Zidane sélectionneur des Bleus : 90 ans d’histoire franco-algérienne en équipe de France


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De Mekhloufi à Mbappé en passant par Zidane et Benzema
De Mekhloufi à Mbappé en passant par Zidane et Benzema

La nomination de Zinédine Zidane à la tête de l’équipe de France, officialisée le 28 juillet 2026, donne une nouvelle actualité à une histoire commencée en 1936. D’Ali Benouna aux joueurs de l’équipe du FLN, de Rachid Mekhloufi à Kylian Mbappé, Michael Olise, Rayan Cherki et Maghnes Akliouche, les liens entre l’Algérie et les Bleus se sont noués sous la colonisation, avant d’être rompus par la guerre d’indépendance puis reconstruits par les générations issues de l’immigration.

Zinédine Zidane prend officiellement ses fonctions ce 1er août, avec un contrat courant jusqu’en 2030. Il devient le dix-huitième sélectionneur de l’histoire des Bleus et succède à Didier Deschamps, en poste depuis quatorze ans. Son premier rassemblement est attendu en septembre, pour la reprise de la Ligue des nations.

Il ne faut donc pas encore parler de « son groupe ». Kylian Mbappé, Michael Olise, Rayan Cherki et Maghnes Akliouche, tous liés à l’Algérie par leur histoire familiale, figuraient dans la sélection française pour la Coupe du monde 2026, retenus par son prédécesseur. Mais ces joueurs s’inscrivent dans une histoire datant de 90 ans.

Ali Benouna, premier Algérien chez les Bleus en 1936

Le 9 février 1936, Ali Benouna devient le premier joueur algérien à porter le maillot de l’équipe de France. L’attaquant du FC Sète est titularisé lors d’un match amical perdu face à la Tchécoslovaquie. Il connaît une seconde et dernière sélection quelques semaines plus tard contre la Belgique. Abdelkader Ben Bouali lui succède en 1937. Le défenseur, né à Sendjas, ne dispute qu’un match avec les Bleus, mais fait partie du groupe français retenu pour la Coupe du monde 1938.

Après la Seconde Guerre mondiale, les convocations deviennent plus fréquentes. Le gardien Abderrahmane Ibrir obtient six sélections entre 1949 et 1950. Kader Firoud en compte également six, en 1951 et 1952, avant de devenir l’une des grandes figures du Nîmes Olympique comme joueur puis comme entraîneur. Ahmed Mihoubi joue une rencontre en 1953, tandis que Saïd Brahimi inscrit un but en deux apparitions en 1957.

À cette époque, ces joueurs sont sélectionnés comme citoyens français. L’Algérie est encore sous souveraineté coloniale française. Le déclenchement de la guerre d’indépendance, le 1er novembre 1954, va bouleverser leur situation.

Avril 1958 : des internationaux français rejoignent le FLN

Au printemps 1958, l’équipe de France prépare la Coupe du monde en Suède. Mustapha Zitouni, défenseur de l’AS Monaco, semble assuré d’occuper une place importante dans la sélection. Rachid Mekhloufi, champion de France avec Saint-Étienne, et Abdelaziz Ben Tifour font également partie des internationaux français susceptibles de disputer le tournoi.
mais, dans la nuit du 13 au 14 avril, plusieurs footballeurs professionnels algériens quittent clandestinement la France pour rejoindre Tunis. Neuf joueurs parviennent rapidement en Tunisie, tandis que d’autres décomptes portent le groupe initial à onze ou douze en intégrant notamment Hassen Chabri et Mohamed Maouche, interceptés pendant leur voyage, ainsi que l’entraîneur Mokhtar Arribi.

L’opération est coordonnée par Mohamed Boumezrag, ancien joueur et responsable sportif du FLN. Plusieurs itinéraires sont utilisés afin d’échapper à la surveillance française. Certains joueurs passent par la Suisse et l’Italie, avec un point de ralliement fixé à Rome, avant de gagner Tunis.

La réaction des autorités sportives françaises est immédiate. Le 17 avril, la Ligue suspend les contrats des joueurs ayant abandonné leurs clubs. La Fédération française saisit également la FIFA. L’instance internationale, qui ne reconnaît pas l’équipe du FLN, menace de sanctions les fédérations acceptant de l’affronter.

Les joueurs du FLN

Le premier match de la nouvelle équipe se joue le 3 mai 1958 au stade municipal de Tunis, devant environ 8 000 spectateurs, face à une sélection tunisienne. Les joueurs du FLN l’emportent 5-1, avec un doublé de Saïd Brahimi. Les 9 et 11 mai suit un tournoi réunissant l’Algérie, la Tunisie, le Maroc et la Libye.

Pendant quatre ans, l’équipe multiplie les tournées au Maghreb, en Europe de l’Est, au Moyen-Orient et en Asie. Les décomptes divergent fortement selon les sources : 62 rencontres officielles pour certaines, 83 ou 91 pour d’autres. Les résultats sportifs comptent, mais la mission est d’abord diplomatique. À chaque déplacement, l’équipe défend l’idée d’une nation algérienne indépendante, plusieurs années avant sa reconnaissance officielle.

Privée de Mekhloufi, Zitouni et Ben Tifour, la France atteint néanmoins les demi-finales de la Coupe du monde 1958 et termine à la troisième place. Les joueurs partis à Tunis, eux, ne pourront plus porter le maillot français.

Après l’indépendance, quatorze années d’absence

Khennane Mahi est le dernier joueur algérien sélectionné par la France avant l’indépendance. Il dispute deux rencontres : le 18 octobre 1961 contre la Belgique, puis le 12 novembre à Sofia contre la Bulgarie, en éliminatoires de la Coupe du monde. Il représentera ensuite l’Algérie.

Après les accords d’Évian et l’indépendance de juillet 1962, plusieurs membres de l’équipe du FLN reviennent dans le championnat de France. Rachid Mekhloufi passe d’abord par le Servette de Genève avant de retrouver Saint-Étienne à la fin de l’année 1962, alors que le club évolue en deuxième division. Il y remporte trois nouveaux titres de champion, en 1964, 1967 et 1968, et marque les deux buts de la finale de la Coupe de France 1968 contre Bordeaux. Ce sera son dernier match sous le maillot vert. Devenu sélectionneur de l’Algérie, Mekhloufi conduira les Fennecs à la Coupe du monde 1982 avant de présider brièvement la fédération algérienne. Il est mort le 8 novembre 2024, à 88 ans.

En équipe nationale française, la coupure est beaucoup plus longue. Entre 1962 et 1976, aucun joueur issu de l’immigration maghrébine n’est appelé chez les Bleus. Cette absence reflète à la fois les blessures encore ouvertes par la guerre d’Algérie et la faible représentation des enfants de l’immigration dans le football français de haut niveau.

Farès Bousdira et Omar Sahnoun, les premiers retours

Le 24 avril 1976, au stade Félix-Bollaert de Lens, Michel Hidalgo fait entrer Farès Bousdira à la 56e minute d’un match contre la Pologne. Le milieu du RC Lens devient le premier joueur algérien ou d’origine algérienne sélectionné par la France depuis Khennane Mahi. Il ne reste que 34 minutes sur la pelouse pour ce qui sera son unique apparition avec les Bleus.

Omar Sahnoun est appelé à son tour en février 1977 contre l’Allemagne de l’Ouest. Né en Algérie en 1955 et arrivé à Beauvais avec sa famille après l’indépendance, le milieu de terrain du FC Nantes totalise six sélections en un peu plus d’un an. Son parcours est brutalement interrompu par une alerte cardiaque à l’automne 1977. Écarté des terrains pendant plusieurs mois, il manque la Coupe du monde 1978 en Argentine. Le 21 avril 1980, il meurt pendant un entraînement avec les Girondins de Bordeaux. Il n’a que 24 ans.

Fils de harki, Sahnoun occupe une place particulière dans cette histoire. Son parcours rappelle que les relations entre la France, l’Algérie et leurs footballeurs ne peuvent être réduites à une opposition entre deux drapeaux.

1994 : l’entrée fracassante de Zinédine Zidane

Le 17 août 1994, l’équipe de France est menée 2-0 par la République tchèque à Bordeaux lorsque Zinédine Zidane entre en jeu. Pour sa première sélection, le milieu des Girondins marque deux fois et permet aux Bleus d’arracher le match nul.

Fils d’immigrés de Kabylie installés à Marseille, Zidane devient progressivement le visage de la sélection. Champion du monde en 1998, champion d’Europe en 2000 et finaliste du Mondial 2006, il achève sa carrière internationale avec 108 sélections et 31 buts.

Dans son sillage, d’autres joueurs liés à l’Algérie portent le maillot français. Camel Meriem, Samir Nasri, Karim Benzema, homme de caractère qui marqua le football ou encore Nabil Fekir. Leur choix de représenter la France alimente parfois des débats sur la double nationalité, particulièrement lorsque la Fédération algérienne tente également de les convaincre.

Le 6 octobre 2001, la France et l’Algérie disputent au Stade de France leur première rencontre entre sélections nationales depuis l’indépendance. Zinédine Zidane est titulaire. Alors que les Bleus mènent 4-1, le terrain est envahi à environ un quart d’heure de la fin et la rencontre définitivement interrompue. Ce match présenté comme une fête franco-algérienne révèle surtout la persistance des tensions mémorielles et sociales.

Mbappé, Olise, Cherki et Akliouche avant la première liste de Zidane

Lors de la Coupe du monde 2026, quatre joueurs du groupe français possédaient des attaches familiales avec l’Algérie. Kylian Mbappé est lié à l’Algérie par sa mère, Fayza Lamari. Michael Olise, né à Londres, a une mère franco-algérienne et un père nigérian. Rayan Cherki possède des origines algériennes du côté maternel, sa mère étant originaire de la région de Biskra. Maghnes Akliouche est né à Tremblay-en-France de parents originaires de Kabylie.

Leur situation n’a plus grand-chose à voir avec celle des joueurs de 1958. Français nés dans des familles installées depuis une ou plusieurs générations, ils n’ont connu ni la colonisation ni la guerre. Leurs choix internationaux continuent d’être commentés des deux côtés de la Méditerranée, sans porter la charge politique ni le caractère irréversible qu’ils avaient pour Mekhloufi, Zitouni et leurs coéquipiers. Leur présence au Mondial montre en tout cas le poids pris par les héritages algériens dans le football français, quatre-vingt-dix ans après la première sélection d’Ali Benouna.

Amadou Atar
LIRE LA BIO
Amadou Atar est une référence dans le monde du football africain. Il est précis et objectif dans ses articles, même si on ne peut lui enlever un penchant historique pour le mythique club français de Saint-Etienne où sont passés plusieurs des plus grands joueurs africains de l'histoire
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