
Un média espagnol affirme que Mohammed VI a mis en vente son château de Betz, dans l’Oise, pour 180 millions d’euros. Le prix, la superficie de 1 100 hectares et les intérieurs décrits correspondent en réalité à un autre domaine, Armainvilliers, cédé par le roi en 2008. La confusion n’épuise pas la question de fond : le sort du véritable château de Betz reste, lui, incertain.
Le château de Betz refait parler de lui. Ce dimanche 13 septembre, le quotidien espagnol El Debate affirme que Mohammed VI aurait mis en vente sa propriété de l’Oise pour 180 millions d’euros. Le titre promet un domaine équivalent à « 1 540 terrains de football », avant de décrire un palais de plus de 100 pièces réparti sur 1 100 hectares.
Ces chiffres ne correspondent en réalité pas au château de Betz, et l’article espagnol le laisse deviner lui-même. Après avoir situé son récit à Betz, le texte évoque soudain une demeure « connue comme Château d’Armainvilliers », avec ses 9 000 m² habitables, ses écuries pour 50 chevaux, ses 36 dépendances, son hammam et ses trois ascenseurs. Le lecteur passe d’une propriété à l’autre sans transition, comme si l’auteur avait fusionné deux fiches immobilières distinctes.
180 millions d’euros : le prix d’Armainvilliers, pas de Betz
Le domaine décrit se situe en réalité à cheval sur Gretz-Armainvilliers et Tournan-en-Brie, en Seine-et-Marne. Bâti en 1884 par le baron Edmond de Rothschild sur l’emplacement d’une demeure du XVIIe siècle, ce manoir anglo-normand s’étend sur environ 1 100 hectares. Hassan II l’avait acquis puis largement transformé et Mohammed VI en a hérité avant de le revendre en 2008, pour environ 200 millions d’euros, à l’homme d’affaires bahreïnite Essam Janahi. Le bien a ensuite changé plusieurs fois de mains avant qu’une agence ne le remette sur le marché autour de 180 millions d’euros, le prix cité par El Debate.
Le flou qui entoure les propriétés et la fortune de la monarchie marocaine explique sans doute l’erreur du média espagnol. Mais Armainvilliers a quitté le patrimoine royal marocain il y a près de vingt ans. Rattacher son prix actuel à Mohammed VI revient à confondre un ancien propriétaire avec le vendeur d’aujourd’hui.
Betz, un domaine dix fois plus petit
Le vrai château de Betz n’a rien de comparable. Le domaine s’étend sur environ 70 hectares, et non 1 100. Les « 1 540 terrains de football » annoncés par El Debate doivent donc être ramenés à une centaine pour la propriété de l’Oise, ce qui n’est pas petit, mais néanmoins incomparable.
Le château actuel, reconstruit au début du XXe siècle sur un parc aménagé au XVIIIe siècle par Marie-Catherine de Brignole, princesse de Monaco, conserve le Temple de l’Amitié, la chapelle de l’Ermitage et plusieurs fabriques d’époque. Son jardin figure à l’inventaire des jardins remarquables tenu par le ministère de la Culture, qui le classe comme propriété privée, une mention à ne pas confondre avec un classement du bâti au titre des monuments historiques, que la notice officielle ne mentionne pas. Hassan II, qui avait acquis le domaine en 1972, y avait fait construire un pavillon pour son fils et installé des écuries pour les chevaux de Mohammed VI, ainsi que deux anciens wagons-lits des grands express européens.
Betz est-il vraiment à vendre ?
Sur ce point, l’affaire se complique. Le 24 février 2026, Africa Intelligence a rapporté que Mohammed VI avait engagé la vente du château de Betz, dans le cadre d’une réorganisation plus large de son patrimoine immobilier français. L’information n’était pas isolée car quelques semaines plus tôt, avait été révélée la mise en vente de plusieurs biens parisiens ayant appartenu à Lalla Latifa, mère du roi, décédée en 2024.
L’ambassade du Maroc à Paris a formellement démenti l’information, indiquant par l’intermédiaire de l’agence Patricia Goldman International que « la résidence dite Château de Betz ne fait l’objet d’aucune mise en vente ».
Depuis, les relais se sont multipliés sans rien trancher. Bladi.net, Yabiladi et plusieurs titres marocains ou algériens ont repris l’annonce d’Africa Intelligence en évoquant l’absence prolongée du roi à Betz, désoccupé depuis 2020 selon plusieurs de ces sources. Le 20 Minutos espagnol présentait de nouveau, le 7 septembre, le château comme étant à vendre, tout en reconnaissant qu’aucune transaction n’était confirmée à ce jour.
Aucun prix connu pour le véritable château de Betz
Dans les sources immobilières et médiatiques accessibles publiquement, aucun prix de vente fiable, aucun acquéreur et aucun mandat identifiable n’ont émergé concernant Betz. Rien ne permet donc de rattacher les 180 millions d’euros d’El Debate au domaine de l’Oise, ni même de confirmer qu’une vente y est effectivement en cours.
L’article espagnol apporte ainsi une mauvaise réponse à une question légitime. Non, rien n’indique que Mohammed VI vende Betz pour 180 millions d’euros car ce prix, cette superficie et ces intérieurs appartiennent à Armainvilliers, un domaine cédé par le roi il y a près de vingt ans. La cession de Betz lui-même, en revanche, reste une hypothèse ouverte, formulée par Africa Intelligence, mais contestée par Rabat qui a toujours des difficultés à valider les informations sur la fortune du Roi. Dans l’immobilier de ce niveau, une opération peut aussi se conclure hors marché, loin des annonces et des agences citées dans la presse.





