Centrafrique : deux humanitaires de MSF sous les verrous à Bangui


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Arrestation
Arrestation

L’organisation internationale Médecins Sans Frontières (MSF) traverse une zone de fortes turbulences en République centrafricaine. Ce mardi 10 mars 2026, l’ONG a officiellement confirmé l’arrestation de deux de ses collaborateurs, un ressortissant français et un Centrafricain, dans le sud du pays. Interpellés initialement à Zémio, dans la préfecture du Haut-Mbomou, les deux hommes ont été transférés vers la capitale, Bangui, où ils sont actuellement maintenus en garde à vue.

Cette annonce fait suite aux déclarations du ministère centrafricain de la Défense qui, dès la veille, avait fait état de cette opération sécuritaire.

Des accusations graves de déstabilisation

Les autorités de Bangui ne prennent pas l’affaire à la légère et évoquent des motifs de sécurité nationale. Ainsi, selon le gouvernement, l’employé français est soupçonné d’avoir mené des activités visant la déstabilisation de la région du Haut-Mbomou. Par ailleurs, le ministère de la Défense l’accuse d’être entré illégalement sur le territoire centrafricain depuis la République démocratique du Congo (RDC) voisine, en contournant les postes frontaliers officiels. Plus grave encore, les enquêteurs centrafricains soupçonnent l’humanitaire d’avoir entretenu des contacts avec des groupes criminels et d’avoir tenté de soulever la population locale, particulièrement l’ethnie Azandé, contre le pouvoir central.

La version de MSF et le contexte diplomatique

De son côté, MSF apporte un éclairage différent sur la présence de ses agents dans cette zone sensible. L’ONG explique que ses employés font partie d’une équipe basée à Zapay, en RDC, et qu’ils se seraient rendus à Zémio sur invitation des autorités civiles locales dans le cadre de leur mission humanitaire auprès des réfugiés. Le Quai d’Orsay, qui suit l’affaire de très près, a confirmé que son ressortissant se porte bien et que des discussions sont en cours avec Bangui. Cette arrestation intervient dans un climat diplomatique particulier, à quelques jours seulement de la visite prévue du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, en Centrafrique.

Une région sous haute tension sécuritaire

La zone du Haut-Mbomou, où les interpellations ont eu lieu, reste en effet l’un des points chauds de la Centrafrique. Frontalière du Soudan du Sud et de la RDC, cette province est régulièrement le théâtre de tensions persistantes impliquant l’armée nationale, ses alliés paramilitaires russes et diverses milices locales. Par ailleurs, ce dossier rappelle étrangement celui de Joseph Figueira Martin, un consultant humanitaire belgo-portugais arrêté dans la même localité en 2024 et condamné l’an dernier à dix ans de travaux forcés pour atteinte à la sûreté de l’État. Pour l’heure, MSF affirme collaborer pleinement avec les institutions compétentes afin de clarifier la situation de ses deux agents.

Sidoine
Sidoine observe, écoute et raconte l’Afrique telle qu’elle se vit au quotidien. Sur Afrik.com, il mêle récits, portraits et analyses pour donner chair aux événements et aux débats qui animent le continent
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