Naufrage de Sénégalais et Gambiens en Mauritanie : drame humain sur fond d’espoir migratoire


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Naufrage migrants
Naufrage migrants

Alors que les projecteurs médiatiques se détournent rapidement, la mer continue d’engloutir des vies. Le naufrage survenu au large de la Mauritanie le 27 août 2025 rappelle avec brutalité l’ampleur du drame migratoire en Afrique de l’Ouest. Cette tragédie, qui a coûté la vie à des dizaines de personnes, met en exergue l’impasse dans laquelle se trouvent des milliers de jeunes poussés à l’exil. Elle soulève une question lancinante : combien faudra-t-il encore de morts pour qu’émergent des réponses politiques durables face aux causes profondes de ces départs désespérés ?

Au large des côtes mauritaniennes, un nouveau drame vient s’ajouter à la longue liste des tragédies liées à l’émigration clandestine. Le 27 août 2025, une pirogue transportant environ 160 personnes a chaviré, provoquant la mort d’au moins 69 migrants et laissant plusieurs dizaines de disparus. Derrière les chiffres froids, c’est toute une réalité humaine, sociale et géopolitique qui refait surface : celle de l’exil désespéré, des routes migratoires mortelles et de l’inaction régionale.

La pirogue avait quitté la Gambie six jours plus tôt, avec à son bord des passagers originaires de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, principalement du Sénégal et de la Gambie. Leur objectif ? Rejoindre l’Europe, via les îles Canaries. Une route bien connue, mais de plus en plus dangereuse.

Une tragédie de plus dans un silence devenu banal

Le moteur de l’embarcation tombe en panne au large de la Mauritanie. Un passeur, contacté par téléphone, envoie un bateau de secours depuis la Mauritanie. Mais lors du transfert du moteur, la panique s’empare des passagers. Ils se ruent vers la pirogue venue les secourir, provoquant le chavirement du bateau. Le bilan est lourd : seuls 17 hommes survivent après avoir nagé pendant plus d’une heure pour atteindre la côte. Les autres sont portés disparus ou retrouvés morts.

La scène est glaçante. Des corps rejetés par la mer jonchent la plage près du port de Tanit, à quelque 80 kilomètres au nord de Nouakchott. Une vidéo diffusée sur les réseaux montre une dizaine de cadavres éparpillés, tandis que des papiers d’identité retrouvés sur place confirment l’origine sénégalaise de certaines victimes. Ce naufrage n’est pas un cas isolé. Depuis juin, au moins 812 personnes ont été secourues dans les eaux mauritaniennes, selon des sources proches des secours.

Une route migratoire toujours plus périlleuse

Ces tentatives répétées de traversée témoignent de l’ampleur du phénomène et du désespoir des candidats à l’exil. Depuis une dizaine d’années, la route des côtes ouest-africaines vers les Canaries est devenue l’un des principaux axes migratoires vers l’Europe. Moins surveillée que la Méditerranée centrale, cette voie attire de plus en plus de migrants subsahariens, malgré ses nombreux dangers.

En 2024, un record avait été atteint en termes d’arrivées sur les côtes espagnoles. Mais les chiffres sont en baisse en 2025. D’après le ministère espagnol de l’Intérieur, 11 883 personnes ont atteint les Canaries par voie maritime entre janvier et août, contre 22 304 à la même période en 2024, soit une baisse de près de 47%. Un recul relatif qui ne traduit pas forcément une diminution des tentatives, mais plutôt un renforcement des contrôles ou une hausse du nombre de naufrages.

Pourquoi risquer sa vie pour l’Europe ?

La question revient sans cesse : pourquoi tant de jeunes prennent-ils la mer, au péril de leur vie ? Les réponses sont multiples, mais convergent vers un même constat : l’absence de perspectives. Chômage endémique, pauvreté, instabilité politique, insécurité, ou encore volonté d’aider financièrement la famille restée au pays poussent de nombreux jeunes à tenter leur chance ailleurs.

Pour ces candidats à l’exil, l’Europe est perçue comme une terre de promesses, d’opportunités. Même si les réalités sont souvent bien différentes une fois la destination atteinte, pour ceux qui survivent, le rêve d’un avenir meilleur suffit à motiver des départs de plus en plus lointains, parfois depuis la Guinée, la Côte d’Ivoire, ou le Mali.

Une réponse politique encore timide

Face à ces tragédies, la réaction des autorités africaines et européennes reste largement insuffisante. Si certaines initiatives de coopération existent, comme les opérations conjointes de surveillance maritime ou les programmes de développement local pour décourager les départs, elles peinent à produire des résultats tangibles.

Les pays de départ pointent du doigt la responsabilité des pays d’accueil, et inversement. En attendant, ce sont les migrants qui paient le prix de cette inertie diplomatique. Le manque de voies légales de migration et l’absence de véritables politiques de développement inclusif entretiennent un cercle vicieux de départs clandestins.

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Une plume qui balance entre le Sénégal et le Mali, deux voisins en Afrique de l’Ouest qui ont des liens économiques étroits
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