Eto’o, Lekjaa, Abo Rida : la carte africaine d’Infantino avant le vote de Rabat


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Samuel Eto’o, Fouzi Lekjaa et Patrice Motsepe comptent parmi les principaux dirigeants africains favorables à Gianni Infantino avant le Congrès électif de la FIFA prévu à Rabat en mars 2027. Photomontage éditorial.
Samuel Eto’o, Fouzi Lekjaa et Patrice Motsepe comptent parmi les principaux dirigeants africains favorables à Gianni Infantino avant le Congrès électif de la FIFA prévu à Rabat en mars 2027. Photomontage éditorial.

Contesté par l’UEFA, la CONCACAF et la Confédération asiatique, Gianni Infantino conserve un solide appui en Afrique. Du Cameroun de Samuel Eto’o au Maroc de Fouzi Lekjaa, en passant par l’Égypte de Hany Abo Rida et la CAF de Patrice Motsepe, les soutiens africains se multiplient autour du président sortant. Le continent représente 54 voix, mais l’unanimité proclamée par les instances ne garantit pas un vote uniforme en mars 2027.

Le 18 mars 2027, Rabat accueillera le 77e Congrès de la FIFA. Les 211 associations membres devront élire leur président pour le cycle 2027-2031, à raison d’une voix par fédération. Gianni Infantino, qui a officialisé sa candidature le 30 avril à Vancouver, aborde ce rendez-vous dans une position moins confortable qu’il y a quelques mois.

Son projet FIFA Forward Enterprise, qui prévoyait d’ouvrir aux investisseurs privés une partie des activités commerciales liées notamment aux Coupes du monde, a provoqué une fronde de l’UEFA, de la CONCACAF et de la Confédération asiatique. Les fédérations finlandaise, suédoise et danoise ont saisi les autorités européennes. Aux Pays-Bas, la KNVB propose un sommet international à Amsterdam pour repenser la gouvernance de la FIFA et préparer l’après-Infantino.

Une arithmétique compliquée

Le 27 août, l’UEFA a suspendu « à titre provisoire » sa menace de boycott, décidée le 30 juillet par ses 55 associations, après avoir obtenu par écrit l’assurance que Forward Enterprise était retiré de manière irrévocable et ne réapparaîtrait sous aucune autre forme. La suspension ne vaut que pour la saison à venir, et l’instance européenne n’a pas désarmé puisqu’elle a constitué un dossier de soixante pages destiné à alimenter une procédure en Suisse pour gestion déloyale, une infraction passible de cinq ans de prison.

Dans ce scrutin à venir, l’arithmétique est plus exigeante qu’il n’y paraît pour les 211 addociations membres. L’Afrique dispose de 54 voix, l’Asie de 47 et l’Amérique du Sud de 10, soit 111 fédérations réunies. Les statuts de la FIFA prévoient qu’une majorité simple des suffrages valablement exprimés suffit lorsque deux candidats au plus sont en lice. En revanche, si trois candidats ou davantage se présentent, il faut réunir les deux tiers des voix au premier tour, soit un seuil bien supérieur à ce bloc de 111 voix. Et les confédérations ne votent pas mais chaque association conserve son bulletin et peut s’écarter des consignes régionales.

Cameroun : Eto’o mène la contre-offensive

Samuel Eto’o s’est exprimé à deux reprises en dix jours. Le 24 août, dans un entretien accordé à CNN Sports, il a estimé qu’Infantino n’avait rien fait de répréhensible et expliqué la virulence des attaques par la proximité de l’élection. Le 2 septembre, auprès de L’Équipe, il a résumé sa position en une formule : « Le président Gianni Infantino a changé le football ».

Le président de la Fécafoot insiste sur l’écart de moyens entre les continents. Certaines fédérations africaines, rappelle-t-il, doivent fonctionner avec des budgets annuels proches de 150 000 euros. Elles ne peuvent donc pas porter le même regard sur les financements de la FIFA que les grandes nations européennes.

Avec 20 ou 40 millions de dollars par an, avance Eto’o, le Cameroun aurait eu davantage de chances de convaincre des joueurs comme Kylian Mbappé ou Aurélien Tchouaméni, tous deux liés au pays par leurs origines familiales. Le raccourci est fragile car le choix d’une sélection dépend d’une histoire personnelle, d’une formation et de perspectives sportives qui ne se résument pas au budget d’une fédération. Il traduit néanmoins une frustration répandue sur le continent, riche en talents mais pauvre en infrastructures et qui peine souvent à attirer les membres de la diaspora.

Eto’o adresse aussi une pique à l’UEFA qui contribue énormément au football mondial, reconnaît-il, sans devoir être considérée comme la seule confédération qui compte, ni comme la plus importante. Il souhaite surtout que le projet Forward Enterprise revienne dans le débat après une éventuelle réélection d’Infantino, au nom d’un meilleur partage des revenus.

Maroc : Lekjaa au centre du jeu

Fouzi Lekjaa a été l’un des premiers responsables africains à se positionner publiquement après le retrait du projet. Le 1er août, la Fédération royale marocaine de football a salué une décision jugée « sage », car elle préservait, selon elle, la cohésion entre les associations membres. Le communiqué mettait également en avant les effets des programmes de développement de la FIFA en Afrique.

Le 13 août, Lekjaa a signé avec cinq homologues du monde arabe, Qatar, Égypte, Liban, Soudan et Mauritanie, une déclaration commune exprimant leur soutien à Infantino. Quatre des six signataires siègent au Conseil de la FIFA : le Qatari Hamad ben Khalifa Al-Thani, Hany Abo Rida, Fouzi Lekjaa et Ahmed Yahya.

La proximité marocaine avec la FIFA ne se limite pas à ces déclarations. Le royaume accueillera le congrès électif, abrite à Rabat le bureau africain de la FIFA et coorganisera la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal. C’est aussi au Maroc que la FIFA a organisé, le 7 août, une réunion de crise avec plusieurs dirigeants. L’appui de Lekjaa relève donc autant de la continuité institutionnelle que de la fidélité personnelle et du calcul politique en vue de l’attribution de la finale de la Coupe du monde 2030.

Du Caire à Moroni, les relais africains au Conseil

L’Afrique occupe sept sièges au Conseil de la FIFA, dont celui de Patrice Motsepe, vice-président d’office en tant que président de confédération, et six sièges élus en mars 2025 au Caire. Cinq de ces six représentants ont publiquement soutenu Infantino, à travers leur fédération ou leur signature : l’Égypte de Hany Abo Rida, le Maroc de Fouzi Lekjaa, le Niger de Djibrilla Hima Hamidou, la Mauritanie d’Ahmed Yahya et les Comores, représentées par Kanizat Ibrahim. Seul le Djiboutien Souleiman Waberi ne s’est pas exprimé publiquement.

Ce front est important. Le Conseil recevra le rapport promis par la FIFA sur les erreurs commises dans la préparation de Forward Enterprise. Il restera donc au cœur du règlement institutionnel de la crise, bien avant le vote du Congrès.

L’Égypte occupe une place particulière dans ce dispositif. Hany Abo Rida dirige sa fédération, siège au Conseil et a signé la déclaration des six responsables arabes. Le Caire abrite en outre le siège de la CAF. L’axe Rabat-Le Caire-Nouakchott-Niamey-Moroni dessine ainsi le noyau africain le plus visible du soutien au président sortant.

La CAF soutient Infantino, mais pose une condition

Le soutien continental est ancien car dès fin avril, en marge du 76e Congrès de Vancouver, les associations de la CAF avaient annoncé à l’unanimité leur appui à la candidature d’Infantino pour la période 2027-2031. Ces engagements avaient toutefois été pris avant la révélation de Forward Enterprise.

Le 6 août, le comité exécutif de la CAF a renouvelé son soutien, au lendemain du vote des 55 associations européennes en faveur d’un boycott. Il a également approuvé la mise au point commune d’Infantino et du secrétaire général de la FIFA, Mattias Grafström, reconnaissant des erreurs dans la conduite du projet et présentant des excuses aux associations qui s’étaient senties tenues à l’écart.

Patrice Motsepe a assorti cet appui d’une réserve explicite. Le respect de la gouvernance, des procédures régulières et de la transparence est pour l’Afrique « crucial et non négociable », a déclaré le président de la CAF dans le communiqué du 6 août. Une façon de soutenir Infantino sans signer un blanc-seing. Le 13 août, il a précisé sa position en appelant à laisser les 211 fédérations trancher dans les urnes, plutôt que d’obtenir un départ par la pression des confédérations.

Le milliardaire sud-africain, qui a annoncé en juillet qu’il ne solliciterait pas de troisième mandat à la tête de la CAF en 2029, continue néanmoins de présenter Infantino comme un allié loyal du football africain.

Derrière l’unanimité, des voix incertaines

Les communiqués donnent l’image d’un continent aligné mais l’histoire électorale de la FIFA invite à la prudence. En effet, en 1998 déjà, les fédérations africaines avaient contribué à l’élection de Sepp Blatter contre Lennart Johansson, que soutenait pourtant l’axe CAF-UEFA. Puis, en 2002, la candidature du président de la CAF Issa Hayatou avait été écrasée par le même Blatter. En 2016, plusieurs associations africaines avaient aidé Infantino à l’emporter alors que la CAF soutenait officiellement son adversaire, le Bahreïni Salman ben Ibrahim Al-Khalifa.

Le précédent le plus parlant reste celui de 2018 lorsque onze fédérations africaines, Afrique du Sud, Bénin, Botswana, Cap-Vert, Guinée, Lesotho, Liberia, Mozambique, Namibie, Sierra Leone et Zimbabwe, avaient préféré la candidature nord-américaine à celle du Maroc pour le Mondial 2026, malgré la ligne défendue par la CAF. Le différend sur le Sahara occidental ayant alors pesé dans plusieurs de ces choix. En outre, l’élection présidentielle se tient à bulletin secret dès lors que plusieurs candidats sont en lice. En 2023 à Kigali, Infantino avait été reconduit par acclamation, sans décompte permettant de mesurer d’éventuelles oppositions.

Une source proche de l’UEFA, citée fin août, estime qu’une quinzaine de fédérations africaines seraient prêtes à soutenir un autre candidat. Constant Omari, ancien président de la Fédération congolaise, ancien membre du Conseil de la FIFA et ancien président par intérim de la CAF, est allé plus loin en appelant Infantino à démissionner ou à solliciter un vote de confiance. Il reproche aux dirigeants africains de céder à une « corruption morale » en traitant les fonds de la FIFA comme des libéralités présidentielles, et affirme que le patron de l’instance disposerait de dossiers compromettants sur les fédérations du continent. La FIFA a catégoriquement démenti. A noter cependant qu’Omari avait lui-même été suspendu par la commission d’éthique de la FIFA en 2021.

L’argent de Forward au cœur de la fidélité

L’argument financier est plus concret. Entre 2016 et 2022, 118,7 millions de dollars issus de FIFA Forward ont été consacrés aux infrastructures africaines, le premier poste d’investissement du continent, pour 144 projets et 94 nouveaux terrains. En octobre 2025, Infantino chiffrait à environ 1,28 milliard de dollars l’ensemble des sommes reversées à la sphère CAF depuis son élection, via les différents mécanismes de solidarité.

Pour le cycle 2023-2026, chaque association membre peut recevoir jusqu’à 8 millions de dollars au titre du programme régulier. Forward Enterprise devait porter cette enveloppe à 20 millions pour la période 2027-2030, puis 22 millions pour 2031-2034 et 24 millions pour 2035-2038. Un mécanisme facultatif et exceptionnel, le programme Fast Forward, aurait permis d’obtenir jusqu’à 20 millions supplémentaires pour des projets d’infrastructures lourdes, portant le total potentiel à 40 millions de dollars par fédération sur le cycle. L’ensemble reposait sur une levée de fonds pouvant atteindre 4,2 milliards de dollars, sur la base d’une valorisation initiale de la filiale à 20 milliards.

On comprend mieux pourquoi le projet a trouvé des défenseurs dans des pays où les fédérations dépendent globalement des subventions internationales. La question de la gouvernance, centrale en Europe, n’est pas toujours la première préoccupation des dirigeants africains.

Trois soutiens, trois attentes

Eto’o réclame davantage de moyens. Lekjaa défend une relation institutionnelle devenue stratégique pour le Maroc. Motsepe met la transparence au rang des conditions non négociables. Derrière leur soutien commun se dessinent donc des intérêts et des attentes différents.

L’Afrique a obtenu neuf places directes au Mondial 2026, contre cinq en 2022, une hausse des programmes de développement et l’organisation d’une partie de la Coupe du monde 2030 au Maroc. Ces acquis pèsent lourdement dans la balance à l’heure des choix, mais les promesses à venir viendront s’ajouter dans la balance..

Amadou Atar
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Amadou Atar est une référence dans le monde du football africain. Il est précis et objectif dans ses articles, même si on ne peut lui enlever un penchant historique pour le mythique club français de Saint-Etienne où sont passés plusieurs des plus grands joueurs africains de l'histoire
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