
Les lycéens français défilent ce mardi 6 octobre pour la troisième journée nationale d’un mouvement parti de Créteil à la mi-septembre. À la tête de l’Union syndicale lycéenne, Ryad Rani, originaire de Roubaix et fils d’un ouvrier d’origine algérienne, aborde ce rendez-vous visé par des menaces racistes et par des accusations de proximité avec La France insoumise.
Une journée test pour le mouvement
Les premiers blocages ont commencé avant le lever du jour. Vers 7 heures, les lycées Hélène-Boucher et Louis-le-Grand, à Paris, étaient fermés par des élèves, et une vingtaine d’étudiants occupaient la Sorbonne Nouvelle, rapporte Euronews. À Lyon, la police a dispersé des personnes masquées qui bloquaient le passage du tramway.
L’après-midi doit dire si la mobilisation s’essouffle. Le 2 octobre, 735 établissements étaient encore perturbés, environ 30 % de moins que la veille. Cette fois, les syndicats de l’Éducation nationale (FSU, CGT, FO, CFDT, Unsa, Sud, Solidaires) appellent eux aussi à manifester. À Paris, où le cortège quitte la place de la République à 14 heures pour rejoindre la Nation, jusqu’à 40 000 personnes sont attendues, encadrées par 2 000 policiers et gendarmes.
Les élèves réclament le remplacement des professeurs absents, la rénovation de bâtiments vétustes, des classes moins chargées et davantage d’infirmiers et de psychologues scolaires. Reçues le 2 octobre par le ministre Édouard Geffray, les organisations de jeunesse ont obtenu la promesse de remplacements plus rapides dans les classes d’examen et de 300 postes de soignants et d’assistants sociaux inscrits au budget 2027. L’USL a jugé ces mesures très insuffisantes.
Un président élu au printemps
Ryad Rani a pris la présidence de l’USL au printemps, quelques mois avant d’obtenir son baccalauréat. L’organisation, fondée en 2023, se présente comme « antifasciste, écologiste, féministe et collectiviste », selon le Café pédagogique. Son président, 19 ans, a grandi à Roubaix et présente la commune voisine de Wattrelos comme sa « ville de cœur ». Sa mère, française, est morte en début d’année et son père est ouvrier, d’origine algérienne.
Face aux caméras, il se décrit comme un simple relais. « Je ne suis pas une figure, juste un responsable syndical qui fait le levier et porte les revendications lycéennes », a-t-il déclaré au Parisien. Il appelle les manifestants à ne pas chercher l’affrontement avec la police, tout en dénonçant les violences subies par des élèves.
Le procès en politisation
Son engagement électoral nourrit les critiques. En mars, il était troisième sur une liste d’union de la gauche aux municipales de Wattrelos, associant LFI, le PS, le PCF et Génération.s. Gabriel Attal a rappelé qu’il avait effectué un stage auprès d’un député insoumis, en réponse à Jean-Luc Mélenchon qui visait Nathanaël Combary, président de Renouveau lycéen et adhérent de Renaissance, selon BFMTV. Dans son enquête publiée ce mardi, Libération passe en revue les liens des figures lycéennes avec les partis, de LFI aux Républicains.

L’intéressé assure ne pas avoir de carte. « Je ne suis pas encarté dans un parti politique. Je suis syndicaliste », a-t-il déclaré.
Menaces racistes et bilan humain
Le climat des manifestation s’est durci ces derniers jours. À Lens (Pas-de-Calais), un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade près d’un lycée et le procureur de Béthune a saisi l’IGPN. Un élève de 14 ans a perdu la vue d’un œil, possiblement après un tir de LBD, rapporte Euronews, qui recense depuis le début du mouvement 215 élèves, 715 policiers et gendarmes et 85 personnels de l’éducation blessés, ainsi que plus de 6 000 interpellations, dont plus de 5 000 mineurs.
Plusieurs médias font état de menaces de mort et d’insultes racistes adressées au jeune syndicaliste. Les commentaires visent ses origines, alors que ses interventions portent sur les moyens de l’école publique. Un climat délétère vis à vis de l’Algérie attisé sans doute par les médias du groupe Bolloré dans le cadre d’une communication à vocation politique.
La veille, trois buts aux racines algériennes
Lundi soir, les Bleus ont battu la Belgique 4-1 en Ligue des nations, après avoir été menés à la pause sur un but de Dodi Lukebakio. Entrés en seconde période, Désiré Doué, Rayan Cherki et Michael Olise ont renversé le match en un quart d’heure, avec un but de Doué (77e), un de Cherki (81e) et un doublé d’Olise (88e, 90e+1).
Trois de ces quatre buts portent une signature algérienne. La mère de Rayan Cherki a des racines à Biskra et son père des origines judéo-algériennes et italiennes ; la mère de Michael Olise est franco-algérienne. Sur le banc, Zinédine Zidane, fils d’immigrés venus de Kabylie en Algérie, voit son équipe conforter la première place du groupe, devant l’Italie, où la France se rendra en novembre. Le public et les médias français ont largement salué la victoire des Bleus, et personne alors n’a fait référence à leurs origines africaines.




