Chakib Kouidri (CACI) : « Les PME algériennes représentent un potentiel encore sous-estimé »


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GTR North Africa Cairo
GTR North Africa Cairo

Directeur général de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI), Chakib Kouidri figurait parmi les intervenants du forum GTR North Africa, réuni au Caire les 13 et 14 octobre. Il appelle les banques et les assureurs-crédit à accompagner dans la durée les PME algériennes qui se tournent vers les marchés africains et méditerranéens.

Organisé par la publication britannique Global Trade Review, spécialisée dans le financement du commerce international, le GTR North Africa a rassemblé au Caire les banques et les assureurs-crédit actifs dans la région. Une session consacrée à l’Algérie y était coorganisée avec NLC Communication Algeria, dirigée par Farid Merabet.

Selon la Banque mondiale, les hydrocarbures ont fourni en moyenne 82,6 % des exportations algériennes entre 2020 et 2024. Pour les entreprises qui cherchent à élargir cette base, l’accès au financement et la sécurisation des paiements restent déterminants. Dans cet entretien, Chakib Kouidri détaille les filières qui peuvent y contribuer et la place que peuvent occuper les financeurs étrangers dans un pays qui a fait du non-endettement extérieur une ligne de conduite.

Afrik.com : Qu’attendiez-vous de ce rendez-vous du Caire, et quel message avez-vous porté auprès des banques et des assureurs-crédit présents ?

Chakib Kouidri : Le GTR North Africa réunit les acteurs qui financent et sécurisent le commerce régional, et c’est précisément là que se joue une partie de l’avenir des exportations algériennes. Le message est simple : l’Algérie s’est engagée dans une diversification réelle de son économie, et ses entreprises sont prêtes à aller vers les marchés africains et méditerranéens. Elles ont besoin de partenaires financiers qui les connaissent et les accompagnent dans la durée. Les PME algériennes, en particulier, représentent un potentiel encore sous-estimé.

Afrik.com : Les exportations hors hydrocarbures ont atteint 4,3 milliards de dollars sur les dix premiers mois de 2025, mais les engrais en représentent une large part. Quelles filières vous semblent capables d’élargir cette base d’ici deux ou trois ans ?

Chakib Kouidri : Les engrais et la pétrochimie sont un atout dont il faut se féliciter. D’autres filières montrent un vrai potentiel : l’agroalimentaire, les matériaux de construction, la sidérurgie, l’industrie pharmaceutique, l’électroménager, ou encore les services numériques. La condition, c’est de consolider la qualité, la certification et la logistique pour que ces filières s’installent durablement à l’export, et pas seulement de manière ponctuelle.

Afrik.com : Le programme prévisionnel d’importation a été reconduit pour 2026. Quels retours recevez-vous des entreprises adhérentes, en particulier de celles qui importent des intrants pour produire et exporter ?

Chakib Kouidri : Les entreprises comprennent et partagent l’objectif du dispositif, qui est de mieux organiser les importations et de soutenir la production nationale. Celles qui importent des intrants pour produire et exporter insistent surtout sur la prévisibilité et la rapidité du traitement, car les délais conditionnent le respect de leurs engagements à l’international. Le dialogue avec les autorités sur ces questions est constructif.

Afrik.com : La Banque d’Algérie a rejoint le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS) en août 2025. Les opérateurs algériens règlent-ils déjà leurs échanges africains par ce système, et que manque-t-il pour qu’il s’impose face aux circuits en dollars ou en euros ?

Intervention au GTR North Africa
Intervention au GTR North Africa

Chakib Kouidri : Cette adhésion confirme l’engagement de l’Algérie en faveur de l’intégration africaine et de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Nous sommes dans une phase d’appropriation ; il faut que davantage de banques commerciales y soient raccordées, que les entreprises en connaissent bien le fonctionnement, et que les gains en coût et en délai se vérifient à l’usage. C’est une question de temps et de pédagogie.

Afrik.com : Quelle place les agences de crédit à l’exportation étrangères peuvent-elles occuper en Algérie, compte tenu de la ligne de non-endettement extérieur fixée par les autorités ?

Chakib Kouidri : Le non-endettement extérieur est un choix souverain qui a préservé la stabilité financière du pays. Il ne ferme pas la porte à la coopération. Ces agences peuvent intervenir dans la couverture des risques commerciaux, le partage d’informations, la réassurance ou l’accompagnement d’investissements en partenariat. Ce sont des formules tout à fait compatibles avec le cadre national.

Public au GTR North Africa Cairo
Public au GTR North Africa Cairo

Afrik.com : Alger et Le Caire visent 5 milliards de dollars d’échanges, contre environ 1 milliard en 2024. Sur quels produits et quels projets concrets cet objectif repose-t-il, et où en est le projet de liaison maritime directe entre les deux pays ?

Chakib Kouidri
Chakib Kouidri

Chakib Kouidri : Cet objectif traduit une volonté politique forte des deux pays et une complémentarité réelle entre nos économies. Les leviers sont nombreux : l’énergie et la pétrochimie, les engrais, les matériaux de construction, l’agroalimentaire, le médicament, ainsi que les investissements croisés et les projets conjoints dans le BTP et l’industrie. La liaison maritime directe est déterminante, car le transport pèse lourdement sur la compétitivité. C’est un dossier qui mérite d’être suivi de près.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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