Sahel : Bamako et Ouagadougou répondent coup pour coup à Washington


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Le Mali et le Burkina Faso ont annoncé des mesures de réciprocité après l’imposition par les États-Unis de restrictions migratoires visant leurs ressortissants. À Bamako comme à Ouagadougou, les autorités dénoncent une décision unilatérale et affirment répondre à Washington sur un pied d’égalité. 

Le bras de fer diplomatique entre l’Alliance des États du Sahel (AES) et les puissances occidentales vient de franchir un nouveau palier. En ce début d’année 2026, le Mali et le Burkina Faso ont choisi de ne plus laisser passer les décisions unilatérales venues d’outre-Atlantique. Suite à l’imposition par les États-Unis de restrictions migratoires ciblant leurs ressortissants, les deux capitales sahéliennes ont répliqué par des mesures de réciprocité immédiates.

La fin de l’asymétrie diplomatique

L’annonce est tombée sans délai : les citoyens américains désireux de se rendre au Mali ou au Burkina Faso feront désormais face à des « restrictions équivalentes » à celles imposées aux Maliens et aux Burkinabè. À Bamako, les autorités ont été on ne peut plus claires en affirmant appliquer exactement les mêmes conditions de visa que celles décidées par Washington. Cette riposte « œil pour œil » marque une rupture avec l’époque où les pays africains subissaient les durcissements migratoires sans réagir.

Pour les gouvernements de transition de l’AES, l’objectif est de signifier aux États-Unis que le respect doit être réciproque. Ils dénoncent une décision américaine prise sans concertation préalable, qu’ils perçoivent comme une forme de pression diplomatique injustifiée. En opposant cette fin de non-recevoir, Ouagadougou et Bamako affichent une volonté de traiter d’égal à égal avec les superpuissances, quitte à engager un rapport de force durable.

Un soutien populaire porté par le patriotisme

Dans les rues de Bamako comme dans celles de Ouagadougou, cette fermeté semble rencontrer un écho favorable au sein de la population. Les citoyens interrogés voient dans cette mesure de réciprocité un motif de fierté nationale. Pour beaucoup, l’idée qu’aucun pays ne puisse manquer de respect aux nations sahéliennes, quelle que soit sa puissance économique ou militaire, est devenue un moteur du soutien populaire aux autorités actuelles.

Ce sentiment patriotique est particulièrement exacerbé chez les partisans de l’Alliance des États du Sahel. De nombreux observateurs locaux estiment que cet épisode illustre une nouvelle manière de concevoir les relations internationales, où la dignité et la souveraineté priment sur les intérêts économiques immédiats ou les facilités de déplacement. « Nous avons pris un chemin sans retour », résument certains sympathisants, témoignant d’une détermination à ne plus plier devant les injonctions extérieures.

La stratégie globale de l’Alliance des États du Sahel

Cette riposte coordonnée n’est pas un cas isolé, mais s’inscrit dans la ligne politique globale de l’AES. Depuis leur rupture avec la CEDEAO et leur éloignement de la France et de ses alliés, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont adopté une diplomatie de combat. Cette posture repose sur le refus systématique de ce qu’ils considèrent comme des décisions arbitraires prises par des partenaires occidentaux.

Le Niger, troisième pilier de cette alliance, pourrait d’ailleurs emboîter le pas à ses voisins. Si Niamey n’a pas encore officialisé de contre-mesures, des sources diplomatiques indiquent qu’une réponse similaire est à l’étude. Cette solidarité sahélienne renforce l’idée d’un bloc homogène face aux politiques migratoires de plus en plus restrictives du Nord. En assumant cette confrontation, l’AES envoie un message sans ambiguïté au reste du monde : au Sahel, la réciprocité est devenue la nouvelle norme diplomatique.

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Sidoine observe, écoute et raconte l’Afrique telle qu’elle se vit au quotidien. Sur Afrik.com, il mêle récits, portraits et analyses pour donner chair aux événements et aux débats qui animent le continent
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