
Le placement sous mandat de dépôt de Justin Koné Katinan fait monter d’un cran la tension entre le pouvoir et le PPA-CI. Parti d’une plainte du RHDP pour diffamation autour de l’orpaillage clandestin, le dossier a débouché sur des poursuites beaucoup plus lourdes liées aux violences de la période électorale de 2025. Cette évolution ravive les inquiétudes sur le climat politique ivoirien.
La convocation de Justin Koné Katinan devait, en apparence, relever d’une affaire de paroles. Le 7 septembre, le RHDP avait saisi le procureur d’Abidjan après des déclarations du quatrième vice-président du PPA-CI sur l’orpaillage clandestin, le trafic de drogue et la responsabilité supposée du pouvoir dans la persistance de ces phénomènes. Le responsable de l’opposition avait été entendu le 9 septembre à la préfecture de police.
Deux jours plus tard, le dossier change brutalement de dimension. Le parquet annonce l’ouverture d’une information judiciaire et le placement sous mandat de dépôt de l’opposant. Les faits visés ne concernent plus seulement ses déclarations : ils portent notamment sur des actes terroristes présumés, un attentat et un complot contre l’autorité de l’État, une participation présumée à un mouvement insurrectionnel, des atteintes à l’ordre public, ainsi que des faits liés aux manifestations et aux violences de la période électorale de 2025.
Le PPA-CI dénonce un basculement judiciaire
Le parti de Justin Koné Katinan, le PPA-CI, n’a pas tardé à réagir, vendredi 11 septembre, au placement sous mandat de dépôt de son cadre. Il estime que le changement intervenu dans les motifs d’accusation constitue un signal politique particulièrement grave. Dans sa déclaration, le parti de Laurent Gbagbo considère qu’une procédure déclenchée par une plainte pour diffamation a servi de point de départ à des accusations d’une tout autre nature. Il dénonce une « instrumentalisation » de la justice et appelle ses militants à se tenir prêts à une « résistance pacifique ».
Le parti voit également derrière l’arrestation de son vice-président une menace plus large visant Laurent Gbagbo. Cette lecture reste, à ce stade, une interprétation politique du PPA-CI. Le parquet, lui, affirme s’inscrire dans le prolongement de son engagement pris dès octobre 2025 de rechercher les auteurs, complices et commanditaires des violences commises pendant la période électorale, quelle que soit leur qualité.
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Le spectre de 2025 n’est toujours pas dissipé
C’est précisément ce passé récent qui rend l’affaire particulièrement sensible. La Présidentielle d’octobre 2025 avait été suivie d’arrestations massives et de procédures judiciaires visant des militants de l’opposition. Le PPA-CI évoque depuis plusieurs mois plus de 1 600 détenus ou sympathisants incarcérés, chiffre contesté selon les sources. L’affaire Katinan intervient donc sur un terrain déjà fragilisé. La justice entend solder les violences de 2025 ; l’opposition y voit, elle, la poursuite d’une répression politique. Entre ces deux lectures, l’espace pour le dialogue risque de se réduire.
L’appel du PPA-CI à la mobilisation donne déjà une indication de la tension qui pourrait suivre. Après les blessures de 2025, le pays avait besoin d’apaisement. Or le dossier Katinan rappelle aujourd’hui que cette page est loin d’être tournée.
Si cette procédure devient un nouvel épisode de confrontation entre le pouvoir et l’opposition, la Côte d’Ivoire pourrait renouer avec une crise politique dont les conséquences dépasseraient largement le sort du seul vice-président du PPA-CI.




