
Après soixante-quatorze jours passés en Suisse, Paul Biya a atterri à Yaoundé le jeudi 20 août 2026. Le chef de l’État, âgé de 93 ans, n’a été aperçu que quelques secondes, saluant la foule d’une main glissée par la vitre entrouverte de sa voiture. La présidence a confirmé son retour sans jamais l’exposer, alors que le poste de vice-président créé en avril demeure vacant.
L’avion présidentiel s’est posé à l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen en fin d’après-midi, aux alentours de 16 heures GMT, en provenance de Genève. Paul Biya, accompagné de son épouse Chantal Biya, a refermé là son plus long séjour continu à l’étranger depuis son accession au pouvoir en 1982. Il avait quitté le Cameroun le 7 juin pour ce qu’un communiqué de la présidence qualifiait alors de « court séjour privé en Europe », sans indication de durée.
Plusieurs dizaines de militants du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), dont certains arboraient un pagne à l’effigie du président, s’étaient massés à l’aéroport puis le long de l’itinéraire menant au palais de l’Unité. La Cameroon Radio Television (CRTV) avait mobilisé des moyens techniques considérables pour retransmettre la séquence en direct.
Quelques secondes d’images, aucune parole
Ce que les téléspectateurs auront vu du chef de l’État tient en peu de choses : une main à travers une vitre à peine descendue, à la sortie du pavillon présidentiel de l’aéroport. Aucune séquence ne le montre marchant sur le tarmac. Il n’a prononcé aucune parole devant les caméras qui n’ont pas non plus filmé son visage et il n’a pas quitté son véhicule pendant le trajet vers Etoudi. Ceux qui attendaient le traditionnel bain de foule en seront pour leurs frais.
Ce dispositif n’autorise évidemment aucune conclusion sur l’état de santé du président et ne répond pas à la question que se posaient les journalistes en début de semaine, dans quel état physique est le Président Biya. Il tranche en revanche avec l’ampleur des interrogations accumulées depuis le début de l’été. Une apparition de quelques secondes devant un micro aurait suffi à en désamorcer une partie mais la présidence a choisi de s’en dispenser, tout en organisant une couverture télévisée d’ampleur nationale.
Il faut rappeler que le 18 juin, le ministre de la Communication René Emmanuel Sadi démentait une hospitalisation du chef de l’État dans une clinique genevoise, en réaction à des articles de presse. Le 2 août, au micro de RFI, le même ministre assurait que Paul Biya était en vie et n’avait pas démissionné. La formulation du démenti donnait la mesure des rumeurs qu’il s’agissait de contrer.

L’activité présidentielle documentée pendant ces onze semaines s’est réduite à des décrets touchant les forces de défense et à des télégrammes adressés à des homologues étrangers. Les dossiers économiques et administratifs sont restés en attente de signature. Un faux décret annonçant la nomination d’un vice-président a circulé sur les réseaux sociaux en avril, avant d’être démonté par les vérificateurs d’Africa Check, signe de la fébrilité qui entourait la question.
Un retour calé sur le sacre des Lionnes
Les Lionnes indomptables ont battu le Malawi (3-0) le 16 août au stade Moulay El Hassan de Rabat, offrant au Cameroun son premier titre continental en Coupe d’Afrique des nations féminine après trois finales perdues en 2004, 2014 et 2016. Les championnes sont rentrées à Yaoundé le 17 août. Le retour du président a d’abord été évoqué par le Premier ministre Joseph Dion Ngute devant la délégation camerounaise au Maroc, avant que le correspondant de RFI Polycarpe Essomba n’avance la date du 20 août.
Depuis Genève, Paul Biya avait salué le 16 août le « récital bien exécuté » de ses joueuses sur ses comptes officiels, puis signé le 18 août une lettre de félicitations adressée à la capitaine Gabrielle Aboudi Onguene, sous couvert du ministre des Sports.
La réception officielle est fixée au samedi 22 août, à 16 heures, au palais de l’Unité, en présence de Chantal Biya. Une mention portée au bas du carton d’invitation a retenu l’attention de la presse camerounaise. Il est stipulé que les téléphones portables ne sont pas autorisés dans l’enceinte du palais. Les invités ne pourront donc ni filmer ni photographier l’audience. Les seules images qui sortiront de cette première séquence de travail publique depuis le 7 juin seront celles produites par la présidence elle-même.
Une vice-présidence créée en avril, toujours vacante
L’absence a pris un relief singulier au regard de la réforme institutionnelle adoptée quelques semaines plus tôt. Le 4 avril 2026, le Parlement réuni en congrès à Yaoundé approuvait par 200 voix contre 18 la création d’un poste de vice-président de la République, promulguée par la loi du 14 avril. Le titulaire, nommé et révocable par le chef de l’État, doit achever le mandat en cours en cas de vacance du pouvoir, prérogative jusqu’alors dévolue au président du Sénat.
Quatre mois après la promulgation, aucun nom n’a été annoncé. Tant que le poste demeure vide, le mécanisme de continuité voulu par la réforme reste inopérant. Le remaniement ministériel attendu depuis l’investiture de novembre 2025 n’a pas davantage été prononcé. L’opposition a dénoncé pendant l’été un « vide institutionnel » et un pays livré au « pilotage automatique ».
Ces attentes s’inscrivent dans un climat politique lourd. Réélu en octobre 2025 pour un huitième mandat avec 53,66 % des voix face à Issa Tchiroma Bakary, qui revendiquait la victoire et vit désormais en exil, Paul Biya avait vu la proclamation des résultats suivie de manifestations réprimées dans le sang. Les Nations unies ont recensé 48 civils et 3 gendarmes tués, ainsi que plus de 1 200 interpellations. Le gouvernement a reconnu « plusieurs dizaines » de morts sans jamais publier de bilan chiffré.
Deux décisions attendues depuis des mois restent suspendues à la signature présidentielle : la nomination d’un vice-président et la formation d’un nouveau gouvernement. Elles permettront peut-être d’y voir plus clair.





