
Le gouvernement camerounais poursuit l’assainissement du fichier de solde de l’État. Près de 6 000 agents publics sont appelés à justifier leur situation administrative en septembre et octobre 2026, sous peine de voir leur rémunération suspendue puis leur nom retiré du fichier de solde.
Une nouvelle opération de contrôle vise 5 971 fonctionnaires et agents de l’État au Cameroun. Identifiés à partir du croisement des informations relatives aux mouvements aux frontières et des vérifications effectuées auprès des administrations, ces agents doivent se présenter aux services du ministère des Finances pour établir leur situation. Le dispositif s’inscrit dans une série d’actions destinées à actualiser le fichier de solde de l’État.
Une vérification avant le maintien de la rémunération
Le ministère des Finances a prévu que les agents concernés se présentent durant les mois de septembre et octobre 2026. Ils doivent notamment fournir une copie de leur passeport, le motif de leur éventuel déplacement à l’étranger ainsi qu’une attestation récente de présence effective à leur poste, établie par leur administration d’affectation. Dans l’attente de cette vérification, le paiement des salaires de septembre et octobre est réorienté vers la Paierie générale du Trésor.
Il s’agit d’une mesure conservatoire qui permet aux agents concernés de récupérer leur rémunération après régularisation de leur situation. Le ministère des Finances précise que l’objectif est de disposer d’un fichier correspondant aux agents effectivement recrutés, régulièrement placés dans leur situation administrative et présents à leur poste de travail.
Le 31 octobre comme échéance
La procédure comporte une échéance précise. Les agents qui ne se seront pas présentés ou qui n’auront pas apporté les justificatifs nécessaires au 31 octobre 2026 risquent d’être considérés comme ayant abandonné leur poste. Selon les informations communiquées par les autorités, leurs noms pourront alors être retirés du fichier de solde de l’État. La mesure intervient dans le cadre d’un processus de contrôle présenté comme permanent par le ministère des Finances.
Cette opération intervient après plusieurs campagnes similaires menées ces dernières années au sein de l’administration camerounaise. En novembre 2025, le ministère de la Fonction publique avait indiqué que 6 936 agents avaient déjà été radiés, avec une économie estimée à environ 30 milliards de francs CFA pour les finances publiques. Le contrôle des effectifs vise notamment les situations dans lesquelles des agents sont soupçonnés de ne plus exercer effectivement leurs fonctions tout en continuant à percevoir leur rémunération.
Le phénomène des agents absents
Le phénomène des agents dits « fictifs » ou des personnels absents de leur poste fait depuis plusieurs années l’objet de contrôles au Cameroun. Les opérations précédentes avaient déjà conduit à des radiations après des vérifications portant sur la présence effective des personnels et leur rattachement administratif. En novembre 2024, une opération de recensement avait notamment conduit à la radiation de 1 172 agents publics.
Il a été relevé des personnels absents de manière prolongée, parfois sans rattachement administratif clairement établi, mais continuant à percevoir leur rémunération. Cette politique de rationalisation s’appuie également sur la transformation numérique de la gestion des ressources humaines de l’État. Le Cameroun utilise depuis le 1er janvier 2025 l’application AIGLES, pour « Application Informatique de Gestion Logique des Effectifs et de la Solde ».
Une réforme progressive du fichier de l’État
Le système a été conçu pour réunir la gestion administrative et la gestion de la solde au sein d’une plateforme intégrée. Le dispositif comprend 14 modules couvrant différentes étapes de la carrière des agents publics. Il permet notamment la gestion des dossiers administratifs, des congés et absences, de la carrière ainsi que des opérations liées à la rémunération. Le ministère de la Fonction publique présente également AIGLES comme un outil permettant un suivi continu de la présence des agents. Notamment grâce aux dispositifs biométriques, ainsi qu’une meilleure traçabilité des données administratives et salariales.
Depuis son lancement, AIGLES a déjà été utilisé pour générer de nouveaux matricules. Le MINFOPRA indiquait en mars 2026 que 11 673 nouveaux matricules avaient été produits par le progiciel entre mai 2025 et mars 2026. L’opération visant les 5 971 agents constitue donc un nouveau volet du chantier de fiabilisation du fichier de solde.




