
Un mois après l’ouverture de la campagne principale 2026-2027, le prix garanti de 1 200 FCFA le kilo continue de diviser la filière ivoirienne. Le SYNAP-CI appelle à retenir les fèves, tandis que le Ghana rémunère désormais ses planteurs près de deux fois mieux.
Le 1er septembre, à Abidjan, le ministre de l’Agriculture Bruno Nabagné Koné a fixé à 1 200 FCFA le kilogramme le prix minimum garanti bord champ du cacao pour la campagne principale 2026-2027. La saison, ouverte un mois plus tôt que d’habitude, reconduit le tarif de la récolte intermédiaire.
L’écart est brutal avec les 2 800 FCFA annoncés par Alassane Ouattara le 1er octobre 2025, à trois semaines de l’élection présidentielle. Le gouvernement invoque la volatilité des marchés et le niveau auquel le Conseil du café-cacao (CCC) a vendu par anticipation une partie de la récolte. « Nous avons fait le choix de la vérité », a résumé le ministre. Une source gouvernementale citée par Reuters s’est montrée plus explicite en précisant qu’au-delà de ce prix, l’État devrait de nouveau subventionner la filière, pour un coût chiffré en milliards.
Les comptes d’une campagne bloquée
Le prix record de 2 800 FCFA avait été fixé alors que les cours mondiaux restaient élevés. En février, ils avaient été divisés par deux en un an et évoluaient autour de 4 000 dollars la tonne. Les exportateurs ont ralenti leurs achats de fèves devenues trop chères et les stocks se sont accumulés dans les coopératives. Le 4 mars, le gouvernement a ramené le prix garanti à 1 200 FCFA tout en poursuivant le rachat des invendus au prix fort.
Le régulateur a annoncé le 5 août avoir achevé le rachat de 100 000 tonnes, pour lequel 280 milliards FCFA ont été mobilisés. Le bilan reste flou. Plusieurs coopératives affirment que leurs fèves, recensées lors de l’inventaire de janvier, n’ont jamais été enlevées, et réclament la publication de la liste des bénéficiaires et des montants versés.
Sept organisations de producteurs chiffrent à 23 000 tonnes le cacao de la saison 2025-2026 toujours détenu par des planteurs, soit selon elles un manque à gagner de 66,7 milliards FCFA.
Une grève qui ne fait pas l’unanimité
Le Syndicat national agricole pour le progrès en Côte d’Ivoire (SYNAP-CI) a lancé le 16 septembre un mouvement de rétention des fèves, durci le 24 septembre lors d’un rassemblement à Bandiahi. Son président, Koné Moussa, juge le prix de 1 200 FCFA insuffisant face à l’inflation et au coût des intrants. Il réclame une réorganisation de la gouvernance du CCC et rejette toute récupération politique du mouvement.
À Daloa, des producteurs et responsables de coopératives du Haut-Sassandra se sont désolidarisés du mot d’ordre en contestant la représentativité du syndicat. L’Organisation interprofessionnelle agricole (OIA) assure de son côté que la commercialisation se poursuit. Avec la rentrée scolaire, beaucoup de planteurs vendent malgré tout, et l’effet de la grève sur les volumes reste difficile à mesurer.
Le Ghana paie près du double
La pression vient aussi de l’est. Le Ghana a ouvert sa campagne le 25 septembre avec un prix producteur de 42 400 cedis la tonne. Converti en francs CFA, ce tarif se situe entre 2 100 et 2 200 FCFA le kilo selon le taux de change retenu. La nouvelle loi ghanéenne sur le Cocobod garantit aux planteurs au moins 70 % de la valeur FOB des fèves.
Un tel différentiel nourrit le risque de contrebande vers le Ghana, mais aussi vers le Liberia et la Guinée, signalé par des sources industrielles dès août. Il met à l’épreuve l’engagement pris en juin par Abidjan et Accra d’harmoniser leurs prix bord champ et le calendrier de leurs campagnes, complété en juillet par la création à Abuja d’une alliance des quatre principaux producteurs africains. Le quotidien Le Moment a affirmé le 28 septembre que la Côte d’Ivoire avait rompu l’accord avec Accra, sans confirmation officielle à ce jour.
Pour garder les fèves dans les circuits officiels, Abidjan mise sur la carte du producteur obligatoire depuis le 1er septembre pour toute transaction, et sur le Système national de traçabilité lancé en juin. L’enjeu concerne environ cinq millions de personnes qui vivent du cacao en Côte d’Ivoire. La filière pèse 14 % du PIB.





