Gbagbo accuse le Burkina Faso

Le président ivoirien, Laurent Gbagbo, a désigné nommément le Burkina Faso d’être complice de l’insurrection militaire du 19 septembre. Et déclaré qu’il ne s’opposerait pas au départ de son principal adversaire, Alassane Ouattara, de Côte d’Ivoire.

Pour Laurent Gbagbo, il ne fait plus aucun doute de la complicité,  » ne serait-ce que passive « , du Burkina Faso avec les mutins qui contrôlent le nord de la Côte d’Ivoire depuis le 19 septembre.  » Moi, si on me dit qu’un banquier a fui la Côte d’Ivoire et qu’il habite une villa à Ouagadougou, je comprends. Mais quand on me dit qu’un caporal a fui l’armée ivoirienne et qu’il habite une villa à Ouagadougou, je comprends un peu moins. C’est évident qu’ils (les déserteurs) étaient logés, entretenus par le pouvoir burkinabé. C’est évident. Nous le savions depuis longtemps « , a déclaré, dans un entretien à l’AFP, le président ivoirien.

Culpabilité passive

C’est la première fois que Laurent Gbagbo s’en prend publiquement et directement à son homologue et voisin Blaise Compaoré. Immédiatement, un démenti catégorique est parvenu de Ouagadougou.  » Nous n’avons absolument rien à voir avec cette rébellion. C’est facile de nous accuser, nous n’avons rien à voir avec ce problème ivoiro-ivoirien. D’ailleurs, les soldats mutins ont eux-mêmes reconnu que le Burkina n’est mêlé ni de près ni de loin à leur mouvement « , s’emporte le ministre burkinabè de la Sécurité, Djibrill Bassolé.

Les relations entre les deux pays n’ont pas cessé de se détériorer depuis l’accession au pouvoir de Laurent Gbagbo, il y a deux ans. La presse ivoirienne, proche du gouvernement, mène depuis le début de l’insurrection une compagne virulente contre le président burkinabè.

Outtara, la pomme de discorde

Le président ivoirien règle ses comptes. Il s’en prend aussi à son principal opposant, Alassane Outtara, réfugié à l’ambassade française depuis le début des événements, qu’il accuse à demi-mots d’être responsable de l’insurrection. C’est, selon lui,  » une pomme de discorde  » entre Paris et Abidjan.

 » Les Français ont fait tout ce qu’ils pouvaient faire. Je leur en suis très reconnaissant. Mais je ne souhaite pas qu’Alassane Ouattara étant à l’ambassade, cela crée des problèmes franco-ivoiriens. Je ne laisserai pas développer cela. Je vais prendre les contacts nécessaires, et au plus tard samedi, nous aurons pris une décision « , dit-il à l’AFP. S’adressant à la presse ivoirienne, son discours est moins nuancé. Au SoirInfo, il laisse entendre que des proches de Ouattarra sont impliqués dans la mutinerie. Pourtant, il avoue ne  » pas être opposé  » à ce que son adversaire quitte la Côte d’Ivoire. Un laissez-passer qui ressemble à une expulsion.

La France trompée

Laurent Gbagbo reproche à la France de ne pas l’aider suffisamment militairement alors qu’elle le soutient politiquement. Interrogé par Soir Info pour savoir s’il en avait discuté avec le président français, Jacques Chirac, il répond  » oui, par deux fois. Mais il m’a tenu un langage là encore erroné. Si on lui dit, à son réveil, que des insurgés venus de la frontière italienne occupent Marseille et Lyon, quel sera son premier réflexe? Libérer ces villes, et non négocier avec les assaillants « .

Les déclarations de Laurent Ggbagbo risquent de rendre encore plus difficiles les négociations de la Cédeao (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest). Le Burkina Faso et le Mali, qui en font partie, sont déjà en froid avec l’homme fort d’Abidjan.