Affaire Gims : derrière le milliard d’euros suspect, la piste marocaine


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Gims
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Le réseau de blanchiment sur lequel enquête la justice française aurait fait transiter plus d’un milliard d’euros depuis 2014. Gims en reste le nom le plus connu, mais une source policière désigne désormais un promoteur franco-marocain installé à Marrakech, L A S comme « l’homme-clé » présumé du dispositif, ce que son avocat conteste. Le dossier met aussi en lumière les relais économiques et institutionnels que le chanteur s’était constitués au Maroc.

Lorsque Gims a été interpellé à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, le 25 mars dernier, l’affaire se limitait à celle d’une star française soupçonnée d’avoir placé de l’argent sale dans la pierre. Six mois plus tard, son centre de gravité s’est nettement déplacé vers le Maroc.

Les éléments de l’enquête rapportés mercredi 30 septembre par l’AFP changent l’échelle du dossier et dévoilent des ramifications multiples. Le réseau aurait blanchi plus d’un milliard d’euros depuis 2014, alors que les premières estimations portaient sur quelque 300 millions entre 2019 et 2025. Plus de 2 000 entreprises auraient viré des fonds, sur la base de fausses factures, vers une cinquantaine de sociétés « blanchisseuses » tenues par des prête-noms. L’argent rebondissait ensuite sur d’autres structures en Europe, en Chine et en Inde afin d’en brouiller la trace. Vingt-deux personnes ont été mises en examen à ce jour, parmi lesquelles deux policiers soupçonnés de corruption.

Gims, de son vrai nom Gandhi Djuna, a lui-même été mis en examen le 27 mars pour blanchiment en bande organisée et placé sous contrôle judiciaire. Les enquêteurs le soupçonnent d’avoir utilisé des fonds d’origine illicite pour des investissements immobiliers à l’étranger. Il conteste les faits et demeure présumé innocent.

Un l’homme-clé présumé du réseau

Le nom qui revient avec le plus d’insistance n’est désormais plus celui du chanteur d’origine congolaise. Une source policière citée par l’AFP présente LAS, promoteur immobilier franco-marocain installé à Marrakech depuis plus de dix ans, comme « l’homme-clé » du réseau. Les enquêteurs lui prêtent un rôle dans la collecte des fonds et la création de sociétés écrans. Il aurait aussi mis le réseau en relation avec des intermédiaires au Moyen-Orient pour organiser des systèmes de compensation, un procédé qui permet de solder des dettes d’un pays à l’autre sans virement direct.

Son avocat, Me Jérémie Assous, proche de  d’Éric Dupond-Moretti, affirme que son client « conteste intégralement les fonctions et le rôle que lui attribue l’accusation ». Celui qui fut aussi l’avocat de Gérard Depardieu fait valoir que l’homme d’affaires emploie plus de 700 personnes au Maroc.

Reste que selon le parquet national anticriminalité organisée (Pnaco), LAS a été convoqué à plusieurs reprises par les juges d’instruction parisiens sans jamais se présenter, alors que les magistrats se disent « très enclins à recueillir ses déclarations ». Une nouvelle convocation lui a été adressée pour une audition dans les prochaines semaines. Me Assous assure de son côté que son client « a d’ailleurs fait part, à plusieurs reprises, de sa volonté d’échanger avec les juges » et il est donc possible que cette fois ci, il réponde à la convocation.

Sunset Village, le projet immobilier de Gims à Marrakech au cœur des soupçons

Gims vit à Marrakech depuis le début des années 2010 et y a développé, en marge de sa carrière musicale, des activités que les enquêteurs examinent aujourd’hui de près.

Dès 2019, Gims s’était associé à Moulay Lakbir Alaoui Ismaili, patron de Lamalif Group, pour créer Lamalif Afrique, avec l’ambition de développer des projets d’urbanisme et d’infrastructures en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Mali ou au Tchad. Les deux hommes avaient notamment effectué ensemble une tournée de prospection à Abidjan et rencontré plusieurs hauts responsables ivoiriens.

Lamalif est parallèlement devenu partenaire de Stars in The Place, le grand concert gratuit organisé autour de Gims à Marrakech. Les éditions de 2019 puis 2022 ont été placées sous le Haut Patronage de Mohammed VI. Le directeur artistique et proche collaborateur de Gims, Youssef Aarab, apparaît régulièrement dans cette implantation marocaine de l’artiste.

Gims et Sunset Village Private Residences

Le projet le plus visible s’appelle Sunset Village Private Residences. Annoncé en juin 2024, il prévoit 118 villas haut de gamme sur 13 hectares, route d’Amizmiz, à une dizaine de minutes du centre de Marrakech, autour d’un lagon artificiel de 3 000 m² complété d’un spa, d’équipements sportifs et d’un club-house. L’investissement annoncé atteint un milliard de dirhams, soit près de 100 millions d’euros. En février 2026, selon Médias24, la première tranche était vendue et la deuxième l’était à 85 %, avec des villas proposées à partir de 6,5 millions de dirhams. Le développement est assuré par Horizon Morocco, société à laquelle Médias24 rattache LAS.

Au lancement, Gims apparaissait comme la vitrine du programme. Il se disait impliqué dans sa conception et ses choix architecturaux, et le présentait comme « [sa] manière de rendre à une ville qui [lui] a tant donné ». Les versions ont changé depuis son interpellation. En garde à vue, le chanteur a soutenu n’avoir signé qu’un simple « contrat d’image ». LAS tient le même discours : « Tout est à moi, Gims n’a pas mis d’argent », a-t-il déclaré au Desk. L’écart entre la communication de 2024 et ces déclarations fait partie de ce que les juges cherchent à éclaircir, au même titre que l’origine des fonds qui ont financé le programme.

D’après le Desk, LAS est également visé par une enquête au Maroc. Le média indique  maricain indique que sa holding Yfnin Bears chapeaute ses investissements marocains et plusieurs structures liées aux projets immobiliers auxquels l’image de Gims a été associée. Les annonces légales marocaines permettent de retrouver son nom dans plusieurs sociétés détenues par cette holding.

Gims et Mohammed VI : une proximité affichée, aucune mise en cause

Gims est souvent décrit comme « très proche du souverain marocain », et le chanteur a lui-même évoqué dans Paris Match ses liens d’amitié avec Mohammed VI. Cette proximité a contribué à l’installer dans le paysage mondain et institutionnel du royaume.

L’enquête se concentre désormais sur d’autres questions : l’origine des fonds qui ont permis à LAS de financer ses projets, et l’identité des bénéficiaires réels des sociétés qui gravitent autour de sa holding. Son audition annoncée par le Pnaco, si elle a lieu, sera la première occasion pour les juges parisiens de l’interroger directement.

Zainab Musa
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Zainab Musa est une journaliste collaborant avec afrik.com, spécialisée dans l'actualité politique, économique et sociale du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest. À travers ses enquêtes approfondies et ses analyses percutantes, elle met en lumière des sujets sensibles tels que la corruption, les tensions géopolitiques, les enjeux environnementaux et les défis de la transition énergétique. Ses articles traitent également des évolutions sociétales et culturelles, notamment à travers des reportages sur les figures influentes du Maroc et de l’Algérie. Son approche rigoureuse et son regard critique font d’elle une voix incontournable du journalisme africain francophone.
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