
Parti le 7 juin pour ce qui devait être un « court séjour privé en Europe », Paul Biya est attendu à Yaoundé le jeudi 20 août. Après plus de 70 jours hors du Cameroun et sans aucune apparition publique, le retour du président de 93 ans sera scruté de près. D’autant que les Lionnes Indomptables, qu’il était censé accueillir avec leur trophée, l’ont précédé dans la capitale.
Les Lionnes sont rentrées à Yaoundé sans voir le président. Pourtant, à Rabat, quelques heures avant la finale victorieuse de la CAN féminine, le Premier ministre Joseph Dion Ngute avait pourtant transmis aux joueuses un message qui semblait ne laisser guère de doute : le chef de l’État et son épouse Chantal Biya les attendaient dans la capitale, coupe en main.
Les Camerounaises ont rempli leur part du contrat. Sacrées championnes d’Afrique, elles ont été accueillies triomphalement le lundi 17 août à Yaoundé, où elles ont rejoint l’hôtel Mont Febé sous les acclamations. Le couple présidentiel, lui, n’était toujours pas rentré.
Un « court séjour » qui s’éternise
Paul Biya a quitté Yaoundé le 7 juin. La présidence annonçait alors un « court séjour privé en Europe », sans autre précision. Depuis, aucune date de retour n’a été officiellement communiquée.
À Yaoundé, l’attente a fini par produire des effets politiques. Le député d’opposition Jean Michel Nintcheu a appelé le Conseil constitutionnel à constater la vacance du pouvoir, tandis que l’Union démocratique du Cameroun réclamait de la transparence au nom de la stabilité des institutions. Le parti au pouvoir a répliqué par la voix de Christophe Mien Zok, directeur de ses organes de presse, qui affirmait mi-juillet dans le journal L’Action que le pouvoir n’était pas vacant.
Le 22 juillet, cette absence, qui atteignait alors 45 jours et alimentait les critiques, avait conduit le RDPC à réunir ses principaux responsables pour réfléchir à une éventuelle prise de position. Il a fallu attendre début août pour que le Gouvernement réagisse une nouvelle fois par l’entremise du ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi et fasse une déclaration confirmant que le président camerounais était toujours en vie.
L’appareil d’État a continué de fonctionner sur le papier
Des décrets ont été signés au nom du chef de l’État, qui a notamment procédé début août à une importante réorganisation de la hiérarchie militaire, touchant quatre des cinq régions militaires interarmées et la Garde présidentielle. Une façon de sécuriser le pays et d’éviter que la vacance ausommet de l’Etat ne donne des idées à certains, car une signature au bas d’un décret n’a pas la même valeur qu’une apparition publique. C’est l’absence prolongée d’images qui nourrit les interrogations depuis le début de l’été.
C’est finalement un journaliste, et non la présidence, qui a donné une date. Polycarpe Essomba, correspondant de RFI à Yaoundé, a annoncé le 18 août, en citant des « sources concordantes », que le chef de l’État devait regagner la capitale « dans les prochaines 48 heures », soit le jeudi 20 août, 73 jours après son départ. Il assortissait toutefois son information d’un prudent « à moins que… ». Plusieurs médias camerounais l’ont reprise depuis, sans confirmation officielle du palais d’Étoudi à l’heure où ces lignes sont écrites.
La question de la santé, impossible à éviter
Si l’avion présidentiel se pose à Nsimalen, la question ne portera plus sur la date du retour, mais sur l’état dans lequel Paul Biya se montrera. En effet, depuis juin, sa santé nourrit toutes les hypothèses. Jeune Afrique avait affirmé début juillet que le chef de l’État avait été pris en charge dans une clinique privée de Genève, après un malaise survenu autour des cérémonies du 20 mai. Le gouvernement camerounais a démenti cette version dans les heures qui ont suivi mais sans apporter d’élément de preuve.
Le communiqué du ministre de la Communication René Emmanuel Sadi confirmait néanmoins que Paul Biya se trouvait bien à Genève. Il assurait en revanche que le président n’y était pas hospitalisé et que son état ne nécessitait pas la prise en charge décrite par le magazine, tout en annonçant un retour « dans les plus brefs délais ». Ces délais ont depuis dépassé les deux mois.
Un calendrier sérré pour Paul Biya
À 93 ans, l’âge du président suffit à donner un relief particulier à une absence aussi longue, alors qu’il a été rejoint en Suisse par la plupart de ses enfants. Mais aucun bulletin médical n’a été rendu public et aucune image récente ne permet de constater son état. C’est pourquoi les premières images du président seront analysées dans le détail pour que chacun se fasse une idée de son état de santé réel.
En 2024, une longue disparition de la scène publique avait déjà déclenché une avalanche de rumeurs avant que le président ne rentre à Yaoundé, après sept semaines d’absence. La situation est aujourd’hui plus sensible encore car Paul Biya a 93 ans et a entamé en novembre 2025 un huitième mandat, à l’issue d’une présidentielle contestée par l’opposition. Le calendrier offre au palais d’Étoudi une occasion de refermer la séquence en recevant les Lionnes Indomptables et leur trophée. La cérémonie associerait le retour du président à un moment de fierté nationale, tout en produisant les images que le pays attend depuis deux mois et demi. Mais il faut faire vite.





