Crise silencieuse : la pénurie d’aliments thérapeutiques menace la vie de millions d’enfants en Afrique


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Famine
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Quatre pays africains, le Nigeria, le Kenya, la Somalie et le Soudan du Sud, devraient manquer d’aliments thérapeutiques prêts à l’emploi (ATPE), un outil vital dans la lutte contre la malnutrition aiguë sévère chez les enfants. Cette pénurie est directement liée à la baisse du financement mondial de la nutrition. Si cette tendance se poursuit, des millions d’enfants risquent de mourir faute de traitement. Cette crise s’inscrit dans une série de précédents où l’insuffisance des ressources a coûté la vie à des milliers d’enfants.

Les aliments thérapeutiques prêts à l’emploi vont manquer dans quatre pays africains que sont le Nigeria, le Kenya, la Somalie et le Soudan du Sud. Il s’agit de pâtes concentrées en micronutriments, généralement composées d’arachides, de sucre, de lait en poudre, d’huile, de vitamines et de minéraux. Conditionnés en sachets hermétiques, ils sont faciles à distribuer, ne nécessitent pas de réfrigération et peuvent être consommés directement.

Depuis trois décennies, ces produits ont sauvé des millions d’enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère, une forme particulièrement dangereuse de malnutrition qui multiplie par neuf le risque de mortalité face à des maladies courantes comme la pneumonie ou la diarrhée.

Nigeria, Kenya : l’urgence nutritionnelle à grande échelle

Avec environ 3,5 millions d’enfants de moins de cinq ans souffrant de malnutrition aiguë sévère, le Nigeria est l’un des pays les plus touchés. Les régions du nord-est et du nord-ouest sont particulièrement vulnérables, en raison des conflits armés, de l’insécurité alimentaire chronique et de l’instabilité climatique. Pour couvrir les besoins de la période de soudure (juin-novembre), le pays aurait besoin d’au moins 629 000 cartons d’ATPE.

Actuellement, Save the Children estime qu’il en faudrait 3 000 par mois pour maintenir ses programmes, mais les coupes budgétaires prévues pour 2025 mettent ces objectifs hors de portée. Dans le nord du Kenya, notamment dans le comté de Turkana, les enfants sont exposés à des conditions extrêmes, alternant sécheresses prolongées et inondations dévastatrices. La saison des pluies de mars à mai n’a fait qu’aggraver la situation, avec 2,8 millions de personnes estimées en situation d’insécurité alimentaire aiguë.

Environ 714 000 enfants exposés à la malnutrition sévère

L’ONG estime que 105 000 cartons d’ATPE seront nécessaires pour répondre aux besoins nutritionnels des enfants jusqu’à fin 2025. Là encore, les financements actuels sont insuffisants. Le Soudan du Sud enregistre une hausse alarmante de 10,5% du nombre d’enfants souffrant de malnutrition aiguë en 2025, passant de 2,1 millions à 2,3 millions. Environ 714 000 enfants sont exposés à la forme la plus sévère.

Malheureusement, seuls un tiers des enfants concernés ont reçu un traitement entre janvier et juillet, principalement en raison de la fermeture de 15% des centres de nutrition, conséquence directe des réductions budgétaires. Bien que les chiffres spécifiques sur la Somalie soient moins détaillés dans l’alerte de Save the Children, le pays reste en proie à une insécurité alimentaire chronique due à une combinaison de sécheresses récurrentes, de conflits et de déplacements massifs.

Somalie : une crise aggravée par l’instabilité

L’insuffisance d’ATPE risque d’y avoir des conséquences similaires, voire pires. Selon Save the Children, l’effondrement du financement nutritionnel mondial menace de priver 15,6 millions de personnes de traitement en 2025, dont 2,3 millions d’enfants souffrant de malnutrition sévère. La tendance est inquiétante : si aucune mesure urgente n’est prise, la situation pourrait empirer en 2026.

Cette crise n’est pas sans précédent. En 2011, lors de la famine en Somalie, plus de 250 000 personnes sont mortes, dont plus de la moitié étaient des enfants de moins de cinq ans. Une étude de l’ONU avait montré que des interventions plus rapides, et un accès renforcé à l’alimentation thérapeutique, auraient pu sauver des dizaines de milliers de vies. En 2017, le Yémen a également connu une grave pénurie d’ATPE, aggravée par le conflit en cours et le blocus humanitaire.

Réinvestir massivement dans les programmes de nutrition

Là aussi, les conséquences ont été dramatiques : la malnutrition aiguë sévère a atteint des niveaux critiques dans plusieurs régions, mettant des centaines de milliers d’enfants en danger. Les aliments thérapeutiques ne sont ni sophistiqués ni coûteux à produire, mais leur impact est colossal. Selon l’UNICEF, le coût moyen pour traiter un enfant atteint de malnutrition aiguë sévère avec des ATPE est d’environ 50 dollars US. Une somme modeste, mais qui peut décider de la vie ou de la mort pour un enfant.

Save the Children, aux côtés d’autres ONG, appelle les bailleurs de fonds internationaux, les gouvernements et les institutions multilatérales à réinvestir massivement dans les programmes de nutrition. Sans cela, la génération actuelle d’enfants dans les pays les plus vulnérables risque d’être décimée par une crise évitable, alerte l’ONG.

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