Mondial 2030 : comment la gaffe de Lekjaa fragilise la stratégie électorale d’Infantino


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Projet du grand stade de Casablanca
Projet du grand stade de Casablanca

Fouzi Lekjaa a affirmé jeudi que la finale de la Coupe du monde 2030 se jouerait près de Casablanca. Une sortie qui contredit la version officielle de la FIFA, laquelle avait démenti toute promesse faite au Maroc en échange d’un soutien politique à Gianni Infantino, et qui redonne du poids aux accusations portées contre le président de l’instance.

Le président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF) ne s’attendait sans doute pas à provoquer une telle onde de choc. Jeudi 10 septembre, lors d’un meeting du Parti authenticité et modernité (PAM) à Bouznika, Fouzi Lekjaa a assuré que « la province de Benslimane aura l’honneur d’accueillir la finale de la Coupe du monde 2030 », en référence au futur Grand Stade Hassan II, en construction près de Casablanca. C’est ce que l’on appelle une gaffe qui pourrait avoir des conséquences.

L’intervention se tenait en pleine campagne pour les élections législatives marocaines du 23 septembre. Lekjaa siège au bureau politique du PAM et occupe par ailleurs les fonctions de ministre délégué chargé du Budget. Le ton employé ne laissait guère de place à l’hypothèse et ce n’était pas un souhait ou une candidature défendue, le dirigeant a présenté l’attribution du match comme acquise. Officiellement, pourtant, la FIFA n’a rien tranché.

Sous la pression des révélations du Time, la FIFA rappelle qu’aucune décision n’a été prise

Interrogée sur ces propos, l’instance a rapidement pris ses distances, précisant qu’une décision serait rendue « en temps voulu » sur le lieu de la finale. Vendredi 11 septembre, la FIFA a de nouveau confirmé qu’aucun choix officiel n’avait été arrêté, ni sur le stade ni sur le pays hôte du dernier match. Une clarification qui contredit directement l’un de ses soutiens les plus en vue au sein du Conseil de la FIFA.

Cette contradiction tombe à un moment de tension et de risque. Début août, le quotidien britannique The Times affirmait que Gianni Infantino aurait promis au Maroc l’organisation de la finale afin de s’assurer le soutien de Rabat, et plus largement celui des 54 fédérations africaines, avant l’élection présidentielle de la FIFA prévue en mars 2027. La FIFA avait alors qualifié ces informations de « fausses et trompeuses », un porte-parole assurant qu’aucune promesse n’avait été formulée concernant le choix du site.

Lekjaa et Infantino côte à côte
Gianni Infantino est accusé par l’UEFA d’avoir voulu obtenir le soutien du Maroc en échange de la finale du Mondial 2030. La FIFA dément tout marchandage.

Un mois plus tard, la déclaration de Lekjaa ne prouve pas juridiquement l’existence d’un accord mais sur quelle base le dirigeant marocain s’appuyait-il pour annoncer une décision que la FIFA dit ne pas avoir prise ? Javier Tebas, président de LaLiga et adversaire déclaré d’Infantino, a résumé la situation en une formule : « Qui ment ? » Le propos vise un poids lourd du dossier car Lekjaa préside l’une des trois fédérations organisatrices du Mondial, siège au Conseil de la FIFA et entretient une relation de proximité avec Infantino, ce qui donne à sa sortie un tout autre poids que celle d’un simple commentaire.

L’Afrique, appui décisif pour Infantino

Le contexte explique l’importance de l’épisode. Le projet FIFA Forward Enterprise, qui prévoyait de céder à des investisseurs privés 20 % d’une structure contrôlant une partie des revenus des compétitions, a déclenché une fronde inhabituelle contre le président de la FIFA. L’UEFA, la confédération asiatique et la CONCACAF ont réclamé un changement à la tête de l’instance et plusieurs fédérations européennes, dont la France, ont retiré leur soutien à Infantino, jugeant la confiance rompue.

Malgré cette contestation, Infantino reste en lice pour sa réélection. Chacune des 211 fédérations membres dispose d’une voix, quel que soit son poids sportif ou économique, et les 54 voix africaines forment un bloc important, s’il reste uni et le Maroc y joue un rôle de premier plan. Une source de la CAF a d’ailleurs confié à Reuters que certains dirigeants du football africain pensaient la finale 2030 promise à Rabat en échange de son soutien au maintien du continent derrière Infantino.

Un soupçon politique, à distinguer du volet judiciaire

Les deux dossiers ne se confondent pas. La procédure envisagée par l’UEFA en Suisse porte, pour l’instant, sur la gestion du projet FIFA Forward Enterprise, sa valorisation et les conditions de sa présentation aux fédérations, et non sur une éventuelle promesse faite au Maroc.

Mais si un lien entre l’attribution de la finale et des soutiens électoraux venait à être démontré, il soulèverait des questions au regard des règles d’éthique de la FIFA, notamment sur le terrain du conflit d’intérêts. Une éventuelle qualification pénale dépendrait, elle, des preuves réunies et du droit suisse applicable.

Fouzi Lekjaa bien fait une grosse gaffe. Sa sortie a forcé la FIFA à recadrer publiquement l’un de ses soutiens les plus engagés, et elle a entachée le choix à venir d’un parfum de suspicion qui ne retombera pas de sitôt.

Amadou Atar
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Amadou Atar est une référence dans le monde du football africain. Il est précis et objectif dans ses articles, même si on ne peut lui enlever un penchant historique pour le mythique club français de Saint-Etienne où sont passés plusieurs des plus grands joueurs africains de l'histoire
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