
La justice ivoirienne ne plaisante pas avec le respect dû aux institutions. Ce vendredi 9 janvier 2026, le Tribunal correctionnel d’Abidjan a été le cadre d’une audience très suivie concernant Mahamadou Hawa Gassama, membre du Conseil national de transition (CNT) du Mali. Incarcéré depuis juillet dernier à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA), l’officiel malien fait face à des poursuites pour « offense au chef de l’État » et « diffusion d’expressions outrageantes par internet ».
Le réquisitoire du parquet, d’une grande sévérité, témoigne de la volonté des autorités ivoiriennes de marquer les esprits face aux dérives sur les réseaux sociaux.
Des propos polémiques tenus sur internet au cœur des débats
L’affaire trouve son origine dans des déclarations vidéos diffusées en 2022, où l’accusé affirmait notamment que le président ivoirien, Alassane Ouattara, était « l’ennemi du Mali ». Interpellé lors d’un séjour privé en Côte d’Ivoire, Mahamadou Hawa Gassama s’est présenté à la barre vêtu d’un boubou bleu foncé. Sans détour, il a reconnu être l’auteur des propos incriminés. « J’ai reconnu les vidéos, j’assume », a-t-il déclaré devant le juge. Il a ensuite formulé une demande de pardon solennelle à l’endroit du chef de l’État ivoirien et de l’ensemble de la population de Côte d’Ivoire.
Un parquet inflexible face au statut de l’accusé
Malgré ce repentir, le procureur de la République s’est montré intraitable. Il a estimé que les excuses présentées étaient à la fois « tardives » et « inacceptables » au regard du rang politique de l’accusé. Le ministère public a requis une peine de cinq ans de prison ferme assortie d’une amende de 500 000 francs CFA. Pour le parquet, cette sanction exemplaire se justifie par la nécessité de responsabiliser les acteurs publics sur l’usage des médias numériques. Une campagne de sensibilisation avait d’ailleurs été menée afin de prévenir ce type d’outrages. Le procureur a insisté sur la gravité de l’offense. ll a également souligné la nature mensongère de certaines déclarations.
Une défense qui appelle à la clémence diplomatique
De son côté, la défense, menée par Me Mamadou Ismaïla Konaté, a plaidé pour la modération. L’avocat a souligné que son client avait eu le courage de reconnaître ses torts dès l’ouverture du procès et contesté le caractère tardif du repentir. Me Konaté n’a pas manqué de souligner la dimension politique et régionale de ce procès. Il a averti que le verdict final, attendu pour le délibéré du 30 janvier prochain, sera scruté de très près à Bamako. La défense espère que le tribunal saura transformer ce moment de tension en une opportunité d’apaisement par une peine plus clémente, alors que les relations entre les deux pays voisins demeurent un sujet de haute importance.




