Restitution historique : le tambour parleur Djidji Ayokwé rentre enfin en Côte d’Ivoire


Lecture 4 min.
Tambour parleur
Tambour parleur

Après plus d’un siècle d’absence, le tambour parleur Djidji Ayokwé retrouve enfin la terre ivoirienne. Emporté par les troupes coloniales françaises en 1916, cet objet emblématique du patrimoine culturel ivoirien arrive, ce vendredi matin, à Abidjan.

C’est l’aboutissement d’un long processus diplomatique entre la Côte d’Ivoire et la France. Le tambour parleur Djidji Ayokwé rentre, ce jour, à Adidjan, plus d’un siècle après sa spoliation. Cette restitution constitue un moment historique pour le pays et pour les communautés ébrié, pour lesquelles ce tambour possède une valeur symbolique et spirituelle considérable. Le Djidji Ayokwé représente la mémoire collective et l’identité culturelle d’un peuple.

Depuis plusieurs années, la question de la restitution des biens culturels africains conservés dans les musées européens occupe une place importante dans le débat international. La Côte d’Ivoire avait officiellement formulé sa demande de restitution du Djidji Ayokwé, en 2019. Après de longues discussions diplomatiques et juridiques, le tambour a finalement été remis officiellement aux autorités ivoiriennes, lors d’une cérémonie organisée à Paris le 20 février. Ce qui constitue une avancée dans la coopération culturelle entre les deux pays et dans la reconnaissance du patrimoine africain spolié pendant la période coloniale.

Un grand symbole pour les peuples ébrié

Pour les peuples ébrié, le Djidji Ayokwé représente un symbole de pouvoir, de communication et d’organisation sociale. Ce tambour monumental, long de plus de quatre mètres et pesant environ 430 kilogrammes, est sculpté dans un tronc d’arbre massif et orné de motifs représentant notamment un léopard, animal associé à l’autorité et à la protection dans plusieurs traditions africaines. Sa taille imposante et sa symbolique en faisaient un instrument central dans la vie communautaire des villages de la lagune Ébrié.

Traditionnellement, le tambour parleur servait à transmettre des messages codés entre les villages. Les tambourinaires expérimentés pouvaient reproduire les intonations de la langue locale. Ce, afin de diffuser des informations importantes sur de longues distances. Il permettait notamment d’annoncer des cérémonies, des rassemblements ou des événements majeurs pour la communauté. Pendant la période coloniale, il a également servi à alerter les populations locales face aux opérations de recrutement forcé imposées par l’administration coloniale. Ce qui renforce son statut d’instrument de résistance et de mémoire collective.

Un long combat diplomatique et juridique

La restitution du Djidji Ayokwé est le fruit d’un processus long : négociations politiques, débats juridiques et engagements diplomatiques. La Côte d’Ivoire avait placé cet objet en tête d’une liste de 148 biens culturels conservés en France et réclamés par le pays. La démarche s’inscrivait dans une logique qui visait à récupérer des œuvres et artefacts africains déplacés durant la période coloniale. Pour Abidjan, ce tambour représentait un symbole fort du patrimoine national à restaurer dans sa dimension historique et culturelle.

En 2021, le Président français, Emmanuel Macron, avait annoncé sa volonté de restituer l’objet. Le dirigeant ouvrait la voie à une procédure législative spécifique. En France, les œuvres conservées dans les collections publiques sont protégées par le principe d’inaliénabilité. Ce qui signifie qu’elles ne peuvent être cédées sans modification de la loi. Le Parlement français a donc adopté une disposition permettant de déclasser officiellement le tambour des collections nationales. Cette étape juridique était indispensable pour autoriser son transfert définitif vers la Côte d’Ivoire.

Un retour chargé d’émotion et de symboles

Avant son départ, le tambour était conservé au musée du Quai Branly à Paris. Une institution spécialisée dans les arts et civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques. Les équipes du musée ont procédé à une restauration minutieuse de l’objet afin de garantir sa conservation avant son voyage vers Abidjan. Ce travail scientifique et patrimonial a permis de préserver l’intégrité de cette pièce unique. Surtout que l’âge et la taille nécessitaient des précautions particulières pour son transport.

Son arrivée en Côte d’Ivoire devrait donner lieu à des cérémonies traditionnelles d’envergure. Pour les communautés concernées, ce retour est chargé d’une forte dimension émotionnelle. Après plus d’un siècle d’exil, le Djidji Ayokwé retrouve son territoire d’origine. Il réintègre ainsi l’histoire vivante du peuple qui l’a créé. Pour de nombreux responsables culturels et membres de la communauté, il s’agit d’un moment de réparation symbolique. Aussi, d’un pas important vers la réappropriation du patrimoine africain dispersé à travers le monde.

Etienne Dione
Très attaché à l’Afrique Centrale que je suis avec une grande attention. L’Afrique Australe ne me laisse pas indifférent et j’y fais d’ailleurs quelques incursions
Newsletter Suivez Afrik.com sur Google News