
Le 39e sommet de l’Union africaine s’ouvre à Addis-Abeba dans un climat de fortes tensions régionales. Conflits armés, transitions politiques et rivalités diplomatiques dominent l’agenda des chefs d’État. La prise de fonction du Burundais Evariste Ndayishimiye intervient dans un contexte d’urgence sécuritaire. L’organisation panafricaine doit désormais prouver sa capacité à préserver l’unité du continent.
Le siège de l’Union africaine à Addis-Abeba a retrouvé, ce samedi 14 février, l’effervescence des grands jours. Une cinquantaine de chefs d’État et de gouvernement se sont réunis en Éthiopie pour l’ouverture du 39e sommet de l’organisation panafricaine. Si le protocole reste inchangé, l’atmosphère est lourde.
Entre les murs du centre de conférences, le constat est partagé par tous : le continent traverse une zone de turbulences inédite, marquée par une accumulation de crises sécuritaires, politiques et diplomatiques qui mettent à rude épreuve la solidarité continentale.
Un passage de témoin dans un climat d’urgence
La cérémonie d’ouverture a été marquée par une succession de discours forts. Le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a accueilli ses pairs aux côtés de Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’UA. Ce sommet consacre également un changement de leadership : l’Angolais Joao Lourenço cède la présidence tournante au Burundais Evariste Ndayishimiye. Ce dernier hérite d’un agenda saturé.
La présence exceptionnelle de la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, venue promouvoir des investissements européens, rappelle que l’Afrique demeure au centre des convoitises internationales, alors même qu’elle peine à stabiliser ses propres foyers de tension.
Des foyers de tension qui s’enlisent
Les dossiers les plus brûlants concernent la sécurité régionale. Dans l’est de la République démocratique du Congo, malgré la multiplication des médiations à Washington ou Doha, la paix semble encore lointaine. Le sommet devrait se contenter d’encourager les initiatives existantes sans proposer de rupture majeure. Au Soudan, la situation est encore plus complexe en raison de l’internationalisation du conflit.
Les ingérences extérieures et la question de la réintégration du gouvernement du général Al-Burhan divisent les États membres. Plus au sud, le Soudan du Sud replonge dans les affres de la guerre entre les forces de Salva Kiir et de Riek Machar, forçant l’UA à s’interroger sur l’échec manifeste du gouvernement d’union nationale.
L’épineuse question des transitions militaires et du Sahara
Le Sahel reste un point de fracture majeur. Les pays de l’Alliance des États du Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso) maintiennent leur position ferme, loin d’un retour à l’ordre constitutionnel. Face à cette impasse, le sommet n’a d’autre choix que de confirmer leur suspension tout en misant sur la médiation du nouveau président burundais.
Par ailleurs, le dossier du Sahara occidental continue de peser sur la cohésion de l’organisation. Entre le plan d’autonomie marocain et la reconnaissance limitée de la République arabe sahraouie démocratique au sein même de l’UA, l’équation diplomatique reste une source de tensions latentes.
Un nouveau Conseil de paix et de sécurité pour demain
Malgré l’ampleur des défis, le sommet doit valider des avancées institutionnelles. Les chefs d’État entérineront la nouvelle composition du Conseil de paix et de sécurité. Avec l’arrivée de nouveaux membres comme le Bénin, le Maroc ou l’Afrique du Sud, et la réélection de pays comme la Côte d’Ivoire ou la RDC, l’organe décisionnel espère gagner en efficacité.
Toutefois, au regard de la complexité des sujets traités, les observateurs s’accordent à dire que ce 39e sommet sera davantage celui de la concertation que celui des décisions historiques.




