Guerre dans le Golfe : cinq menaces concrètes pour l’économie marocaine


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Le Maroc face aux risques de la guerre en Iran
Le Maroc face aux risques de la guerre en Iran

Deux semaines après le déclenchement des hostilités en Iran, l’onde de choc atteint les côtes du Royaume. Si le Maroc n’est pas sur la ligne de front, son économie, très dépendante des flux énergétiques et maritimes, entre dans une zone de fortes turbulences. De la logistique de Tanger Med aux étals des marchés en plein mois de Ramadan, tour d’horizon d’un pays en état d’alerte.

1. Carburants : Le spectre des 15 dirhams et la menace sur le transport

Depuis le 24 février, le prix du baril de Brent oscillait dangereusement autour de 95 dollars, porté par la paralysie partielle du détroit d’Ormuz. Lundi, il est même monté à 110 dollars ! À la pompe, les automobilistes marocains avait déjà encaissé une hausse de 0,30 DH/litre au 1er mars, la nouvelle secousse va être terrible. Mais c’est le secteur du transport de marchandises qui inquiète le plus.

Si le gasoil franchit durablement la barre des 15 dirhams, le gouvernement devra réactiver massivement les aides directes aux transporteurs pour éviter une paralysie logistique. Le risque ? Une explosion de la facture de compensation (estimée à plus de 22 milliards de dirhams pour 2026), qui viendrait siphonner les budgets initialement alloués à la généralisation de la protection sociale. Quelques mois aprè les revendications de la GEN Z 212, revenir sur les rares promesses du Roi serait risqué. Surtout que les peines de prison disproportionnées de ces dernières semaines ont encore tendu davantage la situation

2. Tanger Med : Le paradoxe du « hub de repli »

Le complexe portuaire vit un moment de vérité. Alors que le canal de Suez se vide au profit du cap de Bonne-Espérance, Tanger Med devient l’unique verrou stratégique avant l’Europe pour les navires contournant l’Afrique. Les géants Maersk et CMA CGM ont activé leurs plans d’urgence : le port marocain sature sous l’afflux de conteneurs en transbordement.

Cependant, ce regain d’activité cache une menace inflationniste : l’allongement des routes (12 à 15 jours supplémentaires) et l’explosion des tarifs d’assurance maritime font grimper le coût du fret. Pour le Maroc, cela signifie des ruptures d’approvisionnement imminentes sur les composants industriels et une hausse mécanique des prix des produits importés d’Asie d’ici la fin du printemps.

3. OCP : Entre opportunité de marché et crise des intrants

À Jorf Lasfar, le leader mondial des phosphates, l’OCP, observe la situation avec une vigilance extrême. La mise hors service forcée de son principal concurrent, le saoudien Ma’aden, bloqué dans le Golfe, propulse la demande vers le Maroc pour sécuriser la souveraineté alimentaire mondiale.

Mais le talon d’Achille demeure : la fabrication d’engrais nécessite du soufre et de l’ammoniac, dont une part vitale provient du Golfe. Cette crise agit comme un accélérateur pour la stratégie de l’OCP : la transition vers l’ammoniac vert (via l’hydrogène produit au Maroc) n’est plus un simple objectif écologique, mais devient un impératif de sécurité nationale pour s’affranchir des crises géopolitiques du Moyen-Orient.

4. Pouvoir d’achat : Le « choc de mars » en plein Ramadan

Le calendrier aggrave la situation. Le conflit a éclaté alors que le Maroc est en plein Ramadan, période de pic de consommation alimentaire. La hausse des coûts de l’énergie se répercute déjà sur le prix du transport des produits frais entre le Souss et les centres de consommation comme Casablanca ou Tanger.

Si le tourisme affiche une résilience relative grâce à l’image de « havre de paix » du Royaume, le secteur s’inquiète de la flambée du kérosène. Les compagnies aériennes préparent déjà des surcharges carburant qui pourraient freiner les réservations pour la saison estivale, au moment même où les ménages européens voient leur pouvoir d’achat rogné par la crise énergétique globale.

5. Mondial 2030 : Des chantiers sous surveillance budgétaire

C’est le projet phare de la nation. Pour l’heure, les chantiers de la LGV Kénitra-Marrakech et des grands stades ne sont pas gelés. Toutefois, le conflit impose deux nouveaux défis :

  • Le coût des matériaux : L’acier, le ciment et le bitume sont des industries extrêmement énergivores. Une énergie chère signifie des surcoûts massifs pour les infrastructures du Mondial.
  • Le coût de la dette : Pour contenir l’inflation, Bank Al-Maghrib pourrait être contrainte de relever ses taux directeurs, renchérissant le financement des partenariats public-privé nécessaires aux grands projets de 2030.

Le diagnostic est clair : le Maroc dispose de bases solides et d’un positionnement géographique unique, mais la durée du conflit en Iran déterminera si 2026 sera une année de croissance ralentie ou une année de crise profonde. Le Royaume doit désormais arbitrer entre ses ambitions de développement à long terme et l’urgence sociale immédiate.

Zainab Musa
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Zainab Musa est une journaliste collaborant avec afrik.com, spécialisée dans l'actualité politique, économique et sociale du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest. À travers ses enquêtes approfondies et ses analyses percutantes, elle met en lumière des sujets sensibles tels que la corruption, les tensions géopolitiques, les enjeux environnementaux et les défis de la transition énergétique. Ses articles traitent également des évolutions sociétales et culturelles, notamment à travers des reportages sur les figures influentes du Maroc et de l’Algérie. Son approche rigoureuse et son regard critique font d’elle une voix incontournable du journalisme africain francophone.
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