Mehdi Hijaouy défie le système Mohammed VI : à Rabat, la contre-offensive médiatique est lancée


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Mohammed VI et Mehdi Hijaouy
Mohammed VI et Mehdi Hijaouy

Les confidences de Mehdi Hijaouy au Canard enchaîné ont ouvert une brèche que personne, du côté marocain, n’a refermée sur le fond. Le cabinet royal n’a rien publié. Hammouchi et El Himma, eux, sont restés silencieux. La riposte est venue des titres proches du pouvoir, mobilisés pour discréditer l’homme plutôt que pour répondre à ce qu’il affirme.

Le Canard enchaîné a publié, dans son édition du 9 septembre, les confidences de Mehdi Hijaouy, ancien numéro deux de la Direction générale des études et de la documentation (DGED), le renseignement extérieur marocain. Ses accusations contre Abdellatif Hammouchi et Fouad Ali El Himma, sur l’affaire Pegasus, la crise migratoire de Ceuta et les tortures infligées au boxeur Zakaria Moumni, ont fait l’objet d’un premier récit détaillé la veille.

Le Palais laisse parler ses relais

La réponse est venue de la presse. Le360, Hespress et Barlamane ont publié, dès le lendemain, des articles qualifiant Hijaouy d’« escroc mythomane », rappelant à chaque occasion son mandat d’arrêt international et les poursuites qui le visent pour escroquerie, faux et usage de faux, association de malfaiteurs et facilitation d’immigration illégale. Sur X, le journaliste Ignacio Cembrero a relevé un détail qui a fait sourire jusque dans certaines rédactions marocaines car Hespress avait publié les chroniques de ce même Hijaouy pendant des années, avant de le traiter d’escroc du jour au lendemain.

La méthode a un précédent direct. En juillet 2025, Le Monde racontait déjà la fuite de Hijaouy à l’étranger. Le360 avait répondu en relevant des erreurs sur son titre exact au sein de la DGED et son ancienneté dans les services, sans toucher aux accusations qu’il portait déjà contre l’appareil sécuritaire marocain.

Une seconde affaire vient brouiller les cartes

Deux jours avant la parution du Canard enchaîné, le quotidien espagnol ABC accusait Hijaouy, sous la plume de Ketty Garat, d’avoir transmis des données des services marocains au groupe de pirates informatiques Jabaroot et d’être impliqué dans le piratage du téléphone de Pedro Sánchez. Ses avocats, William Bourdon et Vincent Brengarth, ont démenti ces accusations le 9 septembre affirmant que leur client n’aurait « jamais transmis, communiqué ou divulgué » de données à Jabaroot, ni eu le moindre contact avec ABC. Ils réclament un rectificatif.

C’est cette affaire-là, distincte du témoignage recueilli par Le Canard enchaîné, que Le360 a démontée point par point, à partir des corrections apportées sur X par Ignacio Cembrero et d’une analyse de l’universitaire et parlementaire Lahcen Haddad. Effectivement Pegasus relevait de la DGST, pas de la DGED, où Hijaouy avait quitté toute fonction en 2014. Dans la presse marocaine, les deux dossiers se mélangent souvent. Cela permet d’écarter d’un même geste l’ensemble des propos de Hijaouy, y compris ceux publiés par Le Canard enchaîné, qui n’ont reçu aucune réponse circonstanciée.

Ce que la contre-offensive laisse de côté

Discréditer Hijaouy ne répond pas à ce qu’il avance de précis, en particulier la date de février 2017 pour la présentation de Pegasus à Hammouchi, le nom du décideur, le déroulé du test effectué lors du sommet de l’Union africaine à Kigali en mars 2018. Ce sont des détails qui se recoupent au contact des archives comme celles de NSO Group, des autorisations d’exportation israéliennes, des enquêtes déjà ouvertes en France et en Espagne. Aucun de ces éléments datés et nommés n’a été confirmé ni démenti par les personnes qu’il met en cause.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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