Au Mali, ravitailler Bamako en carburant devient une opération militaire


Lecture 4 min.
Une station-service
Des pompes dans une station-service

Au lever du jour ce lundi 1er juin, 756 camions-citernes ont fait leur entrée dans la capitale malienne sous escorte sécuritaire. Selon les autorités, ces véhicules chargés de carburant sont arrivés dans les différentes aires de stationnement de la ville, dans ce qui apparaît comme une nouvelle opération logistique de grande ampleur.

L’arrivée de plus de 756 camions chargés de carburant à Bamako, ce lundi, vient soulager quelque peu les peines des populations de la capitale malienne. En effet, depuis plusieurs semaines, les files d’attente s’allongeaient devant les stations-service de Bamako. Certains automobilistes passaient des heures à rechercher du carburant, tandis que les prix ont fortement augmentés sur le marché parallèle. Cette situation alimentait les inquiétudes des ménages, des transporteurs et des opérateurs économiques.

Un approvisionnement sous haute sécurité

Selon la Direction générale du commerce, de la consommation et de la concurrence (DGCC), le convoi a bénéficié d’une escorte nocturne assurée par les Forces de défense et de sécurité maliennes. L’opération a mobilisé plusieurs services de l’État, notamment les douanes, la police nationale et les autorités chargées du contrôle commercial. L’objectif était double : sécuriser le transport du carburant jusqu’à Bamako et accélérer son acheminement vers les stations-service afin d’éviter une aggravation de la pénurie.

Dès leur arrivée, des dispositifs ont été mis en place pour faciliter le déchargement et la redistribution des produits pétroliers vers les différents points de vente de la capitale et des régions. Pour de nombreux usagers vivant dans certains quartiers de Bamako, cette opération constitue un signal rassurant après plusieurs jours marqués par l’incertitude.

Quand une opération ordinaire devient un exploit

L’approvisionnement de la capitale en carburant n’est pas en soi une opération extraordinaire. Mais il devient un exploit dans le contexte malien où le JNIM cherche à verrouiller les axes d’approvisionnement de Bamako, rendant périlleux son approvisionnement en carburant depuis plusieurs mois. Le plan du groupe terroriste consiste à multiplier les attaques contre les axes routiers stratégiques reliant la capitale au reste du pays. Ses principales cibles sont les convois de marchandises, les camions de transport et les infrastructures logistiques dans plusieurs régions du centre et de l’ouest du Mali. Cette pression sécuritaire a progressivement compliqué l’acheminement des biens essentiels vers Bamako.

De nombreux observateurs évoquent même une forme de blocus économique exercé autour de la capitale. Sans contrôler directement la ville, les groupes terroristes cherchent à perturber les flux commerciaux, à renchérir le coût du transport, à fragiliser l’activité économique et, à terme, fragiliser le régime de Transition. Les camions-citernes sont devenus des cibles particulièrement sensibles. Au cours des derniers mois, plusieurs d’entre eux ont été attaqués, incendiés ou détournés sur les routes maliennes.

Un test pour les autorités de la Transition

Pour le gouvernement de Transition dirigé par le général Assimi Goïta, l’opération d’approvisionnement de ce lundi constitue également un test de crédibilité. Face à une population confrontée à de multiples difficultés économiques et sécuritaires, la capacité de l’État à garantir l’accès aux produits de première nécessité passe pour un enjeu politique majeur. L’arrivée de ce convoi exceptionnel permet aujourd’hui aux autorités d’afficher leur réactivité et leur capacité de mobilisation. Mais au-delà de cette réponse d’urgence, le défi demeure celui de la sécurisation durable des corridors d’approvisionnement qui alimentent Bamako.

Car s’il est vrai que les camions-citernes ont cette fois réussi à atteindre leur destination, la bataille pour maintenir ouvertes les routes économiques du Mali est loin d’être terminée. Du côté des habitants de la capitale malienne, l’espoir est désormais que cette bouffée d’oxygène se traduise rapidement par un retour à la normale dans les stations-service et, plus largement, par une amélioration durable des conditions d’approvisionnement du pays.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
Newsletter Suivez Afrik.com sur Google News