
Devant les députés éthiopiens, le Premier ministre Abiy Ahmed a publiquement mis en cause l’Érythrée pour des « massacres de masse » et des pillages commis durant la guerre du Tigré entre 2020 et 2022. C’est la première fois que le chef du gouvernement accuse aussi directement son ancien allié de crimes de guerre. Ces déclarations rompent avec des années de coopération militaire entre Addis-Abeba et Asmara face aux rebelles tigréens.
Elles ravivent aujourd’hui de fortes tensions régionales, sur fond de fragilisation durable de la Corne de l’Afrique.
Des révélations fracassantes sur les atrocités au Tigré
C’est la première fois que le prix Nobel de la paix 2019 pointe aussi directement la responsabilité d’Asmara dans les crimes de guerre commis sur le sol éthiopien. Selon Abiy Ahmed, les troupes érythréennes auraient procédé à des exécutions à grande échelle dans la ville sainte d’Axoum. Le chef du gouvernement a également détaillé des scènes de désolation à Adoua et Adigrat, où des usines auraient été démantelées, des équipements pillés et des produits pharmaceutiques détruits. Ces accusations font écho aux rapports des organisations de défense des droits humains. Depuis des années, celles-ci documentent l’usage systématique du viol et des exécutions sommaires durant ce conflit qui a coûté la vie à au moins 600 000 personnes.
La réplique cinglante d’Asmara
La réaction de l’Érythrée ne s’est pas fait attendre. Le ministre érythréen de l’Information, Yemane Gebremeskel, a vivement rejeté ces propos, les qualifiant de « mensonges mesquins et méprisables ». Les autorités érythréennes pointent une contradiction flagrante dans le discours d’Addis-Abeba. Elles rappellent que le haut commandement militaire éthiopien couvrait d’éloges les officiers érythréens pendant et après les combats. Pour le président Isaias Afwerki, au pouvoir depuis 1993, ces allégations ne sont que de la « désinformation » visant à masquer les propres manquements de l’Éthiopie dans l’application de l’Accord de Pretoria, le traité de paix signé en novembre 2022.
Un spectre de guerre totale plane sur la région
Au-delà des joutes verbales, la situation sur le terrain est alarmante. Les tensions se sont cristallisées autour de deux points majeurs : l’accès de l’Éthiopie à la mer Rouge via le port d’Assab et le maintien des troupes érythréennes dans les zones frontalières. La semaine dernière, des combats ont repris dans l’ouest du Tigré et dans la région de l’Afar, entraînant une suspension des vols intérieurs pendant cinq jours.
L’ironie tragique de l’histoire réside dans le fait que l’Érythrée est désormais accusée par l’Éthiopie de s’être rapprochée de ses anciens ennemis du TPLF pour préparer une nouvelle offensive. Alors que les deux voisins se sont déjà affrontés dans une guerre frontalière meurtrière entre 1998 et 2000, la communauté internationale observe avec effroi ce retour aux hostilités entre deux pays qui détiennent les clés de la stabilité de toute la Corne de l’Afrique.




