
Après 74 jours passés en Suisse, Paul Biya est rentré à Yaoundé ce jeudi 20 août 2026. Au-delà de son retour au pays, cette longue absence du président camerounais, âgé de 93 ans et au pouvoir depuis 1982, remet au premier plan les interrogations sur la continuité de l’État, la transparence autour de la présidence et la capacité du système politique camerounais à fonctionner efficacement autour d’un chef de l’État de plus en plus discret.
Le président camerounais Paul Biya a regagné Yaoundé au crépuscule de ce jeudi 20 août, après avoir quitté Genève dans la journée. Il était parti du Cameroun le 7 juin pour ce qui avait été officiellement présenté comme un « court séjour privé en Europe ». Son absence s’est finalement prolongée pendant plus de deux mois, sans apparition publique ni prise de parole du chef de l’État.
À son arrivée, Paul Biya a salué la foule depuis son véhicule avant de prendre la direction du palais présidentiel. Son retour avait été plusieurs fois annoncé puis reporté, ce qui laissait place à des spéculations sur son état de santé. Les autorités camerounaises n’ont cependant fourni aucune information détaillée sur les raisons de cette absence prolongée.
Une absence qui dépasse la question de la santé
Le principal enjeu de cette situation ne réside donc pas uniquement dans l’état de santé du président. Il concerne aussi le fonctionnement de l’État en l’absence prolongée de celui qui en détient les principaux pouvoirs.
Cette situation avait déjà suscité des interrogations au sein de l’opposition et de la société civile. En juillet, alors que Paul Biya était absent depuis plus de 45 jours, le parti au pouvoir avait convoqué une réunion exceptionnelle de ses principaux responsables. Dans le même temps, des voix de l’opposition réclamaient des explications sur la continuité effective du pouvoir. Le député d’opposition Jean Michel Nintcheu avait appelé la Cour constitutionnelle à constater une éventuelle vacance du pouvoir.
Le débat est d’autant plus sensible que le Cameroun ne dispose toujours pas d’un vice-président en fonction. Le Parlement a pourtant approuvé en avril la réintroduction de cette fonction, qui doit constituer le premier relais dans la succession présidentielle. Au moment où Paul Biya était à l’étranger, ce poste n’avait toujours pas été pourvu.
Un pouvoir confronté à la question de la succession
À 93 ans, Paul Biya reste le plus ancien chef d’État en exercice dans le monde. Réélu en 2025 pour un huitième mandat, il dirige le Cameroun depuis 1982. Sa longévité au pouvoir fait de la question de sa succession un sujet politique incontournable, même lorsqu’elle n’est pas officiellement inscrite à l’agenda du pouvoir.
Son retour à Yaoundé ne règle donc pas les interrogations structurelles qui ont émergé pendant ces 74 jours. Il les repousse plutôt à nouveau. Qui assure la coordination effective de l’appareil d’État lorsque le président est absent pendant plusieurs semaines ? Quelle place occupent les collaborateurs présidentiels et le gouvernement dans la prise de décision ? Et surtout, comment le Cameroun prépare-t-il la transition politique à moyen terme ?
Ces questions s’imposent en cette période où, le pays est confronté à plusieurs dossiers sensibles, notamment la crise dans les régions anglophones, les enjeux sécuritaires dans l’Extrême-Nord et les défis économiques et sociaux.
L’absence prolongée du chef de l’État a également mis en lumière, une fois de plus, le manque de communication officielle autour de la présidence. Le gouvernement avait déjà été critiqué lors d’une précédente absence prolongée de Paul Biya en 2024, au point d’interdire les discussions publiques sur son état de santé. Les autorités ont par ailleurs régulièrement rejeté les informations faisant état d’une incapacité du président à exercer ses fonctions.
À Yaoundé, le retour de Paul Biya a donc surtout permis de refermer provisoirement une page politique de 74 jours. Il ne met pas fin aux interrogations nées de cette longue absence.




