
La rencontre entre le président du Conseil togolais, Faure Essozimna Gnassingbé, et le président de la Commission de l’Union africaine (UA), Mahmoud Ali Youssouf, tenue le 15 janvier 2026 à Lomé, marque une étape stratégique dans la relance des efforts africains pour mettre fin à la guerre persistante dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
Au-delà du symbole diplomatique, cet échange révèle une volonté affirmée de l’Union africaine de reprendre l’initiative politique sur un conflit enlisé, aux ramifications régionales complexes.
Lomé, nouveau centre du jeu diplomatique africain
À deux jours d’une réunion de haut niveau consacrée à la paix en RDC, Lomé s’impose comme une plateforme centrale de concertation africaine. La capitale togolaise rejoint ainsi Luanda dans le cercle restreint des capitales où se joue l’avenir diplomatique de la crise congolaise. Cette montée en puissance n’est pas fortuite : elle découle directement de la désignation de Faure Gnassingbé comme médiateur de l’UA, succédant à l’Angolais João Lourenço.
En recevant le président de la Commission de l’UA et l’ensemble du Panel des facilitateurs, le Togo confirme son rôle de pivot dans la recomposition des processus de paix, à un moment où Les combats se poursuivent dans l’est de la RDC entre les forces gouvernementales et la rébellion de l’AFC/M23. Cette dernière est accusée par l’ONU d’être soutenue par le Rwanda..
Un message central : mettre fin à la dispersion des médiations
L’un des principaux enseignements de cette rencontre réside dans l’insistance sur la cohérence des initiatives de paix. Depuis plusieurs années, la crise congolaise est traitée à travers une multiplicité de cadres : le processus de Luanda, de Nairobi, initiatives de la SADC, de l’EAC, sans oublier les médiations internationales. Cette fragmentation a souvent affaibli l’efficacité des démarches engagées.
À Lomé, Faure Gnassingbé et Mahmoud Ali Youssouf ont clairement affiché leur volonté d’harmoniser ces mécanismes. Le Panel des facilitateurs de l’UA, issu de la fusion des processus de la SADC et de l’EAC, incarne cette ambition : rassembler sous une même architecture politique les différentes tentatives de règlement du conflit, tout en renforçant la confiance entre les parties.
Le poids politique du Panel des facilitateurs
La composition du Panel des facilitateurs souligne l’importance accordée par l’UA à cette phase du processus. Avec des figures telles que Olusegun Obasanjo, Uhuru Kenyatta, Sahle-Work Zewde, Mokgweetsi Masisi ou Catherine Samba-Panza, l’Union africaine mise sur des personnalités à forte légitimité politique et diplomatique.
Leur mission ne se limite pas à une médiation classique. Il s’agit d’un accompagnement de haut niveau visant à soutenir le dialogue politique, faciliter les mesures de confiance et veiller à la mise en œuvre effective des engagements pris par les acteurs du conflit. La rencontre de Lomé a ainsi permis de coordonner les rôles entre le médiateur principal, Faure Gnassingbé, et ce Panel, dans une logique de complémentarité plutôt que de concurrence.
Une diplomatie africaine en quête de crédibilité
La séquence diplomatique de Lomé coïncide avec un moment où les partenaires internationaux – France, États-Unis, Qatar – multiplient également les initiatives. La conférence de Paris d’octobre 2025, qui a promis plus de 1,5 milliard d’euros pour l’aide humanitaire dans la région des Grands Lacs, illustre cette mobilisation globale. Pour l’Union africaine, l’enjeu est clair : démontrer sa capacité à piloter une solution politique propre au continent africain, sans subir l’agenda des puissances extérieures.
En ce sens, la rencontre Gnassingbé-Youssouf apparaît comme un acte de réaffirmation du leadership continental. Elle vise à consolider les acquis, à éviter les doublons diplomatiques et à replacer l’UA au cœur du dispositif décisionnel.
Une attente forte autour de la réunion du 17 janvier
Enfin, cette entrevue prépare le terrain à la réunion de haut niveau prévue le 17 janvier 2026 à Lomé. Celle-ci est attendue comme un moment clé pour relancer la dynamique politique, restaurer un minimum de confiance entre les parties prenantes et donner un nouveau souffle à un processus de paix fragilisé par la persistance des combats sur le terrain.
Si les défis restent immenses, la rencontre entre Faure Gnassingbé et Mahmoud Ali Youssouf envoie un signal politique fort : l’Union africaine entend parler d’une seule voix, coordonner ses outils et assumer pleinement sa responsabilité dans la recherche d’une paix durable à l’est de la RDC. Il appartient désormais à l’organisation africaine, souvent décriée pour son attentisme, de transformer cette convergence diplomatique en résultats concrets sur le terrain congolais.




