RDC : Fayulu veut poursuivre Tshisekedi après la marche, mais devant quelle juridiction ?


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Martin Fayulu, candidat à l'élection présidentielle
Martin Fayulu, candidat à l'élection présidentielle

La marche du 15 septembre s’est achevée dans la confusion à Kinshasa, avec des affrontements, des tirs de gaz lacrymogènes et des accusations particulièrement lourdes contre le pouvoir. Quelques heures après les incidents, Martin Fayulu a annoncé une nouvelle offensive : une plainte internationale visant Félix Tshisekedi.

De la rue vers les juridictions internationales ? C’est en tout cas ce qui semble se dégager des propos de Martin Fayulu, ce mardi. Le leader de l’ECiDé a, en effet, annoncé le dépôt prochain d’une plainte internationale contre le Président Félix Tshisekedi, le gouvernement et l’Hôtel de ville de Kinshasa.

Fayulu accuse le pouvoir d’avoir voulu « les tuer »

Face à la presse après la dispersion du cortège, le président de l’ECiDé a livré un récit particulièrement dur des événements. Selon lui, les manifestants ont été pris dans un « piège » qui aurait pu avoir des conséquences mortelles. « Félix Tshisekedi nous a tendu un piège, c’est un attentat prémédité, il voulait nous tuer », a déclaré Martin Fayulu, affirmant avoir échappé aux violences grâce à Dieu. Il a également dit ignorer ce qu’étaient devenus certains responsables de l’opposition, citant notamment Delly Sesanga et Jean-Marc Kabund, ainsi que plusieurs militants.

Ces accusations font suite à une journée d’affrontements à Limete entre des manifestants de la C64 et des militants de la Force du progrès, structure associée à l’UDPS. La police a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser le cortège. Des blessés ont été signalés, mais aucun bilan définitif n’était encore disponible ce mardi soir.

Une plainte internationale annoncée

Martin Fayulu affirme désormais vouloir porter l’affaire au-delà des frontières congolaises. Au nom de la C64, il a annoncé le dépôt prochain d’une plainte internationale contre Félix Tshisekedi pour les violences survenues lors de la manifestation.

La C64 n’a toutefois pas encore précisé la juridiction qu’elle entend saisir, les qualifications pénales envisagées ni les éléments susceptibles d’engager personnellement la responsabilité du chef de l’État. En effet, il n’existe pas de juridiction internationale générale devant laquelle un opposant pourrait simplement déposer plainte contre un président.

Une éventuelle saisine de la Cour pénale internationale supposerait notamment que les faits allégués puissent relever du génocide, des crimes contre l’humanité, des crimes de guerre ou du crime d’agression. À ce stade, les incidents du 15 septembre, aussi graves soient les accusations formulées, ne peuvent être juridiquement qualifiés sans enquête et sans éléments montrant qu’ils s’inscriraient dans une politique plus large ou systématique.

L’annonce marque néanmoins un durcissement du bras de fer. La C64 cherche désormais à transformer les violences du 15 septembre en dossier à la fois politique, judiciaire et international. Depuis plusieurs mois, la coalition accuse le pouvoir de vouloir modifier l’ordre constitutionnel afin d’ouvrir la voie à un troisième mandat de Félix Tshisekedi. Reste à savoir si les poursuites annoncées prendront effectivement corps ou si elles demeureront, faute de juridiction et de qualifications clairement désignées, un moyen de maintenir la pression sur le pouvoir.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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