
Ils étaient près de 240, entassés sur une pirogue fragile, à dériver entre espoir et désespoir au large des côtes sénégalaises. Après plusieurs jours d’angoisse en mer, leur périple s’est brutalement interrompu à quelques milles de Dakar, lorsque la marine nationale est intervenue in extremis.
A Dakar.
Une nouvelle tentative de migration irrégulière par voie maritime a failli se solder par un drame au large des côtes sénégalaises. Une embarcation de fortune transportant près de 240 migrants ouest-africains a été secourue à une dizaine de milles nautiques au sud du Cap Manuel, après plusieurs jours d’errance en mer. L’intervention rapide de la marine nationale sénégalaise a permis d’éviter le pire.
Selon les autorités sénégalaises chargées de la lutte contre le trafic de migrants, la pirogue transportait exactement 238 personnes, issues de sept pays d’Afrique de l’Ouest. Les ressortissants guinéens constituaient le contingent le plus important, avec plus de la moitié des passagers, dont des femmes et de nombreux enfants. À leurs côtés se trouvaient des Sénégalais, des Gambiens, mais aussi des Maliens, des Ghanéens, des Ivoiriens et des Sierra-Léonais, preuve du caractère transnational de ces flux migratoires.
Abandonnés en pleine mer, sans moyen de propulsion
D’après les premiers éléments de l’enquête, l’embarcation aurait quitté la localité de Djinack, en Gambie, dans la nuit du 5 au 6 décembre 2025. Comme de nombreuses pirogues engagées dans la route atlantique, elle visait probablement les îles Canaries, porte d’entrée vers l’Europe pour des milliers de candidats à l’exil. Après plusieurs jours de navigation précaire, le bateau aurait atteint les eaux mauritaniennes avant de subir une grave avarie : les moteurs se seraient détachés, rendant toute progression impossible.
La situation a basculé lorsque le capitaine présumé a quitté l’embarcation en compagnie d’une femme malade et de son enfant, affirmant qu’il reviendrait avec de nouveaux moteurs. Il ne donnera plus jamais signe de vie. Abandonnés en pleine mer, sans moyen de propulsion et avec des vivres limités, les passagers ont dû compter sur leur téléphone pour lancer un appel de détresse. Alertée, la marine sénégalaise a localisé la pirogue et procédé à l’évacuation de ses occupants.
Naufrage au large des côtes tunisiennes
Neuf migrants, dont trois mineurs, affaiblis par la faim, la déshydratation ou des complications médicales, ont été pris en charge et transférés dans un hôpital de Dakar. Les autres ont été remis aux services compétents pour audition. Dix membres présumés de l’équipage ont été interpellés et placés en garde à vue, tandis que la majorité des migrants, notamment guinéens, ont été relâchés après vérification de leur identité.
Cet incident rappelle de nombreux épisodes tragiques survenus ces dernières années sur les routes migratoires africaines. En 2020, plus de 140 migrants avaient péri au large du Sénégal après le chavirement de deux pirogues parties de Mbour à destination des Canaries. En 2023, un naufrage au large des côtes tunisiennes avait causé la mort de dizaines de ressortissants subsahariens, tandis qu’en Libye et au Maroc, des embarcations surchargées ont régulièrement sombré, souvent sans laisser de survivants.
Appel à lutter contre les réseaux criminels
Malgré les dangers évidents, la route atlantique reste l’une des plus empruntées. Selon les organisations internationales, des milliers de migrants continuent de risquer leur vie chaque année, poussés par la pauvreté, l’instabilité politique, le chômage ou encore les effets du changement climatique. Les réseaux de passeurs exploitent cette détresse, promettant des traversées rapides vers l’Europe, au mépris total de la sécurité humaine.
Les autorités sénégalaises appellent une nouvelle fois à la vigilance et à la coopération régionale pour lutter contre ces réseaux criminels. Elles insistent également sur la nécessité de renforcer les politiques de développement et de sensibilisation, afin d’offrir des alternatives crédibles à une jeunesse tentée par l’exil à tout prix.





