
La FIFA et l’UEFA s’opposent désormais devant la justice américaine au sujet du projet FIFA Forward Enterprise (FFE), abandonné début août après son annonce. La FIFA accuse l’instance européenne de mener une « campagne de dénigrement » contre son président Gianni Infantino. L’UEFA cherche, de son côté, à obtenir aux États-Unis des documents qu’elle envisage d’utiliser dans le cadre d’une éventuelle procédure en Suisse.
Le conflit entre la FIFA et l’UEFA, deux principales instances du football mondial, s’est déplacé sur le terrain judiciaire. Dans un document déposé devant un tribunal fédéral américain, la FIFA demande que les démarches de l’UEFA visant à obtenir des documents et des témoignages soient suspendues ou rejetées. L’instance mondiale estime notamment que les requêtes européennes s’inscrivent dans une « campagne de dénigrement » visant la FIFA et sa direction.
Le projet FIFA Forward Enterprise abandonné
À l’origine de la procédure se trouve le projet FIFA Forward Enterprise, présenté fin juillet 2026. Le dispositif prévoyait la création d’une structure chargée d’exploiter certains actifs commerciaux de la FIFA, notamment ceux liés aux Coupes du monde masculine et féminine et à la Coupe du monde des clubs. Des investisseurs privés devaient prendre une participation dans cette entité. La proposition avait été évaluée à plusieurs milliards de dollars et devait notamment faire intervenir Thrive Capital, société dirigée par Joshua Kushner. Selon les documents judiciaires consultés par les médias américains, le projet prévoyait une levée de 4,2 milliards de dollars auprès d’investisseurs privés pour une participation de 20% dans la nouvelle structure commerciale.
La valorisation de FIFA Forward Enterprise était estimée à environ 20 milliards de dollars. L’UEFA affirme que cette opération aurait donné aux investisseurs un intérêt financier permanent dans les activités commerciales concernées. Le projet avait été rendu public le 28 juillet. L’opposition de l’UEFA et de ses fédérations membres s’est rapidement manifestée. L’instance européenne avait envisagé un boycott des compétitions de la FIFA si le dispositif était maintenu. Face aux réactions, la FIFA a annoncé le 1er août le retrait du projet. Cette décision n’a toutefois pas mis fin au différend entre les deux organisations.
Des documents recherchés avant une éventuelle procédure en Suisse
L’UEFA a ensuite engagé des démarches auprès de tribunaux fédéraux américains. Trois procédures de collecte de preuves ont été déposées aux États-Unis, notamment à New York, en Floride et dans le Colorado. Elles visent à obtenir des documents et des témoignages concernant la préparation du projet et les échanges entre la FIFA, ses conseillers et les investisseurs potentiels.
L’une des demandes déposées à New York concerne Thrive Capital Management et son dirigeant Joshua Kushner. Une autre procédure vise des entités de la FIFA installées en Floride. L’UEFA affirme que les informations recherchées pourraient être utilisées dans le cadre d’une procédure envisagée en Suisse. L’instance européenne envisage une plainte pénale contre Gianni Infantino et éventuellement d’autres responsables de la FIFA.
Infantino candidat à un nouveau mandat
Elle évoque une possible qualification de « gestion déloyale » ou de « gestion criminelle » au regard de l’article 158 du Code pénal suisse. À ce stade, il s’agit d’une procédure envisagée par l’UEFA et non d’une condamnation judiciaire. La FIFA conteste la procédure américaine engagée par l’UEFA. Dans sa requête déposée dans le Colorado, elle soutient notamment que l’instance européenne cherche à obtenir des éléments en vue d’une procédure étrangère qui n’a pas encore été engagée.
La FIFA affirme également que l’UEFA ne dispose pas de l’autorité nécessaire pour engager elle-même une procédure pénale en Suisse. Le différend intervient alors que Gianni Infantino prépare sa candidature à un nouveau mandat à la présidence de la FIFA. Le dirigeant italo-suisse a annoncé, le 1er mai, lors du 76ème Congrès de la FIFA à Vancouver, qu’il serait candidat à l’élection présidentielle prévue en 2027. Il dirige l’organisation depuis 2016 et a été réélu en 2019 puis en 2023.
Le président de l’UEFA exclut une candidature à la présidence de la FIFA
Le président de l’UEFA, Aleksander Ceferin, a, pour sa part, exclu une candidature à la présidence de la FIFA. Il a déclaré, en août, ne pas être intéressé par cette fonction. L’UEFA cherche néanmoins à soutenir une candidature alternative à celle d’Infantino pour l’élection de mars 2027. Le président de la CONCACAF, Victor Montagliani, figure parmi les dirigeants cités comme éventuels candidats.
La contestation dépasse désormais projet d’investissement. Plusieurs fédérations européennes ont pris leurs distances avec Infantino. La Fédération italienne de football (FIGC) a annoncé le 26 août le retrait de son soutien à sa candidature à la présidence de la FIFA. Elle a indiqué vouloir travailler avec l’UEFA et d’autres fédérations européennes sur des propositions concernant la gouvernance du football international.
Un conflit sur la gouvernance de la FIFA
L’UEFA affirme que le projet FFE aurait été élaboré avec un nombre limité de conseillers et d’investisseurs avant une consultation complète des instances de la FIFA. Elle conteste également les conditions financières envisagées pour l’opération et demande un examen indépendant du dossier. Ces éléments figurent dans les documents transmis aux tribunaux américains.
La FIFA rejette ces accusations et présente le projet comme une proposition abandonnée avant sa mise en œuvre. Elle conteste également les demandes de documents formulées par l’UEFA devant les tribunaux américains. La procédure judiciaire doit désormais déterminer dans quelle mesure les éléments recherchés pourront être communiqués à l’instance européenne.




