puissance coloniale, cet appui avait cependant pour Rabat une portée symbolique importante.
Dans un entretien à El Mundo publié le 13 septembre, le chef du Parti populaire (PP) Alberto Núñez Feijóo affirme de pas être lié par ce choix. Il assure n’avoir jamais été informé du virage de Sánchez et promet de porter le dossier devant les Cortes, le parlement bicaméral du royaume d’Espagne. Il dit avoir prévenu le Premier ministre marocain, Aziz Akhannouch : « Je ne peux pas vous confirmer que je m’engage à consolider ce que vous avez conclu avec Sánchez. » Faute d’engagement clair du PP, le soutien espagnol au plan marocain, que Rabat doit pour l’essentiel à Sánchez, deviendrait incertain en cas d’alternance.
Ceuta, terrain de campagne
Depuis l’entrée massive de la nuit du 30 au 31 juillet à Ceuta, la frontière nourrit l’affrontement entre l’opposition et le gouvernement. Le 8 septembre, sur Antena 3, Feijóo a déclaré qu’il « blinderait » la frontière avec les forces armées s’il disposait d’informations sur une opération organisée, et il a conditionné la relation avec Rabat à une attitude « loyale » du Maroc. Une position qui se tend de plus en plus au fur et à mesure de la sortie d’éléments montrant comment Rabat avait, si ce n’est organisé, tout au moins facilité le passage, comme le révèle le rapport de la police espagnol.
Début septembre, Vox a déposé dans des parlements régionaux des propositions exigeant que le Maroc reconnaisse formellement la souveraineté espagnole sur Ceuta et Melilla, sous peine de rupture des relations diplomatiques et commerciales. Le 10 septembre, le ministère marocain des Affaires étrangères a dénoncé une « escalade irrationnelle et populiste » alimentée par des partis espagnols, en affirmant qu’aucun élément n’établissait l’implication de ses autorités dans les événements de juillet. Mais Ceuta a marqué la population en Espagne et il est donc fort probable que le sujet sera au centre de la campagne, avec comme souvent dans ces cas là un raidissement des positions afin de séduire l’électorat conservateur.
Si le PP devait gouverner avec l’appui de Vox, tout compromis avec Rabat aurait donc un coût politique élevé. Madrid pourrait se montrer plus exigeant sur les retours de migrants et les contreparties de la coopération, et le Sahara sera de nouveau dans la balance, car beaucoup considère que la gestion des migrants étaient la contrepartie du changement de position initié par Sanchez.
Des intérêts communs qui freinent une rupture
Rabat garde des appuis solides et lors de la XIIIe Réunion de haut niveau, tenue à Madrid le 4 décembre 2025, le gouvernement espagnol rappelait que l’Espagne est le premier partenaire commercial du Maroc depuis 2012. Quatorze accords y avaient été signés, et les deux pays comptent sur le Mondial 2030, coorganisé avec le Portugal, pour développer les échanges entre leurs entreprises. Un Mondial pour lequel la compétition reste féroce pour acceuillir la finale. C’est un autre sujet qui pourra être pris en compte dans le cadre d’une négociation.
Une victoire du PP ouvrirait ainsi une renégociation des termes du partenariat, à commencer par le volet saharien que Rabat tenait pour acquis depuis 2022. Feijóo promet, s’il est élu, d’effectuer au maroc son premier déplacement à l’étranger, signe d’une proximité entre voisin liés par le commerce, mais aussi du nombre de dossiers tendus à à traiter.






