Cacao : la chute des prix menace le pari de l’Alliance d’Abuja avant l’échéance européenne


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Fèves de cacao
Fèves de cacao © Mikkel Houmøller

Signée en juillet à Abuja par le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria, l’Alliance pour la valorisation du cacao devait marquer la fin d’un siècle de rapport de force défavorable aux producteurs africains. Deux mois plus tard, la forte baisse du prix garanti en Côte d’Ivoire et la dégradation attendue des récoltes fragilisent déjà ce pari, à un peu plus de cent jours de l’entrée en application du règlement européen contre la déforestation.

Le 14 juillet 2026, Cameroun, Côte d’Ivoire, Ghana et Nigeria, qui représentent ensemble environ les deux tiers de la production mondiale de cacao, ont acté à Abuja la création d’une organisation destinée à coordonner leurs politiques, fixer des normes communes et peser davantage sur le marché mondial.

Une union scellée en pleine tempête

John Owan Enoh, ministre nigérian de l’Industrie, du Commerce et de l’Investissement, a résumé l’objectif en expliquant qu’il fallait mettre fin à un modèle dans lequel l’Afrique exporte l’essentiel de ses fèves brutes avant de racheter, beaucoup plus cher, les produits transformés. En effet, les pays producteurs ne captent aujourd’hui qu’une faible part de la valeur générée par une industrie mondiale du chocolat et du cacao estimée à plus de 130 milliards de dollars.

Cependant, deux mois après la naissance de l’Alliance, le terrain contredit déjà l’élan politique du sommet.

En Côte d’Ivoire, le prix bord champ garanti aux planteurs pour la campagne principale 2026-2027 reste fixé à 1 200 FCFA le kilo, contre 2 800 FCFA au lancement de la campagne précédente, une chute de plus de 57 % en un an. Au Ghana, COCOBOD anticipe un recul d’au moins 16 % de la récolte 2026-2027, imputé à des conditions météorologiques défavorables, à un possible épisode El Niño, aux maladies du cacaoyer, au vieillissement des plantations et à l’avancée de l’orpaillage illégal sur certaines terres agricoles.

Une équation financière qui se resserre

Le pilier central de l’Alliance repose sur la transformation locale. Le Ghana a fixé l’objectif de transformer au moins 50 % de ses fèves sur place à partir de la campagne 2026-2027. Au Nigeria, le groupe Sunbeth Global Concepts développe une unité de transformation d’une capacité annoncée de 70 000 tonnes par an à Sagamu, dans l’État d’Ogun.

Accra cherche à s’affranchir des prêts syndiqués internationaux garantis par les ventes futures de cacao, qui pouvaient pré-affecter une large part de la récolte au remboursement des créanciers étrangers, au profit de financements domestiques. Le pari est de pouvoir dégager davantage de marge de manœuvre pour soutenir les transformateurs nationaux, au moment précis où cette marge se réduit. En effet, cette montée en gamme suppose des filières capables de financer broyage et mise aux normes environnementales, ce que la baisse des cours et le recul des récoltes rendent mécaniquement plus difficile.

L’échéance du 30 décembre approche

Le règlement européen contre la déforestation (RDUE) entre en application le 30 décembre 2026 pour les grandes et moyennes entreprises, imposant de démontrer que les fèves commercialisées sur le marché européen ne proviennent pas de parcelles déboisées récemment. L’Union européenne absorbe environ 60 % des importations mondiales de cacao.

La Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigeria et le Cameroun veulent obtenir la reconnaissance de leurs systèmes nationaux de traçabilité et refusent que le coût de la mise en conformité repose sur les petits producteurs. Plusieurs ONG alertent sur le risque de voir les planteurs situés en dehors des coopératives structurées perdre leur accès au marché européen, faute de pouvoir documenter l’origine de leurs parcelles.

Ce risque grandit lorsque les revenus des producteurs diminuent car la géolocalisation des parcelles a un coût, que les petites exploitations ne peuvent assumer seules.

Un premier test grandeur nature

L’Alliance d’Abuja devait donner aux producteurs africains les moyens de peser sur les cycles du cacao plutôt que de les subir. Trois mois après sa création, elle affronte déjà la baisse des prix ivoiriens et le recul des récoltes ghanéennes.

La Côte d’Ivoire et le Ghana pèsent lourd sur le marché mondial. Reste à savoir si ce poids se traduira en investissements industriels tenus dans les délais, alors que l’échéance du 30 décembre approche et que les marges des filières se resserrent.

Criss Bailly
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Criss Bailly est un journaliste collaborant avec afrik.com, où il couvre une large palette de sujets allant de la politique à la culture, en passant par la santé et la société. Ses articles abordent des thématiques variées, telles que la responsabilité sociétale des entreprises en Afrique, la situation épidémiologique du Covid-19 au Gabon, ou encore des enquêtes sur des scandales internationaux impliquant des figures publiques. Il met également en lumière des figures marquantes du continent, comme l’écrivain Serge Bilé ou la chanteuse Dobet Gnahoré, à travers des interviews et des analyses approfondies. Son travail reflète un engagement à décrypter les dynamiques africaines contemporaines, tout en donnant une voix aux acteurs influents du continent.
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