Blaise Compaoré à l’aise dans son costume de médiateur

Blaise Compaoré, a semble-t-il, réussi sa mission. En visite éclair à Abidjan, la capitale ivoirienne, le président burkinabè aurait mis fin, lundi, à dix jours de tractations houleuses entre le chef de l’Etat Laurent Gbagbo et l’opposition. « Le facilitateur » de paix a amené les différentes parties à un consensus pour la mise en place d’un nouveau gouvernement ivoirien attendu mardi qui conduira le pays « fin avril-début mai » à une élection présidentielle. Depuis plusieurs années, Blaise Compaoré s’impose comme le médiateur de l’Afrique de l’Ouest.

Après deux jours de concertations, la médiation en urgence de Blaise Compaoré semble avoir porté ses fruits. Sous l’impulsion du président burkinabè, un nouveau cabinet devrait voir le jour mardi en Côte d’Ivoire. Il en va de même pour la commission électorale indépendante (CEI) qui devrait être recomposée dans le courant de la semaine. Les protagonistes, notamment l’opposition, ont « accepté » de « s’engager dans la reconstruction du gouvernement », s’enorgueillit Blaise Compaoré. Les acteurs de la crise en Côte d’Ivoire se sont accordés sur l’objectif de tenir « fin avril-début mai 2010 » le scrutin présidentiel.

Les rapports fluctuants entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire

Ce changement de cap sonne comme une victoire pour le médiateur ouest-africain qui avait œuvré pour la signature des accords de paix en février 2007, entre le président Laurent Gbagbo et l’ancien chef des Forces rebelles, Guillaume Soro. Selon Richard Mancrieff, le directeur du projet Afrique de l’Ouest de l’International Crisis Group, « son expérience et sa connaissance de la Côte d’Ivoire et de ses acteurs politiques » auraient permis de faire la différence dans la résolution de la crise politique, exacerbée par l’annonce de la dissolution du gouvernement et de la CEI décidée par Laurent Gbagbo. Pourtant, rien ne prédestinait Blaise Compaoré à intervenir comme facilitateur de paix dans le dialogue inter-ivoirien. Autrefois, l’entente entre les hommes forts d’Abidjan et de Ouagadougou n’était pas au beau fixe. Et pour cause, en 2002, le coup d’Etat contre Laurent Gbagbo, avait été imputé au Burkina Faso, soupçonné, par le régime ivoirien, d’avoir appuyé les rebelles des Forces nouvelles.

« Redorer son image »

Mais cette époque semble être définitivement révolue. Blaise Compaoré tente maintenant « de redorer son image », en enfilant le costume de médiateur. Si le doyen politique de l’Afrique de l’Ouest (23 ans au pouvoir, ndlr) est très présent en Côte d’Ivoire, il s’occupe aussi de la transition au Guinée. Le président Burkinabè est intervenu plusieurs fois dans ce pays, notamment pour tenter de renouer le dialogue entre la société civile et chef de la junte, Dadis Camara, après le massacre du 28 septembre. Le leader guinéen suit actuellement sa convalescence au Burkina Faso où il a accepté, le mois dernier, de laisser la main à Sékouba Konaté. « Il essaye d’aplanir les relations avec ses voisins et cherche à effacer son passé, ses liens présumés avec Charles Taylor, l’ancien président du Liberia, inculpé d’être l’initiateur d’une guerre civile dans son pays et en Sierra Leone », explique Richard Moncrieff.

Grâce à son rôle de médiateur, Blaise Compaoré a fait peau neuve et compte en faire profiter son pays. « Il veut faire de Ouagadougou, la ville référence pour les conférences, les discussions politiques », note le directeur du projet Afrique de l’Ouest. Depuis quelques années La capitale burkinabè s’est dotée d’un quartier baptisé « Ouaga 2000 » qui abrite des centres de conférences, des hôtels. Un lieu que Blaise Compaoré cherche à mettre à profit pour en tirer quelques bénéfices financiers.

Un gravier dans la chaussure ?

Tout paraît sourire au médiateur, à un détail près peut-être…. En Côte d’Ivoire, le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) n’entend pas relâcher la pression et maintient son « mot d’ordre de manifestation » jusqu’à la mise en place de la commission électorale indépendante. Lundi, la répression d’une manifestation par les forces de l’ordre à Daloa avait fait deux morts, portant à au moins sept décès le bilan des protestations.