Bank of Kigali rejoint le réseau chinois CIPS


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CIPS Rwanda Chine
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La principale banque commerciale rwandaise, Bank of Kigali, est devenue participante directe au système chinois CIPS, qui permet le règlement de paiements transfrontaliers en renminbi. Une évolution d’abord commerciale, alors que la Chine est devenue le premier partenaire du Rwanda pour ses importations comme pour ses exportations, mais qui intervient aussi dans un contexte de recomposition des relations financières internationales.

La banque rwandaise Bank of Kigali a rejoint comme participante directe le Cross-Border Interbank Payment System (CIPS), l’infrastructure chinoise destinée à faciliter la compensation et le règlement des transactions internationales en renminbi.

L’accord a été signé le 8 septembre 2026 à Xiamen, en Chine, à l’occasion d’un événement organisé par CIPS. Bank of Kigali devient ainsi la première banque basée au Rwanda, mais également, selon les informations publiées à Kigali, la première banque basée en Afrique de l’Est et centrale à rejoindre directement le dispositif.

Concrètement, cette connexion doit permettre à la banque de traiter certaines transactions en monnaie chinoise plus directement, en réduisant le nombre d’intermédiaires nécessaires aux paiements entre entreprises rwandaises et chinoises. Le Rwanda ajoute ainsi un nouveau circuit à son infrastructure financière internationale, sans pour autant remplacer le dollar par le yuan du jour au lendemain.

La Chine, désormais incontournable pour le Rwanda

Cette évolution accompagne surtout la progression spectaculaire des échanges commerciaux entre Kigali et Pékin. Au premier trimestre 2026, la Chine représentait 26,7 % des importations rwandaises, soit environ 355,5 millions de dollars, selon l’Institut national des statistiques du Rwanda (NISR). Elle constituait parallèlement la première destination des exportations domestiques rwandaises, avec près de 95 millions de dollars, soit 25,8 % du total.

La tendance s’est poursuivie au deuxième trimestre et les dernières statistiques publiées en septembre montrent que la Chine demeure à la fois la première destination des exportations rwandaises et le premier pays d’origine de ses importations.

Pour les entreprises concernées, l’existence d’un accès direct à CIPS peut donc avoir un intérêt très concret en permettant à certains importateurs de payer leurs fournisseurs chinois en renminbi et faciliter, dans l’autre sens, les règlements destinés aux exportateurs rwandais. Elle s’inscrit aussi dans la volonté chinoise d’encourager progressivement l’utilisation internationale de sa monnaie.

Pas encore une « dédollarisation »

Il serait néanmoins excessif d’y voir la preuve d’une sortie du Rwanda de la sphère du dollar. CIPS est essentiellement destiné aux transactions en renminbi et ne remplace pas l’ensemble des infrastructures financières internationales occidentales. De nombreuses transactions effectuées dans son environnement continuent d’ailleurs à utiliser les services de messagerie financière internationaux.

Pour Bank of Kigali, l’enjeu immédiat reste de disposer d’une liaison supplémentaire avec l’un de ses principaux partenaires commerciaux. Mais l’opération contribue malgré tout à une évolution plus large. Plusieurs pays africains cherchent désormais à diversifier les monnaies et les infrastructures utilisées pour régler leur commerce international, notamment lorsque leurs échanges avec la Chine deviennent suffisamment importants pour justifier l’utilisation directe du renminbi.

Une décision dans un contexte délicat avec Washington

Le calendrier de cette adhésion lui donne néanmoins une dimension supplémentaire car les relations entre Kigali et Washington ont été compliquées en 2026 par le dossier du conflit à l’est de la République démocratique du Congo. Le 2 mars, le Trésor américain a sanctionné la Rwanda Defence Force (RDF) ainsi que quatre de ses hauts responsables, accusant l’armée rwandaise de soutenir et de combattre aux côtés du M23.

Le 25 juin, Washington a également sanctionné Gasabo Gold Refinery, basée à Kigali, ainsi qu’un réseau de personnes et d’entités que le Trésor américain accuse d’avoir participé au transfert et au raffinage d’or extrait dans des zones de l’est congolais contrôlées par le RDF et le M23.

Ces décisions n’ont toutefois pas interrompu les efforts diplomatiques américains dans la région. Elles montrent surtout que Kigali cherche à développer simultanément plusieurs partenariats économiques et financiers, sans dépendre exclusivement d’un seul circuit international.

Les prémices d’un changement stratégique ?

L’entrée de Bank of Kigali dans CIPS ne suffit pas, à elle seule, à conclure à un basculement du Rwanda vers la Chine ou à une stratégie de dédollarisation. Elle révèle surtout un changement plus progressif car à mesure que la Chine devient un partenaire commercial majeur du Rwanda, les infrastructures financières utilisées par les deux pays commencent elles aussi à se rapprocher.

Le véritable indicateur sera désormais l’utilisation effective de ce nouveau canal. Selon CIPS, l’Afrique ne comptait, à la mi-2026, qu’environ 103 participants indirects au système, pour une poignée seulement de participants directs, à l’image de Standard Bank en Afrique du Sud, un cercle restreint que Bank of Kigali vient rejoindre.

Faustin Kabanza
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Faustin Kabanza est penseur et chroniqueur engagé, particulièrement attentif aux questions sociopolitiques, intellectuelles et humaines liées à l’Afrique, notamment à l’Afrique centrale. Linguiste et éducateur spécialisé de formation, il s’intéresse à la transmission du savoir et aux dynamiques culturelles et sociales du continent
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